Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

8 Elasias 639 DR, les ruines de Blaskaltar, Shaar

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8 Elasias 639 DR, les ruines de Blaskaltar, Shaar

Message  le moine noir le Ven 3 Aoû - 20:27

(Récit écrit en netherese)

Huitième jour du mois d'Elasias, 639 DR, les ruines de Blaskaltar, le Shaar méridional, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

Lorsque nous revînmes au Fanum de Tiamat, le 7 Elasias au matin, nous entendîmes des voix. Le Fanum était occupé. Etrange... Tout semblait abandonné depuis fort longtemps. Etait-ce notre guide félon revenu avec des renforts ? Avions-nous déclenché par mégarde une alarme lorsque nous nous étions emparés de la relique ? Des prêtres de Tiamat avaient-ils pu emprunter le portail en pierre d'obsidienne ? Nous décidâmes de ne point nous attarder en ce lieu et d'effectuer une retraite stratégique vers les plaines. Les Wyrmbones grondaient toujours et sans guide, nous nous sentions trop exposés.

Nous ne rencontrâmes aucune difficulté en redescendant des montagnes. Lors du voyage, Aragnel reçut un message de l'un des prêtres du temple de Lathander de Lhesper :

Seigneur Aragnel, les nains de la Faille sont en route vers Blaskaltar pour ramener leurs frères. Puis pour aller combattre les Gnolls. Ils vous proposent de les retrouver là-bas.

J'avais presque pris l'habitude des campements au beau milieu des steppes. En ces terres sauvages, les couchers de soleil étaient magnifiques... Revenu dans son environnement naturel, Ténaris avait réussi à pister et à tuer une sorte d'antilope et nous eûmes de la viande cuite au menu. Un véritable festin après une semaine de pain rassis, de fromage dur à s'en casser les dents et de viande séchée ! Nous jugions notre groupe suffisamment armé et offensif pour prendre le risque d'un feu, mais ce fut bien à l'abri d'une poche extradimentionnelle que nous passâmes la nuit. Au matin, nos routes se séparèrent : Enguerrand et Ténaris bifurquèrent vers Kormul, à pied, tandis que je conjurais des montures fantomes pour Aragnel, Valéria, Amosis, Aryon et moi-même. Direction Blaskaltar. Grâce à la vitesse surnaturelle des équidés magiques, nous arrivâmes sur le site en soirée. Les montures disparurent au moment même où nous aperçumes le formidable édifice en forme de lion. En nous rapprochant, nous entendîmes les bruits caractéristiques d'une activité naine : le son cadencé des marteaux frappant les burins. Les nains ne s'accordaient jamais de repos ; une dizaine d'entre eux, peut-être davantage, creusaient déjà la roche énergiquement et inlassablement.

