Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Episode 20-2. Discussion de groupe

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Episode 20-2. Discussion de groupe

Message  le moine noir le Sam 25 Juin - 9:54

Thorn réunit Elric, Delaan et Leodenas légèrement à l'écart des combattants elfes. L'heure était grave et cela se discernait facilement sur son visage. Outre la difficulté à venir à bout de ce formidable ennemi et la fatigue tant physique que psychologique que le combat avait entraînée, il était surtout préoccupé par tout autre chose et ne put attendre d'être revenu en ville pour le partager avec ses compagnons.

"Je... Je vais crever l'abcès. Je pense pouvoir dire que je suis celui qui soutenait le plus Isaac. Elric, tu restais méfiant à son égard et je comprenais, même si ce n'était pas un avis partagé. Cependant, avec ce qu'il vient de se passer, je ne peux plus lui faire confiance... Il part pendant des mois et lorsqu'il revient, il disparaît avec le masque vert... Puis il réapparaît et s'isole sans explications. Je ne veux pas tirer de conclusions hâtives. Mais je vous préviens... "

Puis il fit face à Elric.

"Et toi... Je ne peux plus me taire face à certaines choses... Tu as beau dire renier notre... Tu as beau dire renier Tarbaw et dire vouloir t'en détacher, tu continues d'utiliser son nom pour t'attirer des faveurs, des privilèges. Comptes-tu un jour décider vraiment de qui tu comptes être ? Tu as été élevé dans un milieu aisé et tu as tes habitudes, ça je le comprends. Mais tu disais par moment toi-même que tu n'aimais pas jouer ce jeu... Je suis las. Las de voir que bien que nous voyageons ensemble, nous sommes éloignés dans nos manières d'agir..."

Il prit une grande respiration mais enchaîna suffisamment vite pour éviter d'être coupé.

"Je veux revenir sur ce qu'il s'est passé lors de la première entrevue avec le roi... Nous sommes des étrangers sur ces terres, dans cette culture. Delaan est le mieux placé ici pour savoir ce qu'il faut ou ce qu'il vaudrait mieux éviter de faire. Plus que nous accompagner, il nous guide en ces terres qui nous sont étrangères. Et malgré ça, tu ne l'as pas une fois écouté. Tu n'en as fait qu'à ta tête. Tu agis finalement comme Tarbaw, d'un certain point de vue... Tu refuses de laisser le "contrôle" à quelqu'un d'autre..."

Il se tourna ensuite vers Delaan.

"Je suis désolé, mon ami.Tu te retrouve dans un groupe bien trop chaotique et cela a mis en défaut ta parole..."

Pour finir, son regard se dirigea vers Leodenas.

"Tu parlais d'unité au sein de ce groupe, Leodenas. Trouves-tu que nous sommes unis, actuellement ? Pourrons-nous l'être un jour ?"

Leodenas : La réponse est en vous, Thorn. Vous ne semblez pas réaliser la portée de ce que nous venons d'accomplir ensemble. C'est quelque chose dont nous pouvons être fiers et qui doit contribuer à laver les éventuelles blessures et incompréhensions du passé. Le pardon, l'amour et la compassion, l'acceptation des différences, le respect mutuel, sont aussi des valeurs que nous enseigne la Dame des Mystères. Il n'en fut pas toujours ainsi... Pour l'heure, c'est Isaac qui me préoccupe...

Elric sortit de son silence. Il répondit d'abord à Thorn.

"Il est aisé pour toi Garrett de critiquer l'éducation que j'ai reçu et la manière que j'ai de m'en servir ! La diplomatie est une arme au même titre que ma rapière et mon arbalète et j'entends en user autant que possible dans le respect de mes convictions profondes.
Si nous faisons face à un désaccord, tu peux toujours t’exprimer ou agir de ton côté plutôt que de placer les autres devant le fait accompli. Il y a bien longtemps que j'ai noté des divergences d'opinions entre toi, moi, Dorémion et Musca, et même Korshag, Isaac et nos nouveaux amis. L'important est que nous partageons un objectif commun et que nous restions assez unis pour lutter au côté des uns et des autres. J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps et j'ai pris conscience qu'il n'y a pas qu'une manière de faire. En revanche, je ne laisserai ni toi,  ni Delaan, ni personne d'autre m'imposer sa vision ou ses méthodes et encore moins s'engager en mon nom sans me concerter."

Puis se tourna vers Leodenas.

"Vous êtes bon et sage Leodenas, sans doute le meilleur d'entre nous. Il est vrai que ce combat fut exceptionnel et si c'était à refaire, il n'y a pas d'autres hommes à ma connaissance que je voudrais à mes côtés que toi Garrett, après toutes ces épreuves traversés. Peut importe nos différences, ne perdons pas de vu l'essentiel... Nous devons rendre rapport à Melandrach et trouver des informations qui nous permettront de traquer Isaac. Le combat continue et l'ennemi n'attend pas."  

Une fois passés ces échanges, Delaan énonça d'une voix posée :

"Je te remercie Thorn d'avoir initié une discussion qui s'avère plus que nécessaire.
Même s'il faut nous garder de paroles par trop définitives sous l'emprise des émotions récentes, il me paraît indispensable de clarifier ensemble plusieurs points.
Un préambule me concernant : je ne prétends aucunement avoir à donner quelque leçon que ce soit à une compagnie que je ne fais qu'escorter depuis peu. Toujours est il que ces quelques jours parmi vous et les événements exceptionnels qui les ont parsemés m'auront distillé une certaine connaissance à votre égard.
Dans l'hypothèse – mon propre choix n'est pas encore arrêté – où je devrais poursuivre mon chemin à vos côtés et vous aux miens, un sujet devra impérativement être discuté. Et je ne parle pas de savoir où guider désormais nos pas – même s'il y aura là matière à débat, à entendre vos paroles, Elric – mais bien plus trivialement du mode de fonctionnement de cette compagnie, ne vous en déplaise.
Je ne vous entretiens pas d'idéaux ni de conviction profonde, cependant, vous évoquez comme une évidence l'objectif commun et l'unité de notre compagnie. J'ose espérer que vous ne vous méprenez pas. Quoiqu'il en soit, au registre prosaïque de notre fonctionnement, il est un point qui me surprend.
Vous-même, Elric, qui vous enorgueillissez d'une formation chevaleresque, ne pourrez qu'abonder en mon sens : le bon fonctionnement d'un groupe, quelle qu'en soit sa taille et sa nature, requiert des règles. Ce sont elles qui font la différence entre un ramassis d'opportunistes et une compagnie organisée : des règles connues, admises et partagées par l'ensemble des membres, des règles garantissant l'efficacité dans l'action et l'installation d'une confiance mutuelle."

Elric répondit.

"Vous semblez bien mal me connaître, seigneur Delaan. Si j'admet volontiers ma faiblesse en ce qui concerne l’orgueil, ce dont vous ne semblez pas exempt vous même, cela ne concerne en rien une quelconque formation militaire mais plutôt l'homme que je suis devenu dans l'adversité après avoir fini mes classes. Bien sur, d'aucun pourrait arguer que je ne suis pas aussi méritant que d'autres, étant bien né, mais les épreuves que nous avons vécu depuis que j'ai fini mes classes pourraient mettre rapidement fin à ce stérile débat.
Vous semblez en revanche bien plus porté sur l'existence de règles et de contrôle. La confiance pour moi n'est pas une affaire de foi militaire en un ordre établi mais plutôt un lien particulier qui survient lorsque 2 personnes se sont prouvés leur valeur par leurs actes.
Comme vous le disiez précédemment, vous ne faites que nous escorter depuis peu et vous n'êtes pas au fait des détails de ce que nous avons vécu. Quelque soit votre intention de différencier notre compagnie d'une alliance de fortune, cela demandera sans doute un certain temps que vous pourriez mettre à profit pour comprendre que notre force est justement de ne pas nous plier aux règles établis et de conserver notre indépendance."

Dans une ébauche de sourire dont on ne saurait dire s'il est moqueur, Delaan repris la parole :
« Il ne sera pas dit que je n 'aurais pas tenté de vous ouvrir les yeux.
Si j'appelle de mes souhaits ces règles – quoi qu'il m'en coûte – c'est bien pour tenter d'insuffler un substitut de confiance, lorsque les actes eux-mêmes empêchent qu'elle ne naisse spontanément.
J'aurais d'ailleurs probablement dû initier cette conversation avant l'initiative tragique d'Isaac.
Et pour récente que soit ma participation à vos côtés, laissez moi vous suggérer, sur la matière de la confiance, de laisser vos compagnons s'exprimer à leur tour. »

Thorn voulut répondre à Elric mais Delaan le devança. Cela eût pour effet de refroidir légèrement l'ardeur avec laquelle il aurait parlé. Cependant, le retour d'Elric raviva et multiplia la colère réprimée jusque là. Il se rapprocha d'un air menaçant vers Elric, les dernière paroles du demi-elfe ne pouvant plus rien pour changer son humeur.

"Non mais tu t'entends parler ?! Considères-tu donc réellement mes sentiments comme un débat stérile ?! Et de quel droit parles-tu pour moi ? Pour tout ceux qui ne sont pas là ?!"

Il l'attrapa au col.

"Tu oses parler d'indépendance ? Tu n'as jamais su ce qu'était l'indépendance. Tu t'accroches encore à ton titre, là n'est-elle pas la preuve que tu ne connais pas le sens de ce mot ?!"

Il desserra son étreinte mais agrippant encore.

"Tu te caches sans cesse derrière des convictions que tu préfères taire dans des situations où elle te gênerait. Tes discours sont sans cesse emplis de contradictions. Alors ais le courage de le reconnaître. De reconnaître que tu agis parfois par vanité, pour flatter ton ego, et cela parfois même si ça va à l'encontre de tes compagnons... Tu te soucies beaucoup trop du regard des autres... "

Il finit par le lâcher et tomber sur ses genoux. Le frère Leodenas se précipita pour le relever. Un geste spontanément fraternel. Dans ses yeux, un mélange de gravité et d'empathie.

Elric n'était nullement impressionné par les effusions de Garrett (il en avait vu d'autres).

"Il n'était pas question là de tes sentiments Garrett, tu ne fais qu'interprêter pour toi mes propos.
Pour le reste, libre à toi de remettre en cause l'indépendance de ma volonté mais il me semble qu'aux dernières nouvelles, c'était moi le premier à m'opposer à notre père avec les conséquences que nous connaissons.
Je reste attaché à ma famille pour les valeurs qu'elle représente bien que je rejette l'homme et le père qu'est devenu tarbaw.
De plus renier mon nom aujourd'hui ne changerait pas le passé, pas plus que mes manières ou mon éducation.
J'essaye juste de tirer parti de toutes les qualités que je possède.
Enfin, toi qui parle peu Garrett, tu es prompt à juger ceux qui tentent de faire évoluer les choses, ainsi que la force de mes convictions.
Nous continuerons cette discussion lorsque tu auras retrouvé ton calme.
Pour ma part, messieurs, cette discussion est terminée."

Elric sembla vouloir ajouter quelque chose, mais se contenta de hocher la tête. Il s'éloigna du groupe en direction des batiments elfes. Sans le regarder, Thorn lui répondit, à un volume assez bas :

"Alors il en est ainsi ? Tu fuis ?"

Il se releva avec l'aide appréciée de Leodenas mais resta dos tourné vers la direction d'Elric.

"En agissant ainsi, tout ce que tu tentes de faire évoluer, c'est ta propre position... Tu parles de famille, de nom. Je parle de titre. Ça montre bien à quel point tu es aveugle... Tu n'arrives pas à entendre ce que je dis... Mais j'ai eu les réponses à mes questions..."

Il regarda Delaan.

"J'aimerais te parler seul à seul, Delaan."

Il fit un signe de la main à Leodenas, sachant qu'il comprendrait. Hochant la tête vers Léodénas, Delaan emboîta les pas de Thorn. Le jeune prêtre regarda s'éloigner les deux rangers, pensif.

Après deux bonnes heures, les rangers revinrent. Thorn réunit Elric, Isaac, Delaan et Leodenas. Chacun pouvait voir qu'il s'était clairement calmé. Il paraissait maintenant beaucoup plus serein. Il se dirigea immédiatement vers Elric. Il regarda en direction de Delaan, qui semblait lui avoir fait un signe de tête approbateur.

