Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

1 Eleint 639 DR, Riftwood, Shaar oriental

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1 Eleint 639 DR, Riftwood, Shaar oriental

Message  le moine noir le Dim 11 Nov - 11:22

(Récit de Chamael Argenvrai, écrites en netherese)

Premier jour du mois d'Eleint, 639 DR, Riftwood, le Shaar oriental, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

Au matin, alors que nous nous apprêtions à rejoindre Ténaris au Council Hills, je reçus un message mental du prêtre Deltar. Ce dernier nous informait que Dydd Kojar souhaitait nous rencontrer au Riftwood. Enfin ! Elle saurait se manifester et nous guider jusqu'à elle. Tout ce que nous avions à faire était d'aller vers le nord. "Chercher le cercle de pierres" disait le message... Notre carte mentionnait vaguement un tel endroit. En chemin, je révélai à mes compagnons l'existence de Théophys le Kobold, serviteur d'Arshadalon, témoin direct des événements bouleversants à venir et récitai de mémoire quelques fragments de ses fameuses chroniques. L'un des fragments suggérait que l'Enclave d'Emeraude avait pactisé avec le dragon rouge autour de 550 DR, un autre daté de l'époque qui nous intéressait (Mirtul 640 DR) parlait d'une "trahison de Dydd", un dernier fragment évoquait le combat entre Dydd et le dragon (mort de Dydd, disparition du dragon).

Le site se trouvait au sommet d'une colline, au beau milieu d'une mer de steppes. Il était visible à des kilomètres à la ronde. D'imposants monolithes grossièrement taillés et disposés en cercles concentriques se dressaient vers le ciel. Sous les mousses, on pouvait distinguer des inscriptions gravées. Mais je ne reconnus par les idéogrammes. Quelle antique civilisation avait bien pu produire un tel  monument ? Et dans quel but ? Le lieu, balayé par les vents, n'était pas complètement désert : des oiseaux nous y attendaient. L'un d'entre eux à notre approche s'envola avec un cri strident comme pour nous inviter à le suivre. Nous galopâmes à grande allure dans son sillage, jusqu'à atteindre la lisière d'une immense forêt : le Riftwood d'après la carte.

Ayant laissé les coursiers fantômes derrière nous, nous pénétrâmes à l'intérieur de cette forêt d'une densité exceptionnelle. La forte humidité et la chaleur ambiante amplifiait la croissance des essences végétales. Et la faune, riche et variée, abondait. C'était comme si la nature se révélait à nous dans toute sa splendeur et sa diversité. Et nous accueillait en son sein : fougères, arbustes, lianes et branches d'arbres s'écartaient comme par magie pour favoriser notre progression.

Nous arrivâmes finalement au beau milieu d'une vaste clairière au centre de laquelle se trouvait une sorte de temple végétal circulaire avec pour colonnes des arbres millénaires aux troncs d'un blanc laiteux. Au milieu de la clairière s'écoulait une rivière, alimentée par une cascade. La lumière tamisée qui filtrait à travers les branches des arbres donnait à cet endroit un aspect irréel, féérique. Des oiseaux multicolores prenaient paresseusement leur envol, décrivant de larges volutes au dessus de nous. De fines antilopes jaune pâles, aux flancs zébrés de rayures noires et blanches, broutaient paisiblement l'herbe grasse de la clairière. Elles relevèrent la tête lorsque nous avançâmes vers les arbres blancs, nullement troublées par notre présence. Tout semblait paisible comme lors de notre première rencontre avec Illana dans le Shaarwood.

Dydd nous attendait derrière les arbres, près d'une fontaine d'eau claire. C'était une femme d'une grande beauté vêtue d'une longue robe de soie  couleur ivoire. Elle portait dans ses bras un petit serval à la robe mouchetée. Un détail me frappa : les yeux de Dydd étaient, à l'instar des troncs du temple végétal, d'un blanc laiteux, sans pupille. Cela conférait à son regard une certaine intensité et renforçait l'aura mystique qui irradiait de tout son être.

