Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Episode 1-4 : Discussion sous un arbre (Lizz - Mill)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Episode 1-4 : Discussion sous un arbre (Lizz - Mill)

Message  Gueule d'Amour le Lun 12 Sep - 0:56

« Lizz ? »

« Mill ? dit-elle sur un ton joueur, imitant le jeune homme. »

Répondant avec un sourire au ton enjoué de la jeune femme, Guilain lui fit part de ses réflexions : « J'ai repensé à ce que nous disais, hier soir. Je trouve que c'est une bonne idée cette histoire d'auberge, tu sais. »

Elle sautilla sur place.
« Ah, c'est vrai ? Après, moi je parlais surtout de mon rôle dans tout ça, hein. Auberge, taverne ou votre truc de mercenaires, du moment que je peux jouer de la musique pour les gens qui viendront, ça me va. Et puis je pourrais même utiliser mes pouvoirs pour mes spectacles quand je les contrôlerai bien. »
Elle fit apparaître de petites flammèches sombres autour de ses mains et se mit à virevolter, à "danser".

« Carrément, oui ! Et moi, j'me vois bien en patron d'estaminet ! Ça vous pose un homme, ça donne comme une sorte de notoriété, quoi. J'ferai la causette aux bourgeois, aux bourgeoises – il jette un regard en coin à Lizz – et aussi on inviterait des ménestrels de passage pour que tu joues avec eux, on ferait même des soirées costumées. Et pis ça attire toute sorte de clientèle, c'est bon pour les affaires. Ça serait une sorte de quartier général pour notre association. »

Elle s'arrêta de flâner et, d'un geste de la main, fit disparaître les petits artifices magiques. Elle adopta alors une attitude plus sérieuse, qui tranchait avec la précédente.
"Au fait, Mill, je suis désolée pour... Pour notre... dit-elle doucement en rougissant. Je..."
Elle prit une longue respiration puis retrouva son sourire.
"Je connais Jaimie depuis plusieurs années et Lloyd depuis un peu moins. Mais je ne sais pas beaucoup de choses sur toi, mon beau Mill. Vous avez l'air de tous vous connaître, je suis curieuse de savoir comment tout ça s'est fait !"
Elle se rapprocha de Guilain.
"Faisons un marché : pour chaque chose que tu me diras, je répondrai à une de tes questions... finit-elle avec un sourire empli de malice et un petit clin d’œil."

" Et qui te dit, jeune Lizz, que j'aie des questions à te poser ?
Peut-être est-ce que je préfère te conserver une part de mystère ?
Peut-être, au contraire, en sais-je sur toi plus que tu ne le crois ? Car, comme tu l'as dit, je connais nos compagnons depuis bien longtemps...
Ou peut-être, encore, ai-je été blessé au point de garder mes distances ?
En revanche, ce que j'entends par ta bouche - et j'en suis frappé - c'est l'intérêt que tu manifestes pour ma personne... "

Guilain marqua un temps et parti d'un éclat de rire.
« Allons, ne fais donc pas cette tête-là, je te fais marcher ! Bien sûr que je m'intéresse à toi et je te remercie de tes paroles.
C'est juste que j'aimerais d'abord approfondir sérieusement cette idée de quartier général.
Ça me plairait beaucoup à moi aussi, mais tu sais bien qu'il y a un hic, non ?

Elle se figea un instant. Elle ne savait pas trop comment prendre ce qu'il venait de dire. Ce temps qu'il avait marqué était-il dû une prise de conscience de l'effet de ces propos précédents ou plaisantait-il vraiment ? Elle se contenta de forcer un peu son sourire. Après tout, elle l'aurait mérité, vu ce qu'elle lui avait fait subir.
"Hmm... Je ne comprends pas. Une fois qu'on sera à Neverwinter, tout ira bien et on pourra faire ce qu'on veut, non ? Quel est le problème ?"

« Ce n'est pas si simple. Non, malheureusement. »
Après un soupir, Guilain reprit.
« Même en supposant que nous parvenions à semer nos poursuivants, une fois en ville, nous allons rapidement manquer de fonds. Certes, nous avons de quoi subvenir à nos besoins quelques jours, mais sûrement pas de quoi subsister bien longtemps : il faudra payer pour nous cacher et faire des recherches sur tes pouvoirs. Et puis, bien sûr, pour mener à bien un projet comme celui dont nous parlions, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. J'ignore les prix pratiqués à Neverwinter, mais on n'achète pas un auberge ni même une simple taverne sans avoir plusieurs milliers de pièce d'or devant soi. »
La voix de Guilain se fit plus lente.
« Dame fortune veille sur nous, j'en suis certain. Mais, avec toute la dévotion que je lui porte, nous ne pouvons compter que sur sa simple intercession pour nous organiser. Je ne voudrais pas, ma chère Lizz, désenchanter trop tôt les insouciances de ta jeunesse, mais je doute fortement que des revenus légaux suffisent à nos objectifs. En as-tu conscience ? »

Elle eut un léger sourire quand elle entendit sa question. Il ne dura qu'une fraction de seconde et ne ressemblait pas à ceux qu'elle avait habituellement, puis elle se remit à sourire normalement.
"Et bien... J'ai toujours pensé qu'on finirait bien par se débrouiller pour réussir ce qu'on voulait faire. Ça prendra peut-être du temps, mais nous y arriverons si nous nous y mettons tous, non ?"

