Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Partie 2 - Le mal s'éveille

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Partie 2 - Le mal s'éveille

Message  le moine noir le Dim 8 Juil