Un peu excité à l'idée de m'entretenir avec un personnage aussi important, je m'appliquai à faire le vide dans mon esprit, à réguler mon souffle, à organiser mes idées, selon les enseignements de Maitre Esklindrar. Je présentai les membres du groupe puis, sans perdre de temps, entrai dans le vif du sujet, dévoilant à Dydd ce qui allait être son destin. Elle m'arrêta assez vite, les sourcils froncés. Le serval sauta de ses bras et détala. La druidesse semblait contrariée. Elle me reprocha de vouloir de la piéger. Je ne pus le nier. La mettre en face de ses responsabilités était ma stratégie. Dans mon esprit, le futur était déjà irrémédiablement modifié, le poème de Felevel la Verte oublié. Désormais consciente du danger, jamais Dydd ne prendrait le risque d'affronter le dracosire. Je touchais au but ! Je la pressai de questions sur les possibles accords entre l'Enclave d'Emeraude et Arshadalon. Il fallait absolument que je cernasse où se situait la frontière entre bien et mal, que je comprisse les tenants et les aboutissants. Comment me positionner sinon ? Mais, là encore, les réponses de Dydd furent vagues ; peut-être était-ce sa façon d'appréhender toute discussion, par des phrases sibyllines. Ce petit jeu finit par me lasser. Et c'est lorsque je pensais mettre un point final à la rencontre que Gemma choisit d'intervenir, elle qui, bien mieux que son porteur, mesurait la portée de mes révélations... Aryon se leva, le visage déformé par un rictus sinistre, tira l'épée, et se précipitant vers la druidesse médusée, la lui enfonça dans le bas ventre jusqu'à la garde avec une violence inouïe, avant de la soulever de terre sous nos yeux horrifiés. Lorsqu'il retira la lame, Dydd s'effondra lentement, comme un pantin désarticulé. Elle était morte sur le coup. Aragnel se rua sur la druidesse pour lui prodiguer des soins (ou tromper la mort par le genre de miracles qu'il avait déjà utilisé) mais se heurta au corps massif d'Aryon, qui le repoussa sans ménagement. Le paladin était méconnaissable.

L'instant suivant, le silence se fit autour de nous. Plus un bruit, le décor était comme figé. Quelques secondes passèrent. Et ce fut la punition ! Le vent se mit à souffler en bourrasques, la terre trembla, les arbres prirent vie et s'ébranlèrent dans notre direction ! Aryon retrouva ses esprits et, face à la soudaine colère des éléments, sonna la retraite du groupe. Je restai près d'Aragnel. Notre prêtre ne bougeait pas. Il regardait avec effroi le cadavre de Dydd, qui gisait dans une mare de sang. Je lui criai de fuir. Puis, alors que d'impressionnantes crevasses se formaient partout dans la clairière, menaçant de nous engloutir, et que les branches des arbres virevoltaient autour de nous, fouettant rageusement l'air au-dessus de nos têtes, je l'empoignai vigoureusement et prononçai quelques mots de pouvoir. Instantanément, je me transportai à quelques centaines de mètres dans les airs, mais sans Aragnel hélas... Le prêtre avait choisi de résister, de ne pas me suivre, de rester près de Dydd.

A l'heure où j'écris ces lignes, je ne comprends toujours pas les raisons de son acte... Puissent les Puissances bienvaillantes de ce monde avoir pitié de lui. Reste que Gemma, en agissant de la sorte, avait grandement chamboulé nos plans. Les conséquences de la mort de Dydd Kojar allaient être colossales, au premier rang desquelles l'inimitié et la rancune perpétuelles de l'Enclave d'Emeraude ! Livré à moi-même, jamais je n'aurais pu me résoudre à prendre une décision aussi radicale que celle de l'éliminer purement et simplement, même si, je dois le reconnaitre, cette option avait hanté nombre de mes cauchemars les plus secrets... Pourtant, ayant participé à (pour ne pas dire favorisé) la reformation de l'épée, j'étais aussi coupable qu'elle de ce meurtre abject.
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le moine noir

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