Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

La Compagnie

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La Compagnie

Message  Gueule d'Amour le Ven 1 Juil - 10:30

Conversation entre Thorn et Delaan

A la faveur de l'un de leur moments d'isolement, Delaan entreprit Thorn d'un sujet qui lui tenait à cœur.
« Thorn, je n'ai pas fait mystère devant les autres de mon attachement à la fondation de notre Compagnie. J'ai d'ailleurs eu le sentiment que tu partageais mon opinion sur la nécessité d'officialiser notre groupe, tant auprès du reste du monde que, bien plus encore, vis-à-vis de ses membres eux-mêmes. Pourtant, nous n'en avons jamais parlé ouvertement toi et moi et je me prends à douter de ma certitude : partages-tu ma conviction à ce sujet. »

Thorn affichait un sourire franc.
"Je suis content que tu en parles. Je vais dissiper tes doutes immédiatement : je suis pour la création de cette organisation, et ce le plus rapidement possible. Je ne veux pas qu'on bâcle celle-ci mais le temps presse. Nous devons nous unir afin d'être pris au sérieux. Dis-moi, comment vois-tu l'organisation de notre rassemblement ?"

Delaan : « Ce terme d'organisation recouvre des considérations fort nombreuses...
Notre point de départ est la volonté commune d'officialiser notre regroupement. Disposant de nos entrées auprès du Conseil des Seigneurs, nous détenons là un moyen évident d'être reconnus et soutenus. Néanmoins, il nous faut faire preuve de circonspection. Le Conseil est un organe politique, parfois sujet à des dissensions, et qui possède déjà ses propres moyens d'actions. De plus, ma position de représentant pourrait être interprétée comme une volonté d'orienter un instrument du Conseil dans le seul intérêt de l’Enclave, ce que je ne souhaite pas. Je sais, Thorn, que ces considérations politiques t'ennuient, mais ma première conclusion est donc la suivante : nous nous contenterons d'informer le Conseil de la fondation de notre Compagnie. Ne nous soutiendront que les partis qui le souhaitent.

Un autre point qui semble faire l'unanimité entre nous est la lutte contre le Culte. Pourtant, nous savons aussi que d'autre menaces se sont faites jour, dont certaines vous touchent intimement. Je ne crois pas qu'il faille chercher à nous donner un but unique, car nos objectifs seront amenés à s'adapter aux circonstance, qui nous dépassent, et aux enjeux personnels, qui ne doivent pas être oubliés. Non, plutôt qu'un objectif, je pense que ce qui doit nous guider, c'est une intention, une conviction partagée, ou, pour le dire avec un peu d'emphase, des valeurs communes. En ce qui me concerne, plusieurs idéaux guident mon existence. Nous les partageons je le crois, toi et moi. Parmi ceux-ci, le plus à même de fédérer notre groupe, de guider notre action et sur lequel je ne pourrai pas transiger est le respect de la vie. C'est un mot d'ordre difficile à brandir et pourvoyeur de choix moraux difficiles, mais je n'en vois pas de meilleur. Car si nous avons chacun à cœur d'autres vertus à ajouter, je crains qu'elles ne puissent dégager l'unanimité. J'aimerais particulièrement connaître ton opinion sur ce point.

Enfin, le reste des dispositions, pour secondaires qu'elles soient, n'en sont pas moins délicates. Je ne pense par pour l'instant aux modalités pratiques telles que le nom de la Compagnie, son signe distinctif, une éventuelle devise ou la gestion des bien matériels communs, qui devront être définis, mais ultérieurement. Je pense à nos règles de fonctionnement. J'en vois deux. La première et la plus importante me semble être l'affirmation dans l'adversité d'un soutien indéfectible entre les membres. La seconde concerne la prise des décisions. Lorsqu'un délai permet la réflexion, je suis d'avis que ces décisions soient prises collégialement à la majorité ; dans l'urgence en revanche, je propose que soit dévolu à celui dont l'expertise est reconnue en la matière le choix dicté par son jugement : par exemple, en matière de tactique martiale, Elric dont l'expérience n'est plus à prouver.