"Elric, je..."

Il s'interrompit, inspira puis expira calmement avant de reprendre.

"Je suis désolé... J'ai eu des propos déplacés. Sous le coup de la colère... Non, sous le coup de la frustration, se corrigea-t-il."

Il se rapprocha d'Elric, le regardant droit dans les yeux.

"Je vais te dire ce qui me pose problème. J'ai l'impression que tu doutes de toi, de tes compétences et de tes convictions... Quand tu te présentes, tout ce qu'on retient, c'est le titre de "fils du gouverneur"... Tu es plus que ça, beaucoup plus. Je trouve même que ce titre ternit qui tu es réellement... Tu mets en avant ce que tu as reçu à ta naissance au détriment de ce que tu as accompli par la simple force de ta volonté. C'est comme si tu n'avais pas confiance en la personne que tu es devenu... Voici qui tu es à mes yeux : un grand guerrier, le plus courageux que je connaisse, qui n'hésite pas à faire face à n'importe quel danger, n'importe quel ennemi afin de protéger ce qu'il chérit, ce en quoi il croit. Un homme que je considère comme un frère, non pas par notre sang commun mais par nos idéaux et nos buts. Plus encore, je dois te dire quelque chose... Je n'accepterai les ordres que d'une personne, si la situation l'exige... Et celle-ci est en face de moi... Mais peut-être me trompe-je..."

La voix de Thorn, au fur et à mesure de ses propos, tremblait d'émotions. C'était la seconde fois de sa vie qu'il livrait à quelqu'un ce que lui dictait son cœur.

"Nous en avions discuté il y a longtemps... Et je pense qu'il est temps... Penses-tu pouvoir non plus te présenter comme le fils du gouverneur de Nighthill mais plutôt comme le représentant de notre groupe, le leader de la Compagnie d'Argent ? Je ne te demande pas de renier ton nom, juste de ne pas nécessairement préciser qui est ton... Notre père.."

Isaac écoutait à moitié la conversation et se massait encore la tempe. Il se tenait le plus éloigné possible de Leodenas et observait le cadavre du dragon pendant que Thorn parlait.

A la fin  de la tirade de Thorn, l'expression d'Elric s'adoucit peu à peu jusqu'à laissé place à un soulagement non feint. Il répondit calmement  :

"J'ai du me montrer bien distant pour que tu en viennes à penser de telles choses à mon propos, moi qui me fait appelé ton ami.
Et qui plus est après tout ce que nous avons traversé ensemble...

Tu penses que je me raccroche à ce titre pour me différencier de la masse et que j'ignore la véritable valeur de notre sacrifice et de ce que nous avons traversé.
Sache que c'est faux !
Je sais très bien que tout homme n'est pas capable de tels actes et j'ai sans doute jugé trop durement cet elfe qui pensait égoïstement à sauvegarder sa vie et celle de sa communauté, peut importe le prix que devraient payer les autres.

Mais je ne doute ni de la justesse de nos actes, ni de mes convictions !

Je suis totalement tourné vers l'avenir et ce qu'il reste à accomplir. Et il m'arrive en effet de douter de me montrer à la hauteut des obstacles qui se dresseront devant nous. Mais j'ai décidé il y a longtemps déjà que j'amais je n'abandonnerai la lutte.

Pour ce qui est de me présenter comme un fils de la maison Nighthill, tu es le seul à qui cela pose problème et il ne s'agit là que de la vérité.
Je suis et demeure un fils de la maison Nighthill et si père devait continuer à ternir la renommée de notre maison, je me chargerais moi même de le renverser afin de rétablir son honneur.

Néanmoins il est vrai que nos actions récentes ont été effectuées au nom d'une cause plus grande. Une cause qui dépasse ma simple considération et ma fierté ou même ma lignée. Si l'un de nous devrais à nouveau parler en notre nom à tous et si vous souhaiter formaliser notre alliance, alors il est peut être temps d'officialiser la création de cette compagnie dont nous avons parlé il y a bien longtemps."

Elric se tourna vers Delaan : "à condition bien sur que ces propos respectent les convictions de chacun de ses membres. Mais le nom de compagnie d'argent me semble aujourd'hui désuet. Nos nouveaux amis, il me semble, ont également voix au chapitre."

Durant ces deux longues déclarations, le regard du demi-elfe oscillait entre chacun de ses trois compagnons. Isaac restait blotti dans son inquiétant isolement ; Delaan espérait qu'il percevait malgré tout l'intensité de ce moment.
A présent qu'Elric s'était tu en s'adressant à lui, chacun tournaient les yeux vers Delaan.
Il choisit ses mots avec précaution.

« Vos paroles nous ont touchés, Elric Nighthill. J'y suis moi-même particulièrement sensible et tiens à vous remercier de la compréhension et de l'aménité que vous y avez mises.
Je ne peux qu'imparfaitement concevoir les épreuves que vous avez traversées jusqu'ici, ainsi que les liens douloureux qu'elles vous ont amenés à tisser entre vous.
Alors que vous ne me connaissez moi-même qu'encore peu, je mesure la confiance que vous m'accordez en me considérant comme un de vos membres.
Et en effet, si la seule mission qui m'attachait à vos pas est en passe de s'achever après le massacre d'aujourd'hui, la menace plus vaste que nous savons ne peut être combattue que dans l'épaulement et l'unité. Aussi, j'accepte volontiers, compagnons, d'occuper durablement cette place que vous me proposez parmi vous. ».
Puis, d'un ton moins solennel :
« Quant au nom de baptême de notre compagnie, pourquoi vouloir faire table rase du passé ? Si la "Compagnie d'argent" possède à vos oreilles une signification d'importance, peut-être a-t-elle toute légitimité à se nommer ainsi ? »

Elric écouta attentivement les paroles de Delaan.

"Je ne m'attarderai pas sur la valeur de la confiance que je place en chacun de vous.
Elle est sincère bien que perfectible, comme nous tous en tant qu'Hommes et peut être en tant que Héros.
De même, aucun d'entre nous ne doit s'attendre de la part des autres à recevoir une confiance aveugle.
Et certainement pas moi, car cela va à l'encontre de mes convictions.
Mais si ensemble nous pouvons construire quelque chose qui nous permette de viser plus haut et plus loin.
Alors cela vaut sans doute le coup d'officialiser quelque peu la chose."

"Peut être Delaan aviez-vous raison lorsque vous suggériez que certaines règles devraient être adoptées au sein de notre groupe afin de faciliter la prise de décision et la coordination.
Je vous laisse le soin, si chacun accepte que cette tâche vous revienne, de nous concerter et de proposer quelques principes fondateurs qui sauraient diriger notre union, plus qu'un leader seul le ferait."

« Merci Elric. Nous prendrons soin de les établir collégialement.

Et, en illustration de ces futurs principes, je souhaite que nous abordions ensemble trois questions à trancher durant ce qui constituera donc notre premier plénum.

La première des trois concerne notre destination immédiate.
Ce combat fut exténuant et nous y avons perdu une importante partie de nos forces. Elric, qui vous êtes entretenus avec les guerriers mages, avez peut-être une estimation des pertes subies ? Toujours est-il, quoiqu'il nous en coûte, qu'il faut envisager la nécessité de ne pas rentrer immédiatement à Atlante. Une escouade pourra y être dépêchée pour ramener Neronvain, mais il me paraît nécessaire que le plus gros de notre troupe fasse route sans tarder vers la caverne de Chuth. L'intérêt me semble triple : d'une part, nous avons ainsi une chance de prendre les cultistes par surprise et disposer d'un avantage tactique, d'autre part, nous pourrons rassembler des preuves et des indices avant qu'ils ne se dispersent, enfin pourrons-nous reprendre les richesses pillées aux communautés de la forêt, priver ainsi le Culte d'une source d'enrichissement et les rendre au roi Melandrach auquel nous sommes si redevables.
Telle est mon opinion et je vous écoute sur ce point. »