« Lizz, soupira-t-il à nouveau, Lizz... J'apprécie infiniment ta gaîté et ton innocence... entre autres. Mais tu ne me feras pas croire à moi que tu raisonnes comme une enfant de huit ans ni que tes yeux sont clos aux contingences matérielles. Il faut bien manger et dormir au sec.
Je sais ton talent pour la musique et suis le premier à t’applaudir. Mais crois-tu qu'il suffise à nous nourrir tous et encore plus à satisfaire nos prétentions ? Sais-tu le nombre de miséreux, les yeux pleins d'étoiles, qui terminent dans le caniveau et la mendicité, ou pire encore ?
Nous avons un petit capital et des ambitions. Reste à nous organiser pour y parvenir, sans trop demander à Tymora et à ses occasions de passage. Bâtissons un plan ! Les autres n'ont d'objectif que ta protection – comme si tu en avais besoin – et la maîtrise de tes pouvoirs. Je t'encourage sur ce point, qui doit être conforme à tes souhaits, comme je te l'ai déjà dit : il importe avant tout que tu parviennes à un équilibre personnel dans ce domaine. Mais tes pouvoirs, comme nos talents respectifs, constituent un moyen, non un but.
Je te connais Lizz, comme tu me connais aussi, quoique que tu en dises, et je te sais plus réfléchie que tu ne le laisses paraître. Certains auront tendance à l'oublier et à ne voir seulement de toi que ces flammèches noires que tu manipules avec une aisance déconcertante. Je ne suis pas magicien, justement et... je... tiens à toi. Pour celle que tu es, au-delà de tes nouveaux pouvoirs.
Bref. Ceci pour te dire qu'il importe de savoir ce que nous cherchons dans cette nouvelle ville et comment nous comptons y parvenir. »

Elle inspira et expira très lentement. Elle se passa la main dans les cheveux et les repoussa en arrière. Elle s'étira longuement puis s'assit contre un arbre.
"C'est si évident que ça ? demanda-t-elle en affichant un sourire un peu triste. Oui, Mill. Oui, j'ai conscience de la réalité. Je sais qu'une fois à Neverwinter, nos problèmes ne s'en iront pas comme par magie. Et plus encore, je sais que sans argent, nous ne pourrons rien faire. Mais nous ferons tous ce qu'il faut pour vivre, non ? Mill, je veux vivre..."

Guilain s'assit à ses côtés, prit sa main et la pressa en souriant amèrement.
« Moi aussi, Lizz, moi aussi. »
Un silence se fit entre eux, mais sans que Guilain y ressentit de la gêne. Au contraire, il était soulagé de cette conversation franche, peut-être un tournant entre eux.
« Tu voulais que je te parle de moi ? Et bien, sache que je ne suis pas à proprement parler des plus respectables. J'ai appris à me... débrouiller, vois-tu, et je suis même plutôt bon pour ça, la ''débrouille''. Enfin, surtout entre les murs d'un cité, hein… Alors c'est sûr, on prend le risque d'agacer la maréchaussée. Et surtout le noble et le bourgeois, vu que c'est le plus souvent sur leur dos qu'on tond la laine. Pourtant, j'aime bien cette vie. Une vie de liberté et de frisson, de camaraderie aussi. » Il regardait le ciel, une lueur de nostalgie dans les yeux.
« Je pense qu'il est bon que tu saches réellement à quoi t'en tenir à mon égard, Lizz. »

Elle posa sa tête sur l'épaule du jeune homme.
"On a tous une part d'ombre en nous, n'est-ce pas ? le rassura-t-elle. Tu sais bien qu'au Rossignol, même si tout le monde est généralement gentil et sympathique, les clients et spectateurs viennent de tout métier, principalement ceux de la basse-ville. Je me doute que certains d'entre eux ne sont pas non plus "des plus respectables". Mais ils sourient quand je joue, ils me font des compliments et me donnent quelques pièces. Ils n'ont jamais mit ou levé la main sur moi. Alors je les aime bien, tous ces gens. Peu importe ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils font."
Elle se blottit contre Mill, posant la main sur son torse.
"Je ne vois pas pourquoi je vous traiterais vous différemment... Enfin si, je vous traite différemment, se reprit-elle. Je suis encore moins regardante sur ce que vous faites qu'avec n'importe qui d'autre... Vous m'avez libéré alors que vous avez vu à quoi ressemble mes pouvoirs. Alors sois sans crainte, murmura-t-elle en posant l'une de ses mains sur la joue de Mill. Tu ne sembles pas être quelqu'un qui tue par plaisir ni qui a besoin de forcer qui que ce soit à... "Flirter", dirais-je... Donc il ne reste qu'une chose : le vol. Je me trompe ? demanda-t-elle en souriant."
Elle se mit à rire.
"Désolée, désolée. Je viens de penser à une chose... "Le voleur et la sorcière", ça ferait facilement le nom d'une mauvaise pièce de théâtre. Mais sache que, lui murmura-t-elle en rapprochant ses lèvres des siennes, je sais déjà à quoi m'en tenir avec toi."

Le visage tout contre le sien, le jeune homme se garda d'esquisser le moindre geste et répéta sur le même ton : « la sorcière et le voleur... ».

Lizz finit par réduire les quelques centimètres séparant leurs lèvres. Ce baiser dura de longues secondes. Elle remit sa tête sur son épaule.
"Ça faisait longtemps que j'en avais envie... murmura-t-elle. Par contre, ne dis rien aux autres pour le moment, concernant notre conversation. J'aimerais moi-même le faire. Et en ce qui concerne notre baiser... Je pense que tu connais Jaimie... dit-elle en faisant passer son pouce de droite à gauche de son cou."

Guilain émit un rire léger.
« Oui, je connais Jamy. Il est un peu maladroit et aime faire rouler ses muscles, mais il ne cherche que ton bien. Ceci dit, ce n'est pas moi qui irait le lui dire... »
Passant un bras autour de la jeune femme, il poursuivit, penseur :
« Tu sais, ma Lizzy, même si je n'y connais rien à la sorcellerie, il y a quand même quelques bricoles que je devrais t'enseigner. Pour la cambriole si t'es intéressée, mais déjà juste pour survivre.
Première règle : ne jamais te faire prendre. Ni par nos chers mysraélites, ni par quiconque. J'ai déjà été en cabane, tu sais, beaucoup plus jeune. Mais toi, t'as déjà passé l'âge d'attirer la clémence. On ne ressort jamais indemne d'un séjour dans des geôles, et encore, quand ce n'est pas les pieds devant. Et puis même pour ses amis : on est toujours plus utile dehors que dedans.
Deuxième règle : la confiance se mérite. On a vraiment de la chance, tu sais, de pouvoir compter les uns sur les autres, tous les quatre. C'est loin d'être le cas la plupart du temps. Alors, bien sûr, c'est tentant de se faire des amis et il faut aussi laisser sa chance à chacun. Mais si t'as le choix, ne vas jamais remettre ta vie entre les mains de quelqu'un dont tu ignores les intentions profondes. »
Il s'interrompit brutalement. « Allons bon ! Voilà que je te parle comme Jamy. »

Elle l'écouta attentivement, hochant de temps en temps la tête pour lui signifier qu'elle comprenait. Elle prit sa suite :
"Et troisièmement : ne fais pas de musique tant qu'on est pas arrivé à Neverwinter ! s'exclama-t-elle en prenant le ton et la manière de parler de Lloyd."
Un court silence s'installa et ils éclatèrent de rire.
"Bon, je dois t'avouer que je ne veux pas entendre plus de conseils pour ce soir... Raconte-moi plutôt comment tu fais ce que tu fais. Tu es plutôt voleur agile, discret comme une ombre, qui s'empare des biens d'autrui sous leur nez, ou plutôt voleur rusé, malin comme un renard, qui s'emparent des biens d'autrui de leurs propres mains ?"
Elle se rapprocha de l'oreille de Mill et lui murmura un long et doux "Les histoires de voleurs m'ont toujours attirée...".

« Tss tss tss… Le vol ? Quel vilain terme ! Il ne convient guère qu'à la bouche des juges. Je préfère celui de ''cambriole''. Et pour répondre à ta question, il se trouve que je fus justement l'un… puis l'autre. Enfin, sache que nous avons un point commun avec vous autres magiciens : nous ne révélons jamais nos tours… sauf à qui voudrait perpétuer la noble tradition, bien entendu », finit-il avec malice.

Elle fit une petite moue de mécontentement. Elle le pinça.
"Mais c'est pas une réponse ça, pfff... Dis-moi si maintenant, tu es plus une ombre ou un renard. Dis-le moi ! Allez ! Et raconte-moi un de tes coups ! Ne détailles pas tes techniques, raconte-moi juste l'histoire. Je suis curieuse !"

« Aïe ! Tu es curieuse, oui, tu peux le dire !
Bon, il se fait tard et les autres vont finir pas se demander ce qu'on fabrique. »
Guilain s'étira, dos à l'arbre, puis se leva d'un bond. Ignorant la moue boudeuse de Lizz, il la releva en l'attirant vers lui et apposa sur son front un baiser, entre les cheveux bruns.
« Un autre jour, peut-être, Mademoiselle la sorcière... »

"J'attends donc ce jour avec hâte, mon roi de la cambriole..."
Ils se dirigèrent vers le reste du groupe. Encore à mi-chemin, elle laissa Guilain prendre un peu d'avance. Elle se retourna vers là où ils s'étaient posés. Elle se passa l'index sur ses lèvres et rougit en repensant à leur baiser. Elle inspira profondément et remit son "masque" de jeune fille insouciante et joviale. Elle se précipita vers Guilain.
"Attends-moi, Mill ! J'ai des petites jambes, moi !"
avatar
Gueule d'Amour

Messages : 19
Date d'inscription : 08/06/2016

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum