Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Partie 5 - Au même moment à Derlusk...

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Partie 5 - Au même moment à Derlusk...

Message  le moine noir le Mer 9 Jan - 9:22

Témoignage d'Aryon Martell dit Larmegrise

La nuit est tombée. Sur la ville. Sur mon coeur. Toi, mon ami tu t'en es allé. Autour de moi, le désastre, pourtant la journée n'avait pas si mal commencée. Pourtant, le soleil a brillé. Pourtant, j'en ai entendu qui riaient. Mais toi, mon frère de sang, de larmes et de combat, toi mon ami de rires, et de ripailles... Tu t'en es allé.

Ma victoire a un goût amer, un goût de cendre.

Tout donner, puis tout reprendre. Le destin. La vie dans sa dureté de diamant. Mais rien n'est clair, sauf pour moi, il me faut ne pas abandonner et essayer d'expliquer. Pour cela, ma foi, je dois expier.

Depuis des semaines mes jours se sont assombris, j'ai goûté une solitude dont j'avais oublié l'existence, être seul face à ses choix, sans le Seigneur du Matin pour m'épauler, sans la voix perfide d'une arme que j'ai aimée comme une fille pour me consoler. Mon monde s'est écroulé après le meurtre de Dydd. Son sang sur mes mains, la mort, probable, d'Aragnel. Puis les cavalcades, la fuite, les plaines dans leur sécheresse, nous assoiffant d'aridité. Comment ai-je pu laisser une épée, maudite soit-elle, me manipuler, comment ai-je pu lui donner mon sang, mon amour, ma haine et mes combats? Et pourtant, je l'ai fait, et elle m'a laissé exsangue au bord du chemin. Sans espoirs, les yeux vidés, le regard hanté. Face à moi-même. Elle m'a séparé du Seigneurs des Aubes, une bouteille de gnole à la main. Et sur mes mains, toujours plus de sang, celui de Dydd, et d'innombrables barbares que j'ai préféré ne pas compter. Et de mon âme elle a réveillé l'obscurité, effaçant la lumière, de ses manipulations j'ai trahi la soeur d'un ami. Tenarys puisse-tu me pardonner. Bella, puisses-tu oublier.

Ténarys, mon ami, toi qui a tenté de me protéger, de me garder près de lui. Je ne pouvais t'offrir ce que tu demandais. Même si il est vrai, la mort marchait à mes côtés.

De Lhesper, je n'ai aucun souvenir, de la route jusqu'à Derlusk, seulement le lent pas des chevaux dans les bourrasques d'automne, les ors majestueux des ormes autour du chemin, les chênes couvrant le ciel. Et la prière. Lathender... Plonger en mon âme, y chercher les failles, dans l'obscurité, sans une once de lumière. Même pas celle d'une larme ou d'un sourire. Juste le silence... Pour la première fois, depuis tellement d'année. Et le lent pas des chevaux. Le cliquetis rythmique de ma lame, silencieuse. L'armure si lourde sur mes épaules. Et ce manque, que rien ne comble, ces absences, Lathender, Gemma... Lathender. On dit d'un guerrier qu'il doit ne faire qu'un avec sa lame, mais pas ainsi. Comment as-tu peux me priver de ma volonté, ainsi? Mes mains se serrent à ce souvenir. Articulations blanches, yeux rougis. Et pourtant, je dois l'admettre, ta douce voix me manquait. Tout plutôt que cette responsabilité écrasante. Dydd, Bella, Ténarys... Clic, clac, mon épée silencieuse...

Les champs, la plaine, et au loin, enfin se découpent la silhouette des montagnes, leur sommet blanc de pureté. Clic, clac...

Les nuits succèdent aux jours, les matins en prières, Lathender pardonnes-moi, Lathender accueuilles moi, j'ai besoin... Ce silence dans ma tête, cela me tue. Et le jour, succède à la nuit. Clic, clac, le silence et moi.

Ce chêne, je le reconnais, c'est près d'ici que j'ai tué mon premier sanglier, ma main effleure mon flanc droit, où il a laissé les marques de ses défenses. Et là, je me rappelle... Obéryn, personne encore ne t'appelait la Vipère, mon frère, tu m'avais acculé contre ce roc, me défiant, me poussant à l'escalade. Et ici, au ma douce princesse aux cheveux de sons, je me souviens de tes yeux émeraudes. Et là... Et ici... Toute ma jeunesse défile en quelques heures, petits plaisirs, grandes douleurs, ô mon père, qu'ai-je fait? Léger sourire, fragile arc-en-ciel, déjà tu t'évanouis. Clic, clac...

Les tours se dressent, défiant le ciel, blancheur immaculée de ma cité natale, nichée entre deux montagnes, au creux de deux forêts, les voiles des navires s'écoulant autour de toi, gouttes de sang t'irriguant de richesse... Derlusk.