Leodenas : Puisque vous m'y invitez, je vous donnerai mon point de vue sur les différents sujets évoqués. S'agissant de votre nom, Elric, et de la renommée de votre maison, vous allez bientôt avoir l'occasion de prouver vos dires : le Conseil, par la voix de Chandra le scolastique, soihaite que nous récupérions le nain Varram, mort ou vif à Greenest. Et que les deux wyrmspeakers Varram et Nerovain soient amenés à Waterdeep et longuement questionnnés. Le vieux maitre pense que leurs réponses fourniront de précieux renseignements sur le culte et sur les forces massées au puits des dragons. Chandra rappelle que la présence du demi-elfe Dorémion est également sollicitée. Il a des questions pour lui. S'agissant du repaire du dragon vert, il est clair qu'il nous faut poursuivre notre mission et le fouiller de fond en comble. Cela veut dire d'autres rudes combats, je le crains fort, car je me doute qu'il doit être infesté de cultistes, prêts à mourir plutôt qu'à se rendre. Pauvres fanatiques égarés dans l'erreur. Il serait souhaitable de les prendre vivants pour pouvoir les interroger eux-aussi. S'agissant de l'idée de créer une compagnie, je ne peux que vous y encourager. C'est là une brillante initiative qui renforcera la cohésion de votre petit groupe et lui fournira une légitimité devant les puissants. J'aurais été enchanté de pouvoir l'intégrer, mais cette décision ne dépend plus de moi. En devenant prêtre, j'ai remis ma vie entre les mains de Mystra et de son clergé sur terre. J'existe désormais pour servir, guérir et guider tous les êtres, et me dois de rester disponible. J'ignore si mes supérieurs m'autoriseraient à m'attacher à une association de personnes en particulier.

Delaan : Frère Leodenas, j'espère sincèrement que votre ordre jugera bon d'attacher vos pas aux nôtres aussi longtemps que possible. Votre présence nous est à tous salutaire. Les informations du Conseil que vous nous transmettez font écho au deuxième sujet que je souhaitais aborder. Il s'agit non seulement du devenir de Nerovain, mais aussi de celui du masque. Concernant Nerovain, compagnons, j'imagine que le Roi Melandrach, sous son double titre de membre du Conseil et de père de l'intéressé souhaitera se charger de le faire déférer à Waterdeep. Cela me semble la meilleur solution. Y voyez-vous un inconvénient ?
Quant au masque, dont Frère Leodenas a pris la charge, je suppose que son Maître et le Conseil seront également fort intéressés pour l'examiner minutieusement. Comment comptons-nous le leur faire parvenir ?

Les informations du Conseil que vous nous transmettez font écho au deuxième sujet que je souhaitais aborder. Il s'agit non seulement du devenir de Nerovain, mais aussi de celui du masque.
Concernant Nerovain, compagnons, j'imagine que le Roi Melandrach, sous son double titre de membre du Conseil et de père de l'intéressé souhaitera se charger de le faire déférer à Waterdeep. Cela me semble la meilleur solution. Y voyez-vous un inconvénient ?
Quant au masque, dont Frère Leodenas a pris la charge, je suppose que son Maître et le Conseil seront également fort intéressés pour l'examiner minutieusement. Comment comptons-nous le leur faire parvenir ? »

Leodenas : Nous devrons l'apporter à Waterdeep, en même temps que nous amènerons avec nous les deux wyrmspeakers capturés Nerovain et Varram.
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La discussion intermédiaire entre les deux rangers

Message  Gueule d'Amour le Mar 28 Juin - 22:41

Lorsqu'ils se mirent à l'écart, sur le chemin, Delaan pouvait voir Thorn respirer d'une manière très "thérapeutique". C'était un exercice qu'il n'avait pas effectué depuis la mort de son amour. Ça le calma assez rapidement. Il s'assit ensuite et siffla. Une louve sortit des buissons environnants. Cela faisait évidemment écho à la première discussion entre les deux chasseurs. Elle vint se poser à la gauche de Thorn. Il sourit et posa sa main sur l'animal. Il prit une grande inspiration et s'adressa à Delaan.

"Je n'arrive pas à apprécier cette victoire... Delaan... D'après toi, aurais-je dû continuer de garder pour moi mes préoccupations ? Étais-ce égoïste de ma part de nous faire passer en priorité, risquant de nous ralentir dans cette lutte ?"

