Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

6 Eleint 639 DR, Council Hills, Shaar oriental

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6 Eleint 639 DR, Council Hills, Shaar oriental

Message  le moine noir le Dim 11 Nov - 11:30

(Récit de Chamael Argenvrai, écrites en netherese)

Sixième jour du mois d'Eleint, 639 DR, Council Hills, clan des Lions, le Shaar oriental, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

L'entrevue privée avec Stilicon, très tôt dans la matinée du 5 Eleint, nous prit de court ; elle fut aussi désagréable qu'inattendue. Stilicon déversa des paroles de haine que Ténaris n'approuvait guère. Lorsque le vieux Lion sortit d'un bac la tête de Tatbuyug, notre jeune barbare explosa de fureur et dégaina son arme. Aussitot imité par Aryon. Stilicon empoigna sa hâche, un sourire mauvais aux lèvres. A peu près au même moment, les deux sentinelles qui gardaient la lourde porte de la salle du pavillon se transformèrent en démons. L'un d'entre eux fondit sur nous, tandis que l'autre, décharné, spectral, se tenait à une bonne distance. Le combat fut violent et déséquilibré du fait de la totale surprise et des pouvoirs mentaux utilisés par la moins physique de ces abjectes créatures (effet de confusion). Les autres membres de la garde rapprochée de Stilicon (incluant Pichek, le fils ainé), entendant les cris et les bruits des armes, prirent le palais d'assaut, mais quant ils déboulèrent furieux dans les quartiers de Stilicon, les démons s'étaient miraculeusement "éclipsés". La scène était explicite. Stilicon ordonna qu'on nous arrêtât sur le champ comme des traitres. Affolés par la tournure dramatique que les événements prenaient, Aryon, Ténaris et sa soeur, Bella, décidèrent de fuir (grâce à une baguette de porte dimensionnelle que Bella possédait), ne me laissant comme seule option que de me laisser capturer par les Lions : un repli généralisé eût en effet condamné le groupe. En soirée, Stilicon vint me trouver et nous discutâmes longuement. Il me laissa la vie sauve car il avait des projets pour moi. Dans la matinée du 6 Eleint, Aryon se présenta au camp, seul, fier, et, contre toute attente, fut reçu par Stilicon... en privé ! Ou presque... J'étais au côté du vieux Lion lorsque le paladin s'avança pour justifier les actes de la veille. Las, il ne fallut pas longtemps pour que les propos ne s'envenimassent, que les deux hommes, très sanguins, ne s'emportassent, et ne se ruassent l'un sur l'autre. Au cours du combat, le démon possesseur (whisper demon) refit son apparition et fut détruit, ce qui libéra Stilicon de son emprise mentale. Les choses rentrèrent alors peu à peu dans l'ordre et nous reçumes enfin un semblant de gratitude de la part de ces maudits barbares !

Pendant qu'il était dominé, le vieux Stilicon avait entrevu une partie des pensées du démon. Il se souvenait vaguement d'une cité en ruines et d'un homme, un conjurateur très puissant. C'est lui qui avait fait venir les démons. De qui pouvait-il s'agir ?

Au début de l'après-midi, profitant d'un peu de quiétude, nous énumérâmes nos options et je tins aux autres le discours suivant. Le temps, pressant, n'était plus à l'unité du groupe : il fallait agir simultanément en différents endroits.

L'infâme meurtre de Dydd Kojar dans le Riftwood nous avait retiré a priori tout espoir de collaboration future avec l'Enclave d'Emeraude, malgré le sacrifice d'Aragnel. Sauf miracle, il ne fallait pas s'attendre à ce que les druides, vindicatifs, nous aidassent. Qu'ils se vengeassent était bien plus plausible...

Les nains dorés du la Grande Faille, loyaux et organisés, nous suivraient dans la lutte contre les gnolls sous la condition d'une implication réelle et visible de l'Empire.

Comme suite aux sinistres événements susrelatés, le vieux lion Stilicon avait décidé de passer la main. Pichek serait probablement le nouveau chef. Mais Ténaris jouissait d'un immense crédit et restait très influent auprès des siens : il saurait nous assurer le soutien militaire des tribus barbares rassemblées dans la guerre à venir contre les gnolls. Ténaris devrait également lancer quelques barbares (aux spécialités complémentaires) sur les traces de Sheimus et nous rappeler au moment de l'affronter.

D'autres alliés viendraient d'Aryon : l'Ordre du Calice (paladins de Lathander), des renforts militaires (le ban et l'arrière ban des Martell), des prêtres. Derlusk était notre prochaine destination...

De là, nous pouvions également "réactiver" la piste de la Dragonnère et tenter d'impliquer les dragons métalliques dans le combat final contre Arshadalon.

Enguerrand rejoindrait Lhesper pour enquêter, comme le faisait probablement Marty depuis déjà quelques semaines, sur l'environnement très incertain autour de la personne d'Angarath. Les démons (aux ordres de Yeenoghu) pouvaient agir en ville, comme ils agissaient dans les plaines. Avec l'aide de Klauss, le jeune noble recruterait également des mercenaires d'un genre un peu particulier (des experts du combat de rue ou du combat souterrain), ainsi que des guides, comme Senoj. Il faudrait les payer bien compte tenu du risque encouru. La récompense pour la capture de Sheimus servirait entre autres choses à cela.

Comme suite aux étranges révélations de Gemma, j'avais émis la théorie selon laquelle Arshadalon pouvait avoir conclu un pacte d'immortalité avec le Balor Ammet (aux ordres de Démogorgon) peu avant sa rebellion contre Tiamat. Nul doute que les Maerildarraine pourraient confirmer ou infirmer ma théorie. Si cette dernière était vraie, Arshadalon ne devait pas mourir avant que nous n'eussions neutralisé par un moyen ou un autre le Balor Ammet.

Pour neutraliser un démon aussi puissant, il nous fallait des arcanistes confirmés. C'est là que pouvaient intervenir les prêtres de Mystra du Mont Talath, si j'obtenais le privilège de m'entretenir avec eux (à ce sujet, et sur tant d'autres).

Quant au mystérieux prêtre mentionné par Marty, je comptais m'en occuper personnellement. Certes, le voyage à la Cité des Voleurs serait rempli d'embûches, la réputation de l'endroit étant des plus sinistres, mais interroger cet "homme" de vive voix me semblait une priorité : trop de choses découleraient d'une confirmation de ses étranges propos. J'en profiterais pour extraire Wyrven des griffes de son infâme géolier. Caius était mort et Voyvodin paraissait condamné, mais Wyrven, lui, serait sauvé.

Tout ceci tenait à peu près la route : le plan était en marche. Je commençais même à entrevoir la sortie du tunnel.

