Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

5 Elasias 639 DR, Wrymbones, Shaar

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

5 Elasias 639 DR, Wrymbones, Shaar

Message  le moine noir le Lun 9 Juil - 9:27

(Récit écrit en netherese)

Cinquième jour du mois d'Elasias, 639 DR, Wyrmbones, le Shaar méridional, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

Loin sous la terre nous nous enfonçames. Guidé par un sort de localisation, de créature, je percevais l'aura du dragon. Elle gagnait en intensité à mesure que nous avancions vers le coeur de son repaire... Après avoir emprunté un étroit couloir, nous débouchâmes dans une immense grotte au centre de laquelle se dressait une sorte de plateau rocheux. C'est là que le dragon croc avait élu domicile. Il nous avait évidemment entendus. Il ne fit pas surpris par notre intrusion. Il engagea le dialogue mais Aryon n'était pas disposé à négocier. N'avions-nous exclu cette option la veille d'un commun accord ? Fidèle à lui-même, il chargea (très imprudemment) vers le piton rocheux. Aragnel et Ténaris le suivirent de près, tandis qu'Enguerrand, qui avait réduit sa taille à quelques 80 centimètres grâce à son objet magique, demeurait légèrement en retrait. Je restai quant à moi à la frontière du couloir, et incantai, d'une voix solennelle, dans la langue obscure des praticiens de l'Art. Hélas, mes compagnons étaient déjà trop engagés dans la grotte et mon sortilège de hâte ne réussit pas à les atteindre. J'enrageai intérieurement d'avoir si mal évalué la distance. Lentement le dragon prit son envol. Le plafond de la grotte était si haut qu'il pouvait manoeuvrer en toute liberté. Contre toute attente, ce fut sur Enguerrand que s'abattit sa colère ! Après avoir décrit un large cercle, il piqua droit sur le nobliau isolé. Ses griffes transpercèrent le jeune homme et ses crocs firent jaillir le sang, mais il ne parvint pas à emporter Enguerrand avec lui dans les airs. Tandis qu'il regagnait son piédestal, j'élevai devant moi un mur de force pour bloquer l'accès au couloir, prenant bien soin de laisser un interstice suffisamment large pour permettre à mes compagnons d'effectuer le cas échéant une retraite stratégique. Le reste du combat fut épique, terrible, et d'une violence inouie. Je déclenchai contre lui ma plus terrible attaque : une tempête de flammes ! dont il sortit complètement indemme ! Par quel prodige ? Je ne saurais l'expliquer. Dès lors identifié comme un potentiel danger, je fus la cible de son second passage. Il plongea sur moi et s'écrasa à grande vitesse et de toute sa masse sur le mur de force. Mais bien loin d'être sonné par le choc, il se releva presque immédiatement, découvrit l'interstice grâce à ses sens exacerbés, étendit son long cou couvert de pointes, et m'infligea une cruelle morsure. Puis voyant mes compagnons se ruer vers lui, le dragon se détourna de moi et reprit son envol vers son piédestal. Nous étions impuissants, et par la maîtrise des airs, il avait l'avantage ; il le savait. Il fit maints passages et, à chaque fois, ses assauts en piqué portèrent et affaiblirent nos rangs. Ténaris, Aragnel et même Enguerrand, tous eurent leur moment de gloire, et leur lot de frayeur... Le sachant protégé par un effet de renvoi de sorts, j'en étais pour ma part réduit à n'utiliser contre lui que des sorts de zone, pas nécessairement parmi les plus efficaces. Je crus un moment avoir dissipé l'effet du renvoi, mais il avait apparemment sur lui un sort actif d'un cercle plus elevé... Que d'erreurs ou de revers de notre côté... Heureusement pour nous, le dragon commit aussi quelques erreurs tactiques vers la fin, dont celle, énorme, de s'acharner au sol sur le paladin, lequel, transporté par la puissance divine, porta des coups terribles avec son espadon, fendant carapace, muscles, chair et tendons. Un dernier éclair, et le monstre s'écroula, mort.

Dans son trésor, nous retrouvâmes la lame de l'épée d'Al-Djazari qui, comme par magie, fusionna avec la poignée et la garde. Enfin nous la tenions, cette épée légendaire ! Nous n'avions pas affronté toutes ces épreuves et enduré toutes ces souffrances pour rien. Aryon rayonnait, inconscient du danger que courait désormais son esprit. Mais sa joie fut de courte durée...

Car alors, du fond de la grotte masqué par une paroi rocheuse illusoire, surgit un gigantesque dragon aux écailles d'ébène luisantes, vivante incarnation d'un Mal absolu. Notre guide l'accompagnait. Ce traitre avait manoeuvré habilement pour nous amener tout droit dans cette impasse. Le dragon, qui se nommait Insithryllax, ne nous offrit que deux alternatives : la soumission ou la mort. Fidèles à leurs convictions, mes compagnons optèrent pour la mort et déclenchèrent la fureur du grand ver. Je restai quant à moi paralysé par l'angoisse, silencieux, parfaitement immobile. Mais sous mon crâne, la tempête. Je ne pouvais me résoudre à accepter que ces jeunes hommes valeureux fussent massacrés et dévorés par ce monstre. Ils méritaient de vivre. Par le sacrifice de ma propre vie si tel était le sens de ma mission. Ne touchait-elle pas à sa fin, l'épée désormais reformée ? Sentant monter en moi une force et une détermination nouvelles, je sortis de ma torpeur et hurlai des mots de puissance dans une langue ancienne et oubliée, des paroles terribles qui résonnèrent dans toute la caverne :

Vuta achuak yrev vorel, thurirl, zyak vur karak

Le dragon noir se figea. Le temps semblait s'être arrêté...

Puis soudain ce fut le chaos. Une déflagration se fit entendre au loin, qui se propagea dans toutes les directions. Et la terre gémit, ondula jusque dans la grotte, les murs tremblèrent, et des crevasses se formèrent menaçant de tous nous engloutir. Le dragon noir fut pris de panique et s'enfuit avec une vélocité pour le moins étonnante pour une créature de sa taille et de sa masse. Le guide félon à ses trousses. Une fois le calme revenu dans la caverne, j'entendis une voix tonitruante dans ma tête qui fit frissonner tout mon être

Humain tu as prononcé mes mots.
Désormais sur ton âme ma volonté prévaut.


Un prix à payer exhorbitant, comme je le redoutais... Il faudra que je fasse avec : les implications sont considérables... Les frissons ne me quittèrent qu'après de longues minutes. Recouvrant mes esprits, je me précipitai auprès de mes compagnons. Ils n'étaient pas trop tard : ils vivaient encore. Je leur portai les premiers soins et tous purent finalement se relever. Quand nous ressortîmes à l'air libre, nous assistâmes, médusés, à l'impressionnante éruption magmatique d'un pic montagneux, quelque part au loin.

La semaine précédente, je citais le péril gnoll comme possible raison au réveil d'Arshadalon. Et si cette éruption magmatique marquait en réalité l'interruption du sommeil séculaire du Grand Dragon ? Cela ne serait pas absurde. Mais alors, se pourrait-il, ironie du destin, que ces paroles de puissance, par moi prononcées sous l'emprise d'une nécessité bien cruelle, soient la véritable cause de son retour ? Ai-je une fois encore, malgré moi, commis l'irréparable ?
avatar
le moine noir

Messages : 478
Date d'inscription : 02/12/2007
Age : 43
Localisation : France

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum