Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

6 Elasias 639 DR, Wyrmbones, Shaar

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6 Elasias 639 DR, Wyrmbones, Shaar

Message  le moine noir le Ven 3 Aoû - 20:19

(Récit écrit en netherese)

Sixième jour du mois d'Elasias, 639 DR, Wyrmbones, le Shaar méridional, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

Nous jugeâmes préférable de nous éloigner du repaire du dragon croc, marchâmes en silence le long de sentiers escarpés et escaladâmes la montagne, le plus discrètement possible, en direction d'un promontoir rocheux qui nous semblait un excellent abri. De là, nous surplombions les alentours et conservions notamment une vue directe sur la grotte. Mais alors que nous pensions pouvoir enfin nous reposer, nous fûmes attaqués par des Arrowhawks, sorte d'oiseaux ailés, crachant des rayons d'électricité. A respectable distance, un archer, camouflé derrière un piton rocheux, nous avait également pris pour cibles. Sans nul doute ce guide félon. Les Arrowhawks se révélèrent des adversaires coriaces, et ce d'autant plus que nous étions tous fatigués et affaiblis. Nous n'aurions peut-être pas pu nous en débarasser sans l'intervention inoppinée de deux nouveaux alliés : une jeune guerrière aux talents aussi remarquables que diversifiés (capable notamment de voler ou de faire voler) et un aventurier qui, par la couleur de sa peau et par son accoutrement exotique, n'était visiblement ni de la région, ni combattant aguerri. Aryon et la guerrière partirent affronter l'archer tandis qu'avec l'aide de l'étranger, nous nous chargeâmes d'occire les derniers Arrowhawks.

La jeune femme était de grande taille, large d'épaules, souple et musclée, en armure, une épée longue au côté. On aurait presque pu la qualifier de beauté sauvage, n'était-ce le léger manque de finesse des traits de son visage. Elle s'appelait Valéria la dragonnère. Après de nombreuses hésitations, fort compréhensibles a posteriori compte tenu de l'importance de ses révélations, elle finit par nous expliquer les raisons de sa présence en ces lieux. Elle servait le Grand Ver de bronze Samdralyrion, exilé au Turmish, suite à l’exode massif des dragons métalliques des Wyrmbones vers 480 DR. A la demande de son Maître, elle avait monté une expédition pour venir libérer une dragonne d’argent retenue prisonnière par un dragon noir quelque part dans les Wyrmbones. Aux dires de Samdralyrion, d'infâmes expériences étaient menées sur la dragonne et le temps pressait. Détail préoccupant dans son récit : elle n'était pas convaincue que le dragon noir fût un vénérable de la puissance de cet Insithryllax...

L’étranger se nommait Amosis. Il se présenta comme un prêtre-servant d’Horus-Ré. Je me souvins qu'il s'agissait d'une divinité très importante au sein du panthéon de l'Empire du Mulhorand. Il était d'apparence plutôt frêle, sans doute un érudit ou un lettré. Le crâne entièrement rasé, le menton et les joues glabres, même ses sourcils avaient été épilés avec un soin méticuleux. Il portait d'étranges tatouages sur les bras, sur le front, et autour des oreilles. Son arme était un khopesh, sorte de courte épée à la lame incurvée. Contrairement à Valéria, il n'avait pas besoin des sollicitations d'Enguerrand pour parler : il était prolixe par nature. Une manière pour lui de cacher ses angoisses. Il exhuma les documents du Grand Prêtre Peribsen qu’il suivait dans une mission sacrée et suite à une vision de ce même Peribsen, avait compris que ses compagons et lui étaient à la recherche d’un Eclat du Soleil, une relique qui fut volée dans un Temple d’Horus-Ré au Mulhorand vers 480 DR. Une bien troublante coïncidence... Et à plus d'un titre ! En Uktar 1384, Wyrven, Hector et Jensag étaient partis à la recherche d'un Eclat de Soleil dans les Montagnes Nether. Nous projetions d'utiliser la relique pour détruire le seigneur vampire Gulthias Ashwands. Mais c'était une autre époque... Amosis nous conta (dans un sharaan hésitant) comment deux dragons rouge avaient surgi de nulle part et décimé leur rang. Le pauvre homme tremblait presque lorsqu'il évoqua les effets dévastateurs des souffles sur ses compagnons, les chairs calcinées, l'odeur... Il était le seul rescapé de l'attaque, grâce à l'intervention de Valéria. Peut-être se sentait-il coupable ?... Il se retrouvait seul, en terre étrangère, très loin de ses repères, sans possibilité de retourner avant longtemps dans son pays. On pouvait comprendre qu'il fût paniqué... Il conclut son récit par la description de l’endroit où ses compagnons et lui avait été massacrés. Valéria réagit presque immédiatement car elle le connaissait fort bien : c'était une ancienne place forte dédiée à Tiamat, du temps où la Reine des Ténèbres régnait encore sur les Wyrmbones. On l'appelait le Fanum de Tiamat. Je tiquai à mon tour à l'évocation de ce nom ; car Théophys l'évoquait également dans ses Chroniques !