Voici de longues paroles pour te présenter ce que ma réflexion m'amène à proposer. Je t'écoute à présent. »

Thorn : "Je vais tenter de reprendre point par point tes dires et te donner mon avis dessus. Tout d'abord, je suis d'accord sur le plan politique. Notre compagnie ne sera pas créée pour soutenir un parti particulier. Nous serons bien évidemment indépendants et nous soutiendrons non pas nécessairement ceux qui nous le demandent mais surtout ceux que nous estimons devoir soutenir, suivant nos idéaux. Je pense qu'il est important que nous gardons notre liberté d'agir où bon nous semble, pour la ou les causes que nous estimons avoir à défendre. De plus, ma loyauté n'appartient qu'à peu de personnes : Nastya, bien évidemment, vous, mes compagnons ainsi qu'à certains alliés, tel que Partin et Faye. Il est hors de question d'être, même temporairement, les représentants d'un groupe, d'une organisation ou d'une nation.

Encore une fois, nous marchons tout deux dans la même direction. Il serait périlleux de notre part de créer une organisation destinée à agir contre une chose plutôt que pour une chose. Cela entraînerait une dissolution rapide une fois l'ennemi défait. Comme tu l'as souligné, c'est un ou plusieurs idéaux qui doivent nous lier. Le respect de la vie est, je pense, l'idéal fondateur du groupe duquel en graviteront d'autres. Non... Mieux que ça, c'est le respect, tout court, qui doit être notre fondation. Pas seulement de la vie, mais de toute chose et de tout être.

Pour ce qui est de ce que tu appelles "modalités pratiques", je ne suis pas tout à fait d'accord. Les détails peuvent attendre, effectivement, mais pas le nom. Une chose existe car elle possède un nom, le reflet de son identité. Sans nom, pas d'existence. Je suis entièrement d'accord avec ces deux règles de fonctionnement fondamentales. Cela fait d'ailleurs resurgir quelques souvenirs... Nous avions dû, lors des prémices de notre groupe, mettre en place ces mêmes règles."

Delaan : « Tes paroles sont justes, Thorn. Et en effet, les noms sont importants.
Mais ainsi avez-vous déjà tenté par le passé de donner vie à cette Compagnie... Que s'est-il produit qui vous en ait empêché ? »

Thorn : "Nous n'en avions que brièvement parlé. La précipitation de divers événements nous ont rapidement fait passés à d'autres sujets, plus importants sur le moment... Cependant, je reste toujours attaché au nom que nous avions évoqué... Mais peut-être suis-je le seul..."

Delaan : « La "Compagnie d'Argent", c'est bien cela ? Est-ce par fidélité à vos premiers moments, ou y es-tu attaché par une signification particulière ? »

Thorn : "Oui, c'est bien ça. La "Compagnie d'Argent"... J'y suis attaché car l'argent a pour moi beaucoup de sens. Il y a quelque chose que tu ne sais point sur mon passé... Je... fus un lycanthrope. La lune a beaucoup d'importance pour moi, sa couleur aussi. L'argent est un métal noble et pur mais aussi modeste. Oui, le symbole de l'argent est lourd de sens à mes yeux. Mais notre groupe a besoin d'un nom qui nous représente tous. C'est pour cela que celui-ci ne pourrait être choisi."

Delaan : « Je vois. Je suppose que cette période a dû te faire souffrir, t'accabler. C'était une épreuve supplémentaire… Pourtant, il n'y a aucun mal à être lycanthrope. J'ai quelques amis qui le sont. Ce sont seulement nos actes qui fondent notre véritable nature.
Quant à ce nom, je tâcherai malgré tout de sonder les autres : s'il compte pour toi, c'est en soi un argument significatif. »

Thorn : "Cette période a de bons comme de mauvais souvenirs. Les circonstances dans lesquelles j'ai appris ma nature bestiale étaient difficiles, certes. J'ai perdu nombre d'êtres qui m'étaient chers. Mais petit-à-petit, avec l'aide de Nastya, j'ai appris à l'accepter et à la voir différemment. J'en suis même venu à chérir ma lycanthropie pour les rencontres qu'elle m'a amené à faire."