Une troupe de cavaliers s'approche, ma main se précipite, instamment, sur Silence. J'ai vieilli en quelques mois, de plusieurs siècles. Obéryn, mon frère, te voilà. Accolades, tentatives futiles de discussion que toi et moi arborons. Une fête, ce soir au chateau, les candélabres brilleront, les feux chaufferont, et le silence m'entourera. Et Doran, sera content.

Ma chambre, d'enfant. J'ai un léger mouvement de recul. Puis, après tout, le passé est éteint. Clic, clac... Enfin se dévétir, retirer l'armure, l'épée, le marteau, les dagues, l'épée courtes... Les bottes de voyages, pour une nuit ici. Sécurité et souvenirs. Corps qui s'emmèlent, cristal de sang. Poser les trophées, les dents de dragons, les griffes de Béhir, les restes d'une liche, la pierre démon. A chacun de ses objets, j'associe des cris, du sang, de la douleur, de la peur, et... La Victoire. Lathender, je me repens. La nuit m'enveloppe et la lune me couvre de ses langueurs, les étoiles, les chants de la cité des arts. Me bercent. Je dors.

Le lendemain, Serkys et Valdir partageront avec leur ancien élève leurs secrets. Puis une nuit encore et la rencontre avec Gareth le Franc, Maître du Calice, fructueuse.

Et la nuit, ponctuée d'un soleil écrasant. Si chaud, Maître du Matin. Et si, finalement, c'était moi qui le refusait? Peur du jugement par trop brûlant, par trop écrasant. Mais non. Je refuse, je ne suis pas ce faible là. Je connais la route, il me faut repartir au début du Chemin, Sire Anthonin, cela fait bien trop longtemps que je n'ai pas visité votre tombeau, que je n'ai pas rendu hommage. L'aube me trouve éveillé, armuré, équipé, et je pars, seul dans le silence du chateau familial. au creux de la forêt, royaume oublié d'elfes mort il y a des âges. Là où tout à commencé.

Chaleur, sueur, Clic, clac, chuintement de la machette sur ces lianes anciennes, le chemin s'est effacé, chaleur, douleur, fatigue qui s'insinue dans mes bras, brûlures salutaires. Et ce silence assourdissant, quelques oiseaux qui m'épient, un serpent qui me fuie. Nuit, sans feu, lueur des étoiles, lune blafardes, et ce silence.... Assourdissant. La machette qui hache, mon armure se couvre de sève, mon front de sueurs, et dans ma tête les litanies. Lathender. Et ce silence.

Enfin, je te retrouve, vieux tombeau desséché. Lathender. Dégager l'entrée, et aller de l'avant, ces marches que j'ai recreusés, qui se sont effondrés. Sire Anthonin. Et... Ce bruit, un grognement, ma main plonge sur silence, j'avance, la torche à la main, je m'approche de la salle où vous reposez. Et calmement, je m'entoure de torches, alors que le grognement se fait des plus pressants... La bète geint, et mon coeur assombrit la pièce: les torches sont soufflées. Noir, total. Grognement, et ce silence. La bète me renverse, le sang gicle. Le mien. Je me débat, aveuglé, au sol, j'assène des coups de buttoirs dans le vide. Et je sens les crocs se refermer sur ma jambe, mon sang coule, épais. Et ces grognements, et ce silence. Je me relève, péniblement. Je tranche devant moi, mon épée heurte une peau dure, le sang gicle, la bète couine et contreattaque.

Et ainsi, comme toujours, va la vie, danse sur une lame de rasoir, Silence contre ses crocs, le sang en échange du sang. La douleur efface la vanité, mais pas la peur, ni les doutes. Dydd, Bella, Lathender... Cette fois, je le sais, ce combat je vais le perdre. Trop seul. Ténarys, peut-être avais-tu raison. La sortie m'est interdite. Lathender, pardonnes moi, accueille moi près de toi. Je sens que la mort est proche. J'ai échoué... Je l'entend s'approcher, la bête. Mes doutes, mes peurs, si futiles.

Lumière, Lathender viens à moi, du tombeau elle jaillit, et je l'aide en repoussant le couvercle. La révélant. Révélant le Seigneur du Matin, qui d'un éclat brûle la peur, les doutes, et le silence. D'un coup puissant je lui tranche la tête. Son sang me couvrant. Blessé, presque mourant, je clos le tombeau. Et regarde autour de moi. Allégorie de ma vie, les portes sont closes, et sur les murs les ombres tentent d'étouffer la lumière. Et sur les murs, ton poids Gemma. Qui m'écrase, et m'étreins, m'éteins. Mais j'en ai fini de toi. Lathender, à nouveau, je t'entend. Je ne suis plus seul. Une larme coule sur ma joue. De la joie.

Maintenant, je tente de me remémorer cette joie, car dès le soir même, Enguerrand, toi qui étais mon frère, j'ai appris que tu étais parti. Ton sourire, retenu, tes rires, étouffés, tes colères feintes, mon ami calculateur... Notre amitié, notre confiance.

Tout cela s'est évanoui à jamais.

Puisse Lathender te montrer le chemin. Mon frère..
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le moine noir

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