Avec une assurance remarquable, Valéria nous conduisit jusqu'au site. Ce n'était pas si loin en réalité, mais assez difficile d'accès. La dernière partie surtout. Il nous fallut gravir un piton rocheux escarpé pour atteindre l'entrée du Fanum : une grotte naturelle. Amosis était livide. Trop de mauvais souvenirs dans son esprit agité. Les corps décomposés de ses compagnons reposaient probablement non loin de ce lieu sinistre. Nous pénétrâmes dans la grotte. La puanteur était presque insoutenable. Le sol était jonché d'ossements d'animaux de toute taille. Nous découvrîmes quelques écailles de dragon, d'un bleu sombre reflètant la lumière avec des effets singuliers, et des flaques de sang séché. Au fond de l'antre, un passage s'enfonçait dans les profondeurs. Nous l'empruntâmes. Se succédèrent alors toute une série de couloirs, de salles, d'alcoves et d'escaliers. Nous débouchâmes finalement dans une vaste salle, si vaste que nos lumières magiques ne nous permettaient pas d'en discerner les limites. Il faisait chaud, très chaud, et je sentis la sueur couler le long de tempes, de ma nuque jusque dans mon dos. Un silence de mort régnait dans ce lieu. Une légère odeur de souffre planait qui aurait dû nous inquiéter davantage... Nos pisteurs repérèrent de nouvelles traces de sang séché sur le sol. Nous avançâmes, nos guerriers devant et derrière, épées tirées. Au fond de la pièce se dressait, en guise d'autel, une gigantesque statue de Tiamat, la Reine des Dragons, avec ses cinq têtes scultées dans divers marbres précieux, toutes plus hideuses (ou majestueuses selon le point de vue) les unes que les autres. Sur les côtés, supportant un savant réseau de voûtes en arc plein cintre, deux rangées d'imposantes colonnes en marbres précieux se faisaient face, certaines brisées ou lézardées. Les chapiteaux des colonnes étaient finement ciselés en forme de vouivres, de salamandres, de basilics, de cocatrices et autres monstres mythiques aux formes serpentines. Sur les murs, des fresques représentant diverses scènes liturgiques, la plupart en fort mauvais état. Au centre, une vaste dalle circulaire sur laquelle avait jadis été gravé un pentacle. La pierre avait été grattée, griffée rageusement, fendue par endroit, au point que le pentacle n'était plus lisible. Malédiction ! Impossible d'en connaitre les exactes propriétés... De part et d'autre de la statue de Tiamat, nous distinguâmes deux couloirs et choisîmes pour commencer celui de gauche, Aryon en tête, suivi de près par Ténaris et Aragnel, Amosis et moi au milieu, Enguerrand et Valéria fermaient la marche. D'une voix feutrée, la dragonnère nous recommanda de ne jamais s'écarter d'elle.

Il nous attendait, au fond du couloir, tapi derrière les décombres, dans une pièce laissée à l'abandon depuis des décennies. Nous vîmes trop tard les écailles écarlates luisantes de sa tête et de son cou et l'éclat des deux fentes dorées qui lui servaient d'yeux. Et tout autour de nous ne fut plus que flammes rugissantes et vapeurs soufrées. Mais le soufle brûlant du dragon ne nous réduisit pas en cendres, ainsi qu'il l'escomptait peut-être, car la magie de Valéria en avait partiellement neutralisé les effets dévastateurs. Les guerriers émergèrent dans la pièce et chargèrent le monstre, tandis que j'entonnais un sortilège de hâte. Et le combat s'engagea, brutal et sans pitié. De part et d'autre, les coups pleuvaient et le sang giclait. Griffes et crocs contre acier magique ! Soudain, Valéria, qui fermait la marche au bout du couloir, cria d'une voix stridente qu'un autre dragon nous prenait à revers. Ils étaient donc deux ! Deux frères, des juvéniles, vicieux à souhait, et qui chassaient en couple. J'invoquai dans l'urgence un mur de force juste derrière la dragonnère au moment même où l'autre reptile s'apprêtait à s'engoufrer dans le couloir et à nous déchiqueter. Sa tête hideuse se heurta à une barrière invisible, infranchissable, ce qui ne fit qu'accroître sa colère et sa frustation. Il disparut subitement. J'avais donné quelques secondes de répit à mes compagnons et j'avais bien fait. Entre temps, ils avaient réussi à terrasser le premier dragon. Tandis qu'Enguerrand fouillait les décombres, nous nous soignâmes et reformâmes nos rangs, puis avançames lentement dans la pièce, contournant une sorte de puits, de part et d'autre duquel partaient deux couloirs. Nos sens en alerte, nous nous attendions à ce que le second dragon fondît sur nous par l'un d'entre eux. Contre de tels adversaires, la moindre erreur tactique est souvent fatale. Et j'en commis au moins deux. La première fut de ne pas prendre le temps d'incanter un sort d'invincibilité, pour tromper la mort encore une fois. La seconde fut de rester stupidement planté en face du dragon rouge lorsqu'il déboula par le couloir de gauche, vif comme l'éclair. Amosis était à mes côtés, Enguerrand légèrement à l'écart, à trois mètres de nous, et tous les autres, déjà au contact, à six bons mètres de distance, taillant dans la bête, et encaissant ses attaques. C'est alors que je me souvins des recommendations de Valéria. Trop tard... Trop loin... La sanction fut immédiate. Sentant la situation lui échapper, le dragon se redressa et dans un rugissement effroyable, projeta sur nous un cône de flammes gigantesque, avec toute sa haine et toute sa rage. Ce feu capable de faire fondre même la pierre... La douleur fut atroce ; et tandis que l'odeur âcre de mes chairs consumées montait à mes narines, je vis ma bure s'évaporer en fumée, et la peau de mes mains et de mes bras se décomposer et couler comme de la cire. Et ce fut la fin. (...)