Mais tout allait trop bien, évidemment, et les choses n'allaient pas tarder à se gâter... En fin d'après-midi, Aryon accompagna la soeur de Ténaris, Bella, faire un tour à cheval. Ces deux-là s'appréciaient, c'était évident. Et Gemma, pour notre malheur, l'avait remarqué. Or, l'épée vivait pour satisfaire les appétits de son porteur... Lorsque les deux tourtereaux eurent gagné les berges d'une rivière et souhaitèrent se rafraichir, Aryon se jeta sur la donzelle et abusa d'elle. Les Shoon toléraient peut-être le viol, pas les Lions ! Bella rentra au camp en pleurs, souillée par les caresses irrévencieuses du paladin, ravagée par la honte. Lorsqu'il apprit les faits, la fureur du frère ainé de Ténaris, Pichek, ne connut plus de bornes. Alors qu'Aryon revenait seul, sans trop même se souvenir des événements, le barbare se rua sur lui. Et connut une fin sanglante. Ténaris eut bien du mal à accepter la cruelle vérité et à calmer son père. Aryon nageait dans la confusion la plus totale, nous également. Complot de Pichek ? Démon ? Domination de Gemma ? Jamais notre paladin n'aurait porté atteinte à une femme, c'était contraire à tous les principes en lesquels il croyait. Convaincu par les sages paroles de Ténaris, Ayron se rendit et écouta en serrant les dents le jugement de Stilicon. La colère grondait en lui. L'épée était devenue pour Aryon aussi nécessaire que l'air qu'il respirait, à tel point qu'il ne pouvait s'en éloigner à plus d'une centaine de mètres sans ramper sur le sol, comme une loque agonisante. Mais, et c'était bien le problème, elle était également devenue son fléau, sa malédiction : prenant avec aisance le contrôle de son esprit, elle lui imposait sa volonté, le forçait à commettre des actes odieux, au mépris de ses convictions les plus intimes.  Lorsque le verdict tomba, l'épée entra une fois encore en action pour sauver son porteur d'une fin peu glorieuse. Mais cette fois, ce fut mon esprit qu'elle attaqua, à distance ! m'intimant l'ordre de nous évacuer de cet endroit via une porte dimensionnelle. Loin du camp, nous nous réfugiâmes dans une poche extradimensionnelle. Gemma et Aryon s'expliquèrent : ils échangèrent longuement. L'ardoise était bien chargée. J'assistai à la discussion sans en perdre une miette et compris bien des choses... La foi d'Aryon en Lathander était pour Gemma une faiblesse, pire : une faute. Certainement pas une justification existentielle. Elle amplifiait chez lui l'animalité et l'instinct, par la reviviscence psychique de quelque traumatisme ancien et secret. Aryon souhaitait se rendre et affronter son destin, l'épée cherchait à l'en dissuader, ou plutôt elle cherchait à ce qu'il prît le contrôle de la tribu par la force, si nécessaire. Elle avait le pouvoir de supprimer chez lui toute sensation de douleur, de le maintenir indéfiniment en vie. Lorsque nous sortîmes de la poche, aux premiers lueurs du jour, il ne fallut pas lontemps pour qu'une patrouille barbare nous repérât et convergeât vers nous. Je m'enfermai prudemment dans une bulle de ténèbres. Aryon chargea et, mû par une rage inexplicable, répandit la mort autour de lui avec une rapidité stupéfiante, ignorant les blessures, la douleur et la fatigue. Mais au cours du combat contre les deux derniers barbares, qui l'avaient prit en tenaille, un fait inattendu survint. Son genou ploya, sa hanche s'abaissa, son torse se plia. Il tituba. Le guerrier qui lui faisait face le frappa de toutes ses forces. Le paladin tomba face contre terre. Le barbare souffla longuement, soulagé. Puis, après quelques secondes, il jeta sa hâche au sol, se baissa, tendit son bras et empoigna Gemma. J'entrevis l'espace d'un instant un hideux rictus déformer les traits de son visage. Il se retourna lentement vers son compagnon, lui mit la main sur l'épaule en signe d'amitié, puis, d'un geste vif et précis, lui enfonça la lame dans la panse jusqu'à la garde. L'autre s'écroula les yeux exhorbités de souffrance et d'incompréhension. Comprenant la situation, j'intervins. Je me baissai, tâtai le poul d'Aryon : il respirait, faiblement mais il respirait ! Je lui passai mon amulette de vitalité autour du cou. Tandis que le barbare ceignait malabilement le baudrier supportant l'épée, j'essayai de dissuader Gemma de me quitter. Elle m'assura qu'elle me retrouverait le moment venu. Je réfléchis quelques instants. Les idées se bousculaient dans ma tête. Aryon et Gemma étaient devenus des ennemis irréconciliables. Emmener Gemma à Lhesper semblait dangereux. Et Lhesper constituait un passage obligé pour la suite de mes plans. Si, à Ormpur, abattant ma dernière carte, j'annonçais la réapparition de l'arme légendaire aux Maerildarraine, il valait mieux que je ne fusse pas à sa possession, de peur qu'ils ne la récupérassent sur mon cadavre encore chaud... Que l'épée disparût pendant quelques mois était sans doute la meilleure option. Du reste, je n'avais guère le choix : l'épée obéissait à un plan qu'elle seule connaissait et dont elle n'était pas prête à me divulguer tous les détails. Et c'était aussi bien ainsi : je ne pourrais révéler malgré moi ce que j'ignorais. Une chose encore : Gemma m'avait suffisamment observé pour savoir que je pourrais lui être utile avant la fin, tant par mes connaissances que par mes pouvoirs qui grandissaient de jour en jour. C'était tout ce qui importait. Le barbare empoigna les rênes de son destrier, mit le pied à l'étrier, se hissa en selle, et partit au petit galop dans les plaines, tournant le dos au soleil levant. Je le regardai s'éloigner, pensif. Il aurait un peu d'avance quand l'alerte serait donnée au camp des Lions.
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