Nous passâmes entre les pattes massives de l’immense statue de lion, gravîmes les marches irrégulières qui conduisaient à la gueule ouverte faisant office d'entrée, et nous enfonçames dans les profondeurs du repaire de la liche. Nous disposions de diverses sources de lumière, obtenues par le rayonnement d'objets magiques et par les sortilèges. Aragnel connaissait le chemin et nous fit emprunter un couloir. La fréquence des martèlements était devenue erratique mais nous nous rapprochions des nains. Le couloir était trop étroit pour que deux d'entre nous pussions marcher côte à côte ; nous avancions donc en file indienne, Aryon en tête, l'épée d'Al-Djazari en main. Nous débouchâmes finalement dans une petite pièce carrée de neuf mètres sur neuf, vide. Aryon était déjà au centre avec Valéria, Aragnel derrière lui, alors qu'Amosis et moi-même restions quelque peu en retrait. Deux portes fermées dans le fond, l'une sur le mur gauche, l'autre sur le mur droit. Aryon se dirigea vers la porte droite d'où venait le bruit des marteaux, Valéria vers celle de gauche. Le paladin cria pour manifester notre présence. Les martèlements cessèrent. Aucune réponse. Le silence. Nous n'entendions que le bruit de nos respirations. Sans trop hésiter, Aryon enfonça la porte droite d'un coup d'épaule vigoureux. Mais ce ne fut pas un nain qu'il trouva face à lui ! Ce fut une goule, avec des tentacules à la place des bras, fouettant l'air avec violence, des gueules de fauve en guise d'extrémités, l'abominable et grotesque résultat des expériences de ce druide dément, devenu liche ! Et une puanteur de mort et de décomposition qui me firent reculer. Mais pas Aryon. Il chargea le monstre au moment même où ce dernier projetait ses tentacules vers lui, tandis que d'une trappe dans le plafond ou d'ouvertures cachées dans les murs, surgirent trois autres de ces goules, l'une près de moi, une autre juste derrière Aragnel, la dernière près d'Amosis à ma gauche. Une sorte de fantôme de lion émergea du couloir même d'où nous venions, flottant vers Amosis. Une pièce exigue, des morts-vivants qui arrivaient de partout, une situation de totale surprise, voilà qui augurait un combat difficile... Aryon fut immédiatement enlacé par les tentacules de la goule et les gueules, reniflant l'odeur du sang frais et de la vie, cherchèrent des endroits où l'atteindre sous son armure. Impossible désormais pour lui de manier son épée ! Cela commençait mal ! Heureusement, nous avions nos prêtres, et ces derniers vénéraient des Dieux du Bien et de la Lumière. Solennels, ils brandirent leur symbole et invoquèrent leur Divinité respective, "afin que soient bannies ces ténèbres et détruites ces abominations." Lorsque les éclairs jaillirent des symboles, manquant de nous aveugler, les goules les plus proches furent consumées et le fantôme s'évapora. Hélas, de nouveaux morts-vivants suivaient... Du même couloir, un autre lion ectoplasmique flotta droit sur Amosis et le mordit sauvagement (l'Eclat qu'il avait sorti et brandi, en la circonstance, ne lui fut d'aucun secours), et je vis le brave prêtre s'écrouler, les yeux exorbités, complètement tétanisé. Une goule tout près de moi projeta ses tentacules dans ma direction et m'étreignit. Je sentis la vie quitter mon corps à mesure que les gueules arrachaient des lambeaux de ma chair. La douleur était atroce et dans ces conditions, impossible d'utiliser ma magie... La situation dégénérait sérieusement. Et pour couronner le tout, la porte de gauche s'ouvrit avec fracas pour laisser apparaitre... la liche ! Elle s'avança avec un ricanement sinistre, faisant face à Valéria, sûre de sa victoire. Ses yeux étaient deux fragments de braise rougeoyants au beau milieu d'un crâne décrépit. Bravement, la dragonnère chargea, frappant d'estoc et de taille, mais sans grand succès. Ses coups d'épée ne parvenaient pas ne serait-ce qu'à ébrécher ni le crâne, ni le sternum et les côtes du monstre visibles sous l'épaisse bure noire. Elle se tourna vers nous avec l'énergie du désespoir, cherchant conseil, ne sachant plus que faire. Pour toute réponse, Aragnel en appela à la puissance de Lathandre et le fantôme du lion ainsi qu'une goule partirent en fumée, foudroyés par des éclairs de lumière sacrée. Aryon tentait toujours de se dégager. Le prêtre incanta une prière, s'avança vers lui et le toucha, ce qui eut pour effet immédiat de le libérer de toute entrave. J'incantai quant à moi un sortilège verbal très simple, qui eut pour conséquence d'échanger instantanément ma position avec celle de la dragonnère, ravie de pouvoir enfin démontrer son utilité. Mais je me retrouvai du même coup à quelques dizaines de centimètres de la liche, qui ne se priva pas de me porter deux puissants coups de griffes en guise d'accueil. Et ce que je redoutais arriva. Mon sang se glaça dans mes veines et je sentis mes muscles s'engourdir, mes articulations se raidirent, jusqu'à la paralysie totale... La suite du combat fut des plus chaotiques. Notre dernier adversaire vint du couloir par lequel nous étions arrivés. C'était Ulwaï Stormcaller, "celle qui appelait les tempêtes" ! De taille moyenne, sèche et maigre, elle avait de grands bras et un dos légèrement voûté. Son visage respirait la malveillance et la traîtrise, avec des yeux perçants très rapprochés, un nez aquilin et une petite bouche d'où jaillissaient les crocs de la mâchoire inférieure. De longs cheveux noirs de jais poussaient sur son crâne étroit. Elle manifesta sa présence par une danse étrange et des incantations dans une langue que je ne compris pas. Elle déchaina la foudre sur le paladin, la dragonnère et le prêtre, alors que, dans le même temps, la liche fit pleuvoir sur les malheureux un déluge de flammes. Malgré cela, Aryon et Valéria n'eurent aucun mal à détruire les goules. Aragnel, après avoir invoqué un marteau spirituel, qu'il dirigea sur la liche, fut attaqué et à son tour paralysé par cette dernière. Puis le druide mort-vivant, m'ayant épargné pour quelque obscure raison, tourna son attention vers Valéria, lorsque la jeune guerrière le chargea, armée cette fois de la masse sacrée du prêtre. En quelques assauts, elle en vint à bout. Aryon, quant à lui, chargea Ulwaï. Très agile, cette dernière évita son premier coup, mais ne vit pas venir le second, qui l'ouvrit en deux, du sommet du crâne jusqu'au bas-ventre ! Le combat prit fin presque aussi brutalement qu'il avait démarré et le silence revint. Nous avions vaincu !