Lorsque je rouvris les yeux, je vis Aragnel, affalé contre la paroi rocheuse. Des larmes coulaient le long de ses joues. Il regardait le trou dans le plafond de la caverne et le halo de lumière dans lequel Amosis et moi baignions. Mon corps, mes habits étaient intacts. Je me relevais et souris au prêtre. Il n'y avait que cela à faire : sourire, remplir mes poumons d'air, rendre grâce pour ce miracle, chérir la vie... Nous restâmes un moment à nous regarder les uns les autres, sans rien dire, les mots étant superflus dans de pareilles circonstances. Rien ne semblait pouvoir ébranler le sentiment d'amitié qui nous unissait.

Et puis nous recommençâmes à avancer. Au bout de la caverne, nous trouvâmes, flottant dans l’air, une sphère de lumière d'une intensité si grande qu'elle traversait par intermittence les ténèbres magiques censées la camoufler. C'était l'Eclat de Soleil ! La relique sacrée dérobée aux prêtres d'Horus-Ré deux siècles plus tôt... Amosis s’avança, fasciné. Il tendit fébrilemet son bras, toucha l’Eclat, et disparut soudainement... avant de réapparaitre devant nous quelques instants plus tard la sphère pulsante dans la main, dardant ses rayons aveuglants dans toutes les directions. L'étranger n'était plus que l'ombre de lui-même, suant, haletant.

J’ai eu une vision, dit-il d'une voix fiévreuse, avant de s'écrouler de fatigue, il y avait une forêt, une ville en ruines et au cœur de cet endroit, trois portails magiques venaient de s’activer et des créatures ressemblant à des démons ont fait irruption !

Horus-Ré, à son tour, éclairait notre chemin de sa bienveillante lumière. La révélation divine confirmait mes propres intuitions (et, d'une certaine manière, cela me soulagea). Mais elle soulevait également d'innombrables questions. Pourquoi ? Pourquoi les Puissances Solaires jouaient-elles un rôle si important à cette époque, dans cette région ? J'avais beau réfléchir, sur un plan purement théologique, rien ne le justifiait... A moins bien sûr qu'une autre guerre, plus confidentielle, ne fût déjà engagée entre les Forces des Ténèbres et Celles de la Lumière, dont Lathander et Horus-Ré faisaient évidemment partie... Je notai que Shar ne s'était pas encore manifestée. Pouvait-elle encore contrecarrer le plan génial de sa rivale ? Lathander savait-il qui j'étais, ce que je représentais ? Etait-ce lui qui m'avait relevé ? Si oui, dans quel but ? Je n'étais pas un serviteur de la Lumière, loin s'en fallait ! Et quel sens devions-nous donner à cette nouvelle augure ? La vision d'Aryon d'une capitale impériale à feu et à sang était, à l'évidence, une vision du futur... Quid de celle d'Amosis ? S'agissait-il d'une situation passée, présente ou future ? Le Glabrezu était-il déjà en train de rassembler les siens ? Allait-il bientôt passer à l'attaque ? Et qui l'aidait en coulisse à créer ou à réactiver ces portails ? C'était là chose difficile et délicate, même pour un démon de son rang...

Plus tard, approfondissant encore la fouille des lieux, nous découvrîmes une sorte de dalle circulaire en pierre d'obsidienne. Une détection de la magie révéla une magie conjuratrice assez forte, probablement un portail, un portail très ancien et malgré tout encore actif ! Las, je n'avais pas les moyens d'en analyer les caractéristiques et Valéria, dont l'inquiétude allait grandissante, nous pressait de quitter l'endroit. Nous nous retirâmes donc et nous reposâmes à l'extérieur, à bonne distance du Fanum, bien à l'abri d'une poche extradimensionnelle.
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