Delaan « Et tu fais bien. Ce serait une bien triste attitude que de renier ton passé. »

Poursuivant leurs déambulations parmi la végétation, les deux amis laissèrent chacun leurs pensées vagabonder. Le silence qui s'installait entre eux ne provoquait aucun gêne et leur laissait goûter les murmures des sous-bois.
Après un long moment, Delaan reprit la parole.

« Il y a un autre sujet dont il est temps que nous parlions. »

... qui fera l'objet d'un autre post.


Dernière édition par Delaan Winterhound le Ven 1 Juil - 10:51, édité 1 fois
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Message  Gueule d'Amour le Ven 1 Juil - 10:43

Conversation entre Isaac et Delaan

Delaan : « Cher Isaac, nos occasions de converser n'ont point encore été bien nombreuses et je me réjouis de ce moment qui m'offre enfin le plaisir d'échanger avec vous. »

A l'approche de Delaan Isaac referme un livre noir assez volumineux qu'il était en train de lire. Il le range calmement dans ses affaires mais plus rapidement que ce qu'on ferait habituellement pour ce genre d'objet. Un instant les yeux du sorcier se posent sur la garde de l'épée de Delaan, rangée dans son fourreau, puis inclinant la tête à la fois pour saluer le demi-elfe et l'inviter à s'asseoir à ses coté répondit :
"Delaan, je vous en prie. Que me vaut le plaisir de votre compagnie?"

Delaan : « Je m'excuse de perturber ainsi votre intimité. »
Dans un ample mouvement de cape, Delaan prend place à quelques pas. Regardant le sorcier avec cordialité, le demi-elfe poursuit d'une voix chaleureuse.
« Depuis ma récente arrivée parmi vous, bon nombre de péripéties nous ont déjà été données à voir. Et malgré les embûches et les douleurs, vous m'avez tous accueilli avec une chaleur qui m'a touché. Je tiens vous aussi, Isaac, à vous en remercier. »

Isaac : « Nous avons eu bien du mal à trouver des alliés prêt à agir contre l'ennemi que nous poursuivons depuis presque un an maintenant, nous sommes soulagés d'en avoir enfin trouvé. Le fait que vous avez demandé le soutien de Garr... Thorn et d'Elric, et accepté à mon retour le mien, malgré la connaissance que vous aviez des éléments nous concernant prouve que vous-mêmes nous avez jugé digne de confiance et apte à œuvrer dans l'intérêt commun. De ce fait j’ai tout autant à vous remercier également. » 

Un silence s'installe, avant que Delaan ne reprenne la parole.
«  En effet, je pense que l'intérêt commun est un motif fort de notre association – et c'est heureux – même si je suis porté à croire que ce n'est pas le seul.
La confiance doit elle se gagner et croître progressivement, ou doit elle être première et infléchir le cours des relations ? Je penche pour cette seconde conception, que les faits semblent corroborer.
Toujours est-il que notre groupe, par des moyens diverses pour chacun, a atteint ce stade de la confiance. Vous pourrez trouver curieux que je me permette de parler ainsi de nos amis, moi qui vous connaît depuis peu. Mais c'est, je pense, cet œil neuf qui m'y autorise.
Vous êtes, Isaac, et vous demeurerez probablement une énigme pour la plupart d'entre nous. Et même si les événements récents ont pu nous inquiéter à votre sujet, la confiance que nous vous portons est entière. »
Delaan se racle la gorge. « Je tiens à m'excuser, sincèrement, d'avoir tenté de vous frapper dans la forêt, lorsque vous avez mis le masque. J'ai parfois tendance à douter de mes propres convictions : j'aurais alors dû continuer à vous accorder ma confiance. »

