Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Episode 19-3 - A la sortie du Conseil...

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Episode 19-3 - A la sortie du Conseil...

Message  Gueule d'Amour le Mar 28 Juin - 22:50

Thorn n'étant pas connu pour ses excès de confiance, il restait assez distant malgré le fait que le Conseil ait statué d'une certaine façon en leur faveur. Mais cette méfiance était surtout due à la désorientation entraînée par les événements du dernier mois.

"Sir Delaan, malgré tout le respect que je devrai vous avoir, j'ai encore du mal à croire que le Conseil nous fasse confiance au point de nous confier une tâche... Qu'avez-vous donc vu en nous ? Je..."

Il fit une pause.

"Je ne comprends pas..."


La séance levée, Delaan s'acquitta quelques instants encore de sa tâche de diplomate occasionnel. Puis, dès que son sens approximatif du protocole lui eut suggéré qu'il pouvait s'éclipser sans manquer à l'étiquette, il se faufila hors du Palais.
Sitôt franchies les portes massives et quitté les feutres seigneuriaux, l’odeur acre de la ville le reprit à la gorge. Les yeux plissés face au soleil encore lumineux de cette fin d'après-midi, il avisa un mendiant dans l'ombre d'une colonne, s'en approcha, dénoua prestement sa cape trop neuve et la lui lança, accompagnant son geste d'un sourire discret. Puis il rejoignit plus lentement un coin sombre de la venelle faisant face à l'édifice.
Il n'eut pas à attendre bien longtemps.
Les deux jeunes gens à l'air abattu apparurent dans l'encadrement et se séparèrent, sans plus d'effusion. Delaan était sorti juste à temps et celui qu'il attendait se dirigeait précisément dans sa direction. Il y vit le signe que Mielikki, jusqu'au cœur même de cette étourdissante cité, approuvait sa décision.
Delaan se porta à la hauteur de l'humain, qui ne marqua pas un grand étonnement. Son regard glissa sur le pourpoint de cuir sombre et le symbole brodé à hauteur du cœur – qu'il avait probablement entrevu durant le Conseil – pour fixer brièvement le lacet noir noué à l'épaule gauche.
S'attendait-il tout à l'heure à une réponse directe dans les couloirs du palais, alors qu'il avait courageusement posée sa question à Delaan ? Esquissant un sourire et de son ton le moins paternaliste possible, le demi-elfe prononça.

« J'aimerais faire quelques pas à l'extérieur de la ville. Voudriez-vous m'accompagner ? »


Thorn eut besoin de réfléchir aux paroles émises et aux décisions prises par le Conseil. Il avait besoin de le faire sans Elric. Bien qu'il savait qu'ils allaient devoir être plus unis que jamais, il souhaita passer quelques instants avec lui-même et... Ses pêchés. Ce fut notamment les propos du mage Chandra concernant sa réincarnation qui le déstabilisaient. La culpabilité s'était emparée de lui...
En addition, un sentiment de malaise lui serrait le cœur, le même qu'il avait ressenti lors de sa seule visite de la Porte de Baldur : l'omniprésence des constructions humaines, leurs tailles et l'absence de la nature lui donnaient le tournis, presque la nausée. Le gouverneur comptait-il transformer Greenest en cela ?
Il se retrouva alors face à face avec Delaan, la personne du conseil auquel il s'identifiait le plus. Outre le symbole de Mielikki, ce fut surtout sa discrétion lors de l'assemblée qui lui rappelait son propre comportement face à la noblesse. Il fut alors évident qu'il se sentit soulagé face à la proposition de son interlocuteur.

"J'étouffe ici... Je vous suis."


Côte à côte, les deux taiseux gravissaient les ruelles les éloignant du port.
S'efforçant d'écarter les préoccupations qui l'assaillaient suite aux renseignements glanés, Delaan reporta son attention sur celui qui marchait silencieusement avec lui.
Dès les premiers instants du Conseil, il avait avec soulagement constaté l'absence d'arrogance chez ces jeunes gens, qu'il craignait de voir se pavaner. L'exposé de son compagnon avait manqué de clarté, bien entendu, mais l'un comme l'autre avait fait preuve d'une grande sincérité. Et de pudeur.
A présent, la démarche de son voisin était souple, et son visage alerte trahissait finalement peu la résignation dépitée qu'il avait montrée au Palais. On le serait pourtant à moins...
Sitôt franchie la porte est de la ville, la campagne avoisinante leur ouvrait les bras. Delaan prit en souriant une profonde inspiration et, obliquant vers une futaie, rompit le silence.

« Un adage nous enseigne qu'il n'est point besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. C'est probablement exact... pour qui possède encore la fougue de ses jeunes années. Mais vos tourments ont plus qu'entamé votre part d'innocence, n'est-ce pas ? »

Sans attendre de réponse, le demi-elfe poursuivit.

« Vous nous avez livré beaucoup de vous-même durant ce pénible interrogatoire. Il est juste que je vous dise également quelques mots à mon sujet. Comme vous l'aurez compris, je suis Épine de Mielikki, fidèle de la Dame. J'appartiens également à une organisation millénaire, qui vous est encore probablement inconnue, nommée l'Enclave d’Émeraude, chargée, par-delà les murs étriqués des cités, de la défense de l'ordre naturel ancien, de la puissance primitive qui guide toute vie, et que cette société semble avoir oublié. C'est à ce titre que j'ai été convié à participer au Conseil. Mais je goûte assez peu ce jeu de puissants – d'ailleurs vous me ferez plaisir en cessant avec vos « Sire Delaan ».