Il semblait totalement perdu.

"Lui et moi vivons apparemment dans deux mondes bien distincts... Je n'en peux plus... Cette attitude..."

Il serrait le poing, bouillonnant à l'intérieur.


Après un long silence, Delaan énonça :

"Ta colère est naturelle, Thorn. Mais elle entrave ton jugement.
Vous avez tous les trois traversé des épreuves difficiles à concevoir. Votre personnalité en a probablement été affectée profondément et d'une manière différente pour chacun.
Isaac semble chercher la reconnaissance de ses pairs ; c'est votre opinion, votre estime qui compte pour lui. Mais à l'inverse, Elric, qui fait montre de tant d'indépendance, cache pourtant un attachement profond à votre égard, et plus particulièrement à toi, celui qu'il persiste à nommer Garrett."

Un rayon de soleil perça brièvement la brume.

"Quant à toi, Thorn..."

De longues secondes s'écoulèrent, puis c'est une question qui tomba de ses lèvres.

"Quel sens souhaites-tu donner à votre relation fraternelle ?"


Thorn fut convaincu d'avoir eu raison de demander à son compère chasseur de poursuivre la conversation dès les premiers mots de ce dernier. Il avait trouvé les mots justes pour le calmer.

"Je..."

Il s'allongea, tendant sa main vers la cîme des arbres pour empêcher les faibles rayons du soleil de brûler sa cornée.

"J'aimerais juste qu'ils me comprennent... Qu'ils pensent un peu plus comme moi..."

En entendant ses propres mots, il eût un léger rictus. Plusieurs minutes passèrent sans qu'aucun deux ne disent un mot. Il finit par se redresser.

"Je vois... Je devrais faire cet effort moi aussi... N'est-ce pas ?"


Delaan répondit avec intensité :
« Effectivement. Les dieux t'ont confié la faculté de comprendre autrui, Thorn. C'est un don précieux, même s'il est parfois douloureux, c'est vrai. Mais il te faut désormais prendre conscience qu'il s'accompagne d'une responsabilité.
Notre entreprise est démesurée. Des forces immenses sont à l’œuvre. Quand bien même parviendrons-nous à unir nos efforts, nos chances de succès sont infimes. Ton rôle n'est pas encore écrit, mais il ne fait aucun doute qu'il comporte une charge cruciale. Considère-le comme un devoir ou comme une épreuve : c'est à toi que revient la charge d'unir les membres vers un but commun.
Toi qui les connaît, qui sait sonder leur cœur, leurs craintes et leurs aspirations, tu as ce pouvoir de nous fédérer dans la considération des espoirs individuels. C'est une tâche délicate. Il ne s'agit pas de fuir les conflits – il est parfois bon de les mettre à nu comme tu as pu le faire tout à l'heure – mais il faut aussi savoir orienter les bouillonnements individuels, les canaliser dans des échanges sincères avec chacun.
Non, Thorn, tu n'es pas mal aimé des dieux et des hommes. Ne sous-estime pas le poids de tes actes et de ta parole. Agis.
Certes, cela requiert une part d'abnégation : qui s'occupera de te comprendre, toi ?
Et bien, peut-être est-ce une des raisons de ma présence à vos côtés... »


Thorn se releva et se retourna, le regard perdu dans la végétation, dos à Delaan. Une légère brise arrivait à se faufiler parmi les arbres. Il restait muet, réfléchissant à ce qu'il venait d'être dit. Il finit par briser le chant de la faune et de la flore environnante.

"Merci Delaan. Je... J'ai l'espoir qu'un jour, je puisse être aussi sage que toi... Retournons vers les autres, je dois corriger mes erreurs. Je dois parler à Elric et puis... Il commence à pleuvoir..."

Les derniers mots de Thorn sonnaient évidemment faux, il ne pleuvait pas le moins du monde. Il passa brièvement devant Delaan et ce dernier put remarquer des reflets de lumière sur son visage. Bien qu'il tentait de les cacher, des larmes coulaient. Des larmes de soulagement et de joie. Ce fut la première fois que quelqu'un lui parlait ainsi.
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