Isaac sort sa pipe, il la contemple quelques instants en la faisant rouler entre ses doigts, puis l'allume et en tire une longue bouffée.
"Votre réaction Delaan était compréhensible, vous ne me connaissiez pas, ou plutôt vous connaissiez de moi ce qui s'était dit lors du conseil... De ce fait que je mette le masque sur ma tête alors que notre rencontre était récente n'a certainement pas joué en ma faveur.
Par ailleurs la forêt brumeuse est votre demeure, son peuple vos amis, votre famille. Qu'un étranger se saisisse d'un objet directement lié à la souffrance qu'a endurée les votre est quelque chose qui vous touche plus que d'autres.
Cependant, et c'est à la fois ce que je reproche et ce dont je suis finalement satisfait avec les récentes décisions, c'est la manière que les différents seigneurs ont eu d'appréhender les événements concernant le culte. Le dragon et les masques n'ont pas fait des dégâts que dans votre forêt et ne représente pas une menace pour seulement une faction."
Isaac s'arrête un instant pour tirer une nouvelle bouffée, il en recrache des formes ressemblant à des flocons.
"J'étais à Greenest lorsqu'un dragon et une armée du culte ont attaqués. J'ai poursuivi avec les autres ces gens et entre le gouverneur Nighthill, le bourgmestre de Berdusk, Elturel et la porte de Baldur j'avais l'impression qu'une attaque de dragon ne semblait finalement pas signifier grand-chose. Le roi Melandrach lui-même, même si nous n'en sommes plus là, ne souhaitait pas avoir d'assistance pour régler le problème du dragon, c'est à vous que l'on doit son changement de décisions.
Il est heureux qu'un conseil des seigneurs se soit finalement tenu mais il arrive tard, bien trop tard. Le culte a eu le temps de mettre en place son agenda, renforcer son quartier général, réuni presque tous les masques et possiblement les éléments qui serviront de sacrifices pour leur rituel. De ce fait j'espère que cette fois le front commun que le conseil semble avoir créé ne se fera pas qu'en parole, où alors nous n'aurons plus qu'à nous asseoir dans l'herbe et observer les dragons couvrir le ciel."

Delaan : « J'ose espérer que cette histoire funeste n'est pas encore écrite.
Je vous rejoins sur la lenteur de l'appareil politique, que vous pointez du doigt comme Tarbaw l'a pointée, ou encore sur celle de mes frères les elfes, dont la perception du temps diffère. Si la prise de conscience a eu lieu, elle fut trop tardive, en effet. Et encore, bien des décisions restent à prendre et rien ne garantit même qu'elles le soient : les ressources sont comptées et les causes nécessiteuses de plus en plus nombreuses. Comme toujours, puissants ou vermisseaux, nous agissons en notre âme et conscience, dans la limite des  moyens qui nous sont concédés par les hommes et les dieux. »
Après une courte pause : « Je crois beaucoup en notre petite Compagnie, si dérisoire que puissent paraître nos ressources face aux forces qui se dressent devant nous. Ce but commun et la confiance qui nous unit nous prodiguent, à n'en pas douter, une force précieuse, susceptible d'infléchir le cours de l'Histoire. Les événements de la forêt brumeuse l'ont montré.
Mais davantage encore, au-delà de nos succès, je perçois que l'existence même de notre Compagnie est et doit être un emblème : celui de l'action dans l'adversité, du soutien aux opprimés et, plus important, de la marche commune des peuples de Faérun. Car du fait même des différences de nos origines et nos cultures, de nos pratiques, de nos croyances ou de nos races, notre Compagnie et ses succès ont le pouvoir de plaider pour l'unité. »
Delaan marqua une nouvelle pause, en souriant à son compagnon.
Puis il poursuivit : « Voilà pourquoi il me paraît si important de faire connaître notre compagnie. Et pour cela , il faut la définir, ne serait-ce que pour la baptise. Aussi, je me permets de vous le demander : comment la définissez-vous ? »

Isaac incline légèrement la tête aux paroles de Delaan pour montrer sa satisfaction de voir que ce dernier approuve ses sentiments concernant le temps qui a été perdu.
Puis quand Delaan parle de la compagnie Isaac le regarde droit dans les yeux. 
"Vous me demandez de définir notre compagnie... bien... éphémère.
La cohésion dans notre groupe est... quasi inexistante. Je n'ai jamais vraiment eu pour l'exemple la confiance d'Elric, Garrett n'est plus que l'ombre de lui même et il avait tendance à agir sans réfléchir et pour finir Musca est peut être désormais contre nous. Quand à Doremion je ne le connais que peu.
Je ne suis pas exempt de tout reproche, j'ai cultivé pour ma part beaucoup de secret sur ma personne. Mais la connaissance que j'ai du comportement d'autrui en est la cause.
S'il n'y avait pas eu tout ces événements et si, je dois porter cela a leur crédit, mes compagnons n'avait pas eu l'intelligence de comprendre que nous devons tout faire pour agir ensemble pour défaire l'ennemi, cette compagnie aurait disparu depuis longtemps."