Nous fouillâmes le temple et détruisîmes par le feu l'arbre mort-vivant qui, fait surprenant, avait repoussé depuis notre dernière visite. Nous finîmes par trouver le phylactère de la liche, sorte de grosse gemme aux reflets rougeoyants, qu'Aryon réduisit en miettes par de puissants coups de marteau. Nous découvrîmes également sur le cadavre d'Ulwaï une lettre écrite en langue vernaculaire (shaaran) :

Ulwaï,
Une troupe d’une vingtaine de travailleurs nains se trouve actuellement du coté de Blaskaltar.
Ils ont déterré quelque chose là bas.
L’entrée du tombeau du Seigneur Fantôme.
Inutile de vous préciser l’importance de cette découverte que j’ai heureusement pu étouffer.
Rendez vous sur place et prenez le contrôle des lieux.
Aucun nain ne doit pouvoir s’échapper ou transmettre la moindre information.
Une fois la situation sous contrôle, informez moi sur ce qui reste de l’endroit.


(Lettre signée d'un "A" renversé)

"A" renversé pour Angarath ou Ashwands ? Et dans ce cas, connivence entre Angarath et Ulwaï ? C'eût été gros. Pourquoi pas Alessandro Ashanti ? Le chef de la guide de la magie était sans nul doute un très proche de l'Empereur (aux postes clés de l'Empire, des individus entièrement dévoués évidemment), peut-être le maître-sorcier de la Cabale d'Ebène. Ce que craignait l'auteur, quel qu'il fût, était à l'évidence que les nains ne découvrissent par mégarde le morceau d'épée (et non le seigneur fantôme et ses activités). Se souvenir que les nains dorés du Grand Rift connaissaient l'existence de l'arme. La date de rédaction de la lettre devait coïncider avec notre première expédition à Blaskaltar (non la seconde). Selon le gnoll interrogé par delà la mort, Ulwaï, à cette époque, était à la Cité des Crocs de Métal avec le phylactère de la liche en sa possession. Par ce biais, elle escomptait forcer la liche à travailler pour les gnolls. Les gnolls s'étaient trouvés là en renfort pour occire les nains. Si l'auteur était au courant de cela, il connaissait potentiellement la situation dans la forêt d'Amtar. Ne recevant pas de nouvelles d'Ulwaï, il ne manquerait pas de s'enquerir de ce qu'elle était devenue. Fort heureusement, nous n'avions pas laissé de témoins...

L'autre conclusion, plus fâcheuse, que nous pouvions tirer de cette triste mésaventure était que "quelqu'un" avait repéré notre communauté et suivait nos pérégrinations. Ce n'était pas vraiment une surprise : le meurtre de Monroe au moment même où ce dernier s'apprêtait à nous révéler des informations sensibles, l'attaque de la bête de Malar au moment même où nous allions interroger le druide Tralduiir, ces événements, peut-être liés, suggéraient que "quelqu'un" veillait dans l'ombre à ce que rien ne menaçât l'Empire. Un point troublant subsistait : comment le message mental était-il parvenu à Aragnel ? Voilà qui méritait une enquête. Car le prêtre à Lhesper jura ne jamais l'avoir envoyé. Les nains dorés affirmèrent, eux, ne jamais nous avoir sollicités. Le contenu du message était également intéressant à analyser : celui qui l'avait émis savait que nous nous attendions à recevoir un signe de leur part ; évoquait Blaskaltar comme un endroit familier ; parlait d'une expédition contre les gnolls. Le terme "défunts" pour qualifier les "frères" n'était pas employé. La manière avec laquelle nous avions été piégés révélait un esprit d'une scélératesse tout-à-fait remarquable : il fallait que nous mourussions loin de Lhesper, tués accidentellement par une monstruosité, lors de l'accomplissement de quelque quête absurde. Afin de ne surtout pas déclencher l'ire de deux nobles familles. Et de brouiller toutes les pistes en cas d'investigation.
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