Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Partie 4 - A la recherche de nouvelles pistes...

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Partie 4 - A la recherche de nouvelles pistes...

Message  le moine noir le Jeu 27 Déc - 12:29

Récit de Yondaëlle Le'Quella

Un bruit sourd vient tinter à mes oreilles, comme le ressac lancinant d'une mer s'acharnant sur la grève, désireuse de ronger ce petit bout de terre jusqu'au dernier grain de sable.

A nouveau ce bourdonnement, cet écho lointain. Je tourne la tête, sourit et laisse aller celle-ci dans un dandinement cadencé. Je n'écoute pas, mais j'approuve.

Le monde me semble si lointain, les bruits de l'auberge ne m'atteignent guère, je laisse les rires et les chansons grivoises glisser sur mon oreille comme sur le satin le plus doux. Je me fais l'effet d'un enfant jouant dans son bain, la tête immergée sous un flot de mousse tiède et douce, les sons ne me parvenant que distordus, quasi inaudibles.

Voilà plusieurs minutes que je n'ai pas touché à mon verre. Le vin est bon, sans plus. Je suis parmi eux mais mon esprit vagabonde à travers d'autres contrées, à la fois ici, ailleurs et un peu plus loin. Il ne m'est pas difficile de me concentrer sur la conversation, toujours les mêmes sujets, les mêmes idées ineptes, cela me parait si routinier.

L'espace d'un instant je me retrouve à Cormanthor, parmi les miens, les jardins sont tels que je les ai quittés voici vingt années, je laisse le soleil réchauffer ma peau un instant. Que le temps est bon ici.

Le voici revenu en arrière. Il parle. Toujours. Il n'a pas écouté un mot de ce que je venais de lui dire. Je souris.

Il m'est aisé de penser. Beaucoup disent que les miens ne peuvent rêver, que lorsque nous "dormons", nous ne rêvons pas. Car notre vie est un rêve éveillé, pourquoi donc désirions nous avoir l'espace d'une nuit ce que nous possédons déjà toute notre vie durante.

Je revois ma mère me donner ma leçon quotidienne, ses dames de compagnie s'affairent autour d'elle. Elle n'a pas changé pendant le dernier siècle, peut-être ne changera-t-elle pas dans le suivant et peut-être jamais. Elle est magnifique, impérieuse. La magie lui vient tout naturellement, ses gestes sont simples et limpides, les mots de pouvoir coulent de sa bouche comme un nectar dont je me nourris. Elle m'apprend. Je ne deviendrai pas un Haut Mage, nul besoin de cela. Il me faut juste apprendre, apprendre qui je suis, d'où je viens. Elle semble être avec moi et pourtant ailleurs, ses yeux semblent voir des mondes qui me sont encore inconnus, il lui arrive même de se stopper pendant mes leçons pour s'adresser à des personnes que je ne vois pas, qui ne sont pas là. Elle me dit que bientôt, à mon tour, je les verrai.

Je le contredis, argumente. Il n'aime pas ça.

Oh combien il m'aurait été facile de le pousser à agir comme il plait. Enfin cela m'était encore possible il y a quelques heures. Il est protégé à présent par un puissant sort d'abjuration mettant son esprit à l'abri de toute manipulation. Il ne sait pas d'où cela peut venir. Ni moi d'ailleurs. Ils invoquent une intervention divine. Cela est plausible, je n'ai rien vu venir. En tout cas ils ne s'en alarment pas plus que cela. Ces choses là leur semblent naturelles, trop naturelles.

Je reporte mon attention sur mon second compagnon. Ses yeux sombres m'intriguent.

L'autre commence à s'énerver, je le rabroue. Il se calme. Il veut partir, me parle d'ennemis, de malheur. Il a peur. Il a souvent peur.

Le second m'a posé d'étranges questions hier. Je n'arrive pas encore à cerner si cela été juste pour me faire la conversation ou dans un réel intérêt. Il aimerait connaître mes penchants religieux. Les humains aiment cela, savoir où vous placer, quelle étiquette vous mettre. Nous parlons un peu de religion, il veut savoir d'où je tiens ma magie. La sienne semble venir de sa dague, je n'arrive pas à percer son esprit. A la rigueur, je préfère cela. Je préfère imaginer ce qu'il a pu être avant, ce qu'il est ou ce qu'il aurait pu ou aimé être.

Je le vois. Le soleil est haut, les champs sentent bon la fin de l'été et les blés sont hauts et dorés. Il vient de finir une journée éreintante. Il est fatigué, mais il est heureux, fier de son travail accompli. Il n'a pas grand chose, quelques terres, une femme, deux enfants ; un garçon et une fille. Il dormira bien ce soir, les récoltes seront bonnes, l'année aussi... et les suivantes le seront.

Mais il est ici. Dans la crasse et le bruit de Lhesper. C'est l'autre qui l'a conduit ici. Il semble se connaître depuis longtemps, depuis suffisamment de temps pour ne plus à avoir à se reprocher les fautes de l'un ou de l'autre. Il faut avancer. Avancer ou mourir. Il me confie qu'un membre de leur ancien groupe est retenu prisonnier plus au nord. Un Elfe de Cormanthor. Je pensais bien être le seul à évoluer dans le secteur. Les choses sont confuses à son sujet, mais cela est normal les humains ne savent pas grand chose à notre sujet.

L'autre me fait savoir qu'il a déjà visité Cormanthor. Il en est fier, il tente de m'impressionner. Je sens de la compassion venant du second. Feinte ou réelle, il est désolé que l'autre ait rencontré mon chemin ; à demi-mot il me conseille de ne pas m'attarder avec eux. Comme pour ma propre sécurité. Je le sens las. Las d'un long voyage, comme un homme attendant sa mort, repos que les dieux eux même semblent lui refuser. Je pourrais m'attacher à celui-là.

Il demande conseil au premier. Cela palabre. Nous allons encore discuter toute la nuit. Je regarde notre jeune prêtresse de Mielliki. Même si elle se targue d'être forte, il va me falloir garder un oeil sur elle. Est-elle des nôtres ? Nos ennemis l'ont ils placée chez nous pour nous espionner ? J'aimerais lui faire confiance, la déesse Licorne protège les miens depuis longtemps. Elle ne fait pas partie de la Syldarine, mais elle nous comprend.

Je sors doucement de ma bulle, et me ressers un autre verre.

Témoignage anonyme

La nuit était déjà tombée depuis quelques heures et la lune bien pleine jetait une lueur pâle sur l’eau. Debout sur le balcon, il regardait à l’horizon. Il essayait de se rappeler ce qu’il avait ressenti la première fois qu’il avait contemplé ce spectacle. C’était il y a plus de 20 ans, alors qu’il n’était qu’un enfant. « Que de chemin parcouru !!! » pensa-t-il. Combien de palais visités, de femmes courtisées, d’affaires menées pour en arriver là. Cette ville l’avait vu grandir, murir, s’épanouir. Mais cette ville avait aussi plusieurs fois manqué de le tuer. Etre bien né n’est en effet pas que gage de paix et de félicité et cède souvent la place à la jalousie et la cupidité. L’homme continuait de fixer l’eau à perte de vue. La nuit était fraiche, un frisson lui parcourut le bras gauche, il réajusta la manche de sa chemise, « Malgré tout, elle fait partie de moi » pensa-t-il. « C’est elle qui m’a forgé, modelé, perfectionné. Mais alors pourquoi ai-je toujours l’impression d’être un étranger ? » se demanda-t-il.

Un mouvement sur sa droite attira son attention. Il se tourna. Une sorte de nuage sombre se tenait devant lui. L’homme laisse échapper un soupir où se mêlaient soulagement et colère. « Je ne t’attendais pas ce soir » fit-il. La forme d’ombre semblait dessiner des contours. Rapidement, une silhouette émergea. C’était une femme à la peau cendrée. Ses longs cheveux blancs étaient plaqués en arrière grâce à un serre-tête en or serti d’une émeraude. Elle portait une robe noire et argent au décolleté spectaculaire qui laissait dos et bras nus, de fins gants en dentelle qui remontaient jusqu’à mi-bras et de magnifiques chaussures à talons incrustées de diamants. Le cœur de l’homme battait la chamade. Il inspira profondément puis souffla longuement pour se calmer. Une des routines apprises avec l’ancien qui fonctionnait toujours. La femme s’approcha, « Tu m’as tellement manqué » fit-elle avant de caresser le menton de l’homme. Puis ses doigts effleurèrent son cou et sa nuque à mesure qu’elle tournait lascivement autour de lui. Elle finit de nouveau devant lui. Ils s’étreignirent dans un baiser langoureux pendant plusieurs minutes. Alors que la femme commencait à déboutonner la chemise de l’homme, il la repoussa doucement et lui tourna le dos, se retrouvant de nouveau face à l’eau. Il n’entendit que le long soupir excédé de la femme.

Il savait qu’il jouait un jeu dangereux mais il aimait ca. Il le sentait en lui. Cette décharge d’adrénaline qui le parcourait en ce moment même, le soupir de sa partenaire frustrée là, derrière lui. Il se sentait invincible. Avait-il d’ailleurs déjà perdu une partie ? Jamais. Un sourire victorieux éclaira son visage. Il le fit disparaitre aussitôt. Son attention fut attirée vers l’intérieur de l’appartement. On frappait à la porte. Il tourna la tête, elle avait disparu. Il alla ouvrir. Un homme d’une quarantaine d’années se trouvait sur le seuil. Il était vêtu d’un pantalon et d’une chemise de lin blanc. Une veste en soie couleur azur recouvrait ses épaules et de fines bottes en cuir souple donnait à sa démarche un air félin. « Maître, tout est enfin prêt » fit le visiteur visiblement content de lui. « Parfait Lando. Je sais que je peux avoir une entière confiance en toi. Tu ne me décevras pas ». Il était à ce moment là impossible pour Lando de savoir si la phrase de son maître était une affirmation ou une interrogation. Il se contenta de s’incliner. D’un geste de la main, l’homme congédia Lando qui repartit aussi lestement qu’il était arrivé.

L’homme le regarda partir puis ferma la porte. Il se tourna vers l’intérieur de l’appartement. Les yeux froncés, il était concentré et scrutait la pièce. La femme apparut sur le seuil du balcon. Elle était nue. Sa respiration haletante. Telle une panthère, elle était prête à bondir. Sa poitrine se soulevait nerveusement alors qu’elle approchait de l’homme. Son corps était parcouru de quelques gouttes de sueur. Elle semblait fébrile. L’homme rit intérieurement. Il aimait tellement ca…

L’homme se réveilla. Seul. Une douleur sur le coté attira son attention. Une marque de griffure lui zébrait la peau le long des cotes. Il se leva et alla de nouveau sur le balcon. Il contempla l’eau aux reflets dorés. Puis son regard se posa sur la cité majestueuse, ses minarets, ses tours pointues et ses minarets dont les hauteurs semblaient vouloir défier le ciel. Puis il s’adressa à elle, « Tu m’as accueilli mais jamais je ne me suis senti aimé ici. Je te quitte sans regret oh belle Sheirtalar !!! ».
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