Ils avaient à présent pénétré dans le bosquet et y semblaient, l'un comme l'autre, plus à leur aise. « Je suis originaire de cette région, plus particulièrement de la forêt brumeuse dont nous parlions tantôt. Et mon quotidien est d'ordinaire très éloigné de ces manigances de palais. Mais nous savons, vous comme moi, leur importance et leur nécessité ».

Laissant passer un court silence, enjambant une racine, il poursuivit, hésitant : « Je n'ai pas coutume... », puis se tournant franchement vers le jeune homme : « Thorn, vous n'êtes pas seul. Je ne parle pas seulement de renfort, de soutien pour telle ou telle mission, aussi périlleuse et cruciale fut-elle. Je parle de votre essence, des forces qui nous entourent. Vous n'êtes pas seul, prenez-en conscience, car cela ne dépend finalement que de vous. » Se détournant, comme gêné de cet épanchement, il lança d'un ton plus docte : « Et pensez qu'il est bien nécessaire d'entreprendre pour espérer réussir ».

Ponctuant ces derniers mots, un buisson voisin s’agita, laissant apparaître un immense loup blanc. L'animal s'approcha de Delaan, qui, se retournant vers le jeune homme, énonça cérémonieusement : «  Loska, je te présente Thorn. Thorn, je vous présente Loska ».


Thorn le suivait en l'écoutant attentivement, sans un bruit. Il savait bien qu'il avait beaucoup à apprendre de Delaan. Tantôt il lui répondit par un sourire, tantôt son regard se perdit dans la végétation. Les derniers mots du demi-elfe, aussi simples fussent-ils, le rassurèrent.
Après les présentations avec le compagnon de Delaan, il s'agenouilla et leva son bras gauche, paume vers le loup. Thorn rompit le silence qu'il maintenait jusque là, en tutoyant Delaan, comme s'il n'arrivait plus à contenir son manque d'étiquette.

"Tu as un magnifique ami, dit-il avec une pointe de mélancolie tout en fixant les yeux de l'animal. Cela faisait si longtemps que je n'étais entré dans un domaine de Mielikki... Cela fait remonter certains souvenirs."

Il marqua une courte pause et reprit, le regard toujours dirigé vers Loska, comme s'il attendait une réaction de sa part.

"Dis-m'en plus sur l'Enclave d'Émeraude."


Un léger sourire aux lèvres, Delaan s'assit tranquillement sur le sol humide.
Les yeux noirs de Loska contrastaient avec son pelage. Son regard ne semblait pas quitter celui de Thorn, tandis qu'il vint souplement se placer derrière son maître, le museau sur une de ses épaules.

« Nous sommes nombreux, répartis sur différents territoires et terrains. Notre rôle est de lutter contre les menaces faites à l'ordre naturel, à l'équilibre premier ; il ne s'agit pas de s'opposer à la civilisation, mais de s'assurer qu'elle progresse dans le respect de l'équilibre naturel. Nous avons également pour tâche de soutenir les individus et organisations moins coutumiers de la nature sur les terres qui leur sont inhospitalières, et leur apprendre ainsi à les respecter davantage. L'entraide est une valeur forte parmi nous. Tout autant que l'autonomie. »

La nuit tombait lentement sur les trois individus, qui ne paraissaient pas incommodés par l'obscurité.

« Et toi, dis m'en davantage sur l'ami que tu as perdu »


Thorn sourit à son tour. Peut-être était-ce à la pensée qu'il aurait enfin la possibilité de rejoindre une cause qui correspondait aux valeurs qu'il cherchait à défendre depuis toujours. Si toutefois ils arrivaient à arrêter le Culte, bien évidemment. Cependant, son visage s'assombrit lorsqu'il prit la parole.

"J'ai rencontré Miell dans le bosquet de mon clan, peu de temps après que nous avions identifié le Culte comme étant une priorité. Dès lors, elle ne me quittait que très rarement. Nous avons beaucoup partagé, joie comme tristesse."

Il fit une pause, prit une longue inspiration puis continua.

"Elle n'étais plus là à ma renaissance. Je pense que le lien qui nous unissait a disparu en même temps que la marque et que... Peu importe. Je ne suis plus le même qu'avant. Miell était le compagnon de Garrett, de mon moi passé. Mais peut-être est-il temps de me lier à un nouvel animal. Un ami avec lequel je ferai face aux prochaines épreuves qui me sont réservées..."


Delaan : « Il faut parfois plus longtemps pour poser une question que pour en trouver la réponse, n'est-ce pas ? Et il semble en effet que ce cycle-ci soit propice à de nouvelles rencontres... »


Thorn : "Cela arrive souvent, c'est vrai... Nous verrons bien qui Mielikki choisira pour m'accompagner."


La forêt ondulait dans la brise nocturne. Sous l’œil attentif de Loska et le scintillement complice des étoiles entre les frondaisons, les deux compères poursuivaient leur conversation.
Delaan abandonnait petit à petit ce ton docte, que lui inspirait d'ordinaire la jeunesse, à mesure que son estime pour Thorn grandissait. Malgré leurs différences, il se reconnaissait beaucoup dans le caractère de l'humain.
Son intuition était-elle réellement insufflée par la Dame, ou bien n'était-ce que sympathie devant ces nombreux coups du sort, sympathie attisée par l'écho de sa propre souffrance ? Pourtant, Loska lui-même semblait l'apprécier...
Quoiqu'il en soit, ils avaient quelques jours devant eux. Ce trajet vers sa forêt natale serait comme une respiration bienvenue. Et lui enseigner ce qu'il pourrait serait aussi l'occasion de se connaître davantage.

Faisant écho à ses pensées, Delaan murmura : « l'avenir nous le dira ».
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