Au paroles d'Isaac, Delann se raidit et son sourire se fige, pour disparaître peu à peu. Il prononce alors avec difficulté :
« Fort bien, je vous entends, sans qu'il soit besoin d'en dire davantage. Veuillez m'excuser, Isaac, de vous avoir fait perdre votre temps. »
Se levant, Delaan s'éloigne dans une démarche lente qui trahit sa lassitude.
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Message  Gueule d'Amour le Mar 12 Juil - 18:18

Conversation entre Elric et Delaan

Elric : "Pour ma part, Deelan, je suis attaché au fait que, si cette compagnie doit rassembler ses membres autour de convictions semblables, dont le rôle nous incombe de les définir, je souhaite qu'elle n'en impose aucune plus particulière à l'un d'entre nous.
Dans le cadre du contrat qui doit être formé, il est important que chacun d'entre nous s'engage à respecter les valeurs et règles défendues mais aussi qu'elles ne soient pas tellement contraignantes qu'elles nous empêchent d'interragir librement sur d'autres sujets que ce que nous aurons défini.
En d'autres termes, la liberté et l'honnorabilité ou la droiture doivent pour moi être conciliées.
Quant à définir plus précisément l'objet de notre combat, il me semble qu'au delà de la lutte contre le culte et en prenant en considération les événements récents, c'est de la sauvegarde des terres de la côte des épées et de la protection de ses habitants qu'il est question."

Delaan : « Tout à fait, Elric, nos conviction ne doivent pas déborder celles des autres. C'est un point sur lequel nous sommes d'accord.
De même, la sauvegarde des terres de la côte des épées et de ses habitants sont également des termes qui me conviennent, même si nos raisons profondes diffèrent probablement légèrement. »
Le rythme rapide de ses phrases et l'intonation de Delaan indiquaient qu'il avait mûrement réfléchi à la conversation qui s'amorçait.
Delaan : « Là où nous avons matière à discussion est sur ce terme de « valeurs », que je vous remercie d'avoir prononcé, car vous avez su deviner l’importance que j'y accorde.
Il semble, naturellement, que nous en partageons un bon nombre.
Pour y voir plus clair, je vous propose que nous inversions les rôles et que nous tentions mutuellement de lister celles qui comptent : vous pour moi et moi pour vous.
Et pour ne pas vous prendre au dépourvu, avec votre permission, je m'en vais commencer. »
Dans un sourire, sans laisser à Elric le temps de répondre, Delaan poursuivit.
Delaan : « En ce qui vous concerne, Elric, je dirai que l'honneur et le sens du devoir vous habitent. Et lorsque ni l'un ni l'autre ne dictent explicitement vos actions, le pragmatisme vous guide : ce qui prime, c'est l'atteinte des objectifs, selon une conduite rationnelle, qu'il s'agisse de combats physiques ou de conflits moraux. Je pourrais dire – sans aucune ironie - que vous vous évertuez à former un bloc de cohérence imperméable au doute. C'est une grande force, à n'en pas douter. Mais c'est une ligne de conduite éminemment solitaire, isolée des hommes et des dieux. »
Marquant un très léger temps : « Pardonnez cette dernière remarque, toute personnelle, qui nous écarte du sujet. Donc, honneur, devoir et pragmatisme sont à mes yeux les valeurs qui vous tiennent à cœur, Elric Nighthill. Partagez-vous cette inventaire ? »

Elric : "Je pense que vous présentez une bonne analyse de ce que j'ai laissé entrevoir jusqu'alors.
Je n'ai pas la prétention d'en savoir autant sur vous.
Si je puis me permettre de nuancer vos propos cela dit, si le devoir est aujourd'hui la valeur prédominante de ma vie, cela n'a pas toujours été le cas.
C'est pourquoi j'attache encore une grande importance à la liberté et notamment je considère qu'un engagement pris sans indépendance de volonté ou sous la contrainte n'a pas de valeur morale.
J'ai choisi librement les engagements que j'ai pris et toujours en respectant mes convictions profondes qui sont entre autres que les personnes qui possèdent des aptitudes particulières, qu'elles soient d'ordre physique ou intellectuel, devraient les mettre au service des personnes qui en sont démunies mais aussi que chaque homme est responsable de ses actes et doit en assumer les conséquences.
Pour ce qui est de mon pragmatisme, je pense que c'est mes expériences personnelles qui m'ont forgées ainsi. Il s'agit moins d'une valeur que d'un point de vu. 
Là où vous avez touché particulièrement juste, Deelan, c'est lorsque vous avez mentionné le doute.
Au moins au même titre que nos ennemis physiques, je pense qu'il a fait beaucoup de mal à notre groupe et à moi même. Il m'accompagne perpétuellement depuis que j'ai ressentis les attentes de nos compagnons par rapport à moi, et j'ai plusieurs fois cherché à être guidé afin de prendre les bonnes décisions.
Que ce soit auprès des dieux ou auprès des puissants, je n'ai pas souvent trouvé les réponses à nos questions bien que ceux-ci soient intervenus plusieurs fois en notre faveur, et je les en remercie.
Mais l'exercice permanent du doute nuit à la foi que je pourrais entretenir par rapport à une divinité comme il a déjà nuit à notre groupe.
Je suis actuellement en pleine remise en question avec Leodenas afin de peut être parvenir à un équilibre qui me permettrait de changer ce point de vu.
Car s'il s'avère que je sois finalement appelé à servir Mystra, je ne pense pas me soustraire à ce devoir."

Delaan répondit sitôt : « J'en suis soulagé et ravi pour vous, Elric.
N'y voyez pas de plaisanterie déplacée : je suis réellement persuadé que des épisodes de doute sont indispensables à l'équilibre personnel. Le doute développe notre humilité et nous guide vers nos Dieux. Il est frère de la méditation, qui devrait diriger notre vie. Nous pourrions échanger sur ces points fort longuement, mais le frère Leodenas sera bien plus pédagogue et érudit que moi en la matière.
Ce que je puis vous dire, en réponse à vos paroles si sincères, c'est que le doute ne devrait pas être un ennemi, ni de vous même, ni de notre Compagnie.
Mais alors, pourquoi le ressentez-vous ainsi ? »
Et à nouveau, sans laisser à Elric le temps de répondre, Delaan enchaîna de lui-même :
« Parce que vous cherchez à le cacher. »
(pause)
« A le cacher à vos amis et à vous même. »
(pause)
« Vous n'avez pas, Elric, à porter ce poids. Vous évoquez les attentes de nos compagnons et dites les avoir ressenties. Mais quelles sont elles ? Êtes-vous certain de ne pas vous méprendre en les interprétant ? »
Cette fois, un vrai silence suivit les paroles de Delaan.

Elric semble mécontent de la tournure de la conversation.
"Vous faites les questions et les réponses Delaan, cela n'est guère agréable de discuter ainsi."
Ces paroles sonnent comme un avertissement.
Sur un ton plus doux :
"Contrairement à ce que vous semblez croire, il m'est déjà arrivé de m'ouvrir au sujet de mes doutes à mes amis.
Et alors même que je commence à m'ouvrir à ce sujet auprès de vous, vous tenez de tels propos.
Notre groupe a beaucoup changé depuis sa création. Qui peut dire si les attentes de ses membres, nouveaux ou anciens, n'ont pas évolué à leur tour. À l'époque, les attentes de mes amis envers moi semblaient clairs et j'avais assumé un rôle de leader malgré moi.
Récemment encore, vous(le groupe) avez manifesté votre désir de me voir diriger notre compagnie en devenir. Mais pour cela, je sais que je dois redoubler d'efforts pour me montrer digne de cet honneur, et apprendre à écouter les attentes de chacun.
C'est pourquoi j'ai fini par accepter votre idée de fixer des règles claires à notre groupe et vous ai proposé de recueillir les souhaits de chacun puisque l'idée émanait de vous."
Pause un peu plus longue.
"Pour répondre à l'une de vos questions, Delaan, je ne me cache pas mes propres doutes, je les affronte. Les engagements que j'ai choisi font naître des responsabilités qu'il me faut assumer. Il y a aussi le doute de correspondre aux attentes de nos compagnons qui sont variées et changeantes. Et seule des efforts de communication pourront palier à ces derniers."

Delaan sourit intérieurement. L'humilité d'Elric avait ses limites. Le guerrier ne semblait pas encore prêt à accepter une aide de cette nature. Il poursuivit différemment.
Delaan : « Et bien, veuillez m'excuser. Disons que je ne connais de vous que ce qui m'a été donné à voir et que je vous suis gré de votre franchise. »
Après un moment, Delaan reprit : « Pour m'aider à mieux cerner tout cela, pourriez-vous préciser ce rôle de leader, que vous évoquez ? »

Elric : "Il ne s'agit pas d'un poste hiérarchique ou d'un décideur si c'est ce que vous craignez.
Je n'ai pas une si haute opinion de mes décisions et j'ai connu mon lot d'erreur.
Il s'agit plus d'un rôle de conciliateur, écoutez les arguments de chacun afin de prendre la bonne décision.
C'est une tâche autrement plus ardu quand on prend en considération nos divergences actuelles d'opinions et d'origines.
Attention, je ne parle là que des attentes que je pense avoir comprises.
Je n'ai pas la prétention d'atteindre l’excellence dans ce domaine mais j'y travaille avec les conseils du frère Leodenas, parfois en m'inspirant de vous aussi.
Preuve en est une nouvelle fois la proposition dont nous avons déjà parlé.
Cette réponse vous satisfait elle ?"

Delaan répondit sans ambages ni malice : « Non. »
« Leader, décideur, conciliateur… j'ai du mal à vous suivre. Vous refusez d'endosser le rôle de décideur – ce que, quoique vous en pensiez, je trouve regrettable - pour celui de conciliateur. Pourtant, vous m'avez proposé vous même de recueillir les opinions. Pourquoi alors ne pas vous en être chargé ? Et, de votre aveux même, vous n'êtes pas en mesure de deviner les valeurs qui me tiennent à cœur. Quel genre de conciliateur est-il, celui qui ne sait ni recueillir les opinions ni les percevoir par lui-même ? »
Delaan se reprit : « Excusez-moi, encore une fois. Mes paroles sont un peu vives. ».
Il marqua un temps et poursuivit avec cordialité : « Je suis persuadé Elric, que votre rôle dans cette Compagnie est central. Je suis persuadé également que nos compagnons le pressentent. C'est pour cette raison, justement, que j'ai à cœur de le clarifier au mieux ».

Elric : "Il serait présomptueux d'exprimer par moi même les valeurs qui vous habitent après si peu de temps passé ensemble.
Par respect et par considération, je préfère écouter ce que vous avez à dire plutôt que de tenter de le deviner.
Plusieurs raisons m'ont poussées à vous proposer de vous occuper de cette mission.
Tout d'abord, par respect pour vous qui nous l'avez suggéré, mais aussi pour vous laisser l'occasion de découvrir en profondeur certains membres de notre compagnie comme Isaac.
À la base, vous étiez force de proposition en la matière et je ne vous enlèverais pas cela."
Elric fait une pause.
"Je ne suis pas clairvoyant concernant les pensées profondes de chacun d'entre vous Delaan.
Le premier rôle d'un leader comme d'un conciliateur devrait être d'écouter, pas de deviner.
Ne vous inquiétez pas outre mesure, le temps viendra bientôt où je proposerais à tous de s'asseoir à la table des négociations dans l'intention de discuter de tout cela.
À chacun sa manière, et si tous le monde en possède la volonté, nous arriverons à fonder un groupe unifié."
Elric soupire finalement.
"Malheureusement, nous devrons remettre la fin de cette discussion à plus tard.
Derrière cette colline se trouve Greenest et la tâche qui nous attend là bas.
Allons voir nos compagnons pour décider de ce qu'il convient de faire."

Delaan se tint coi, dans une moue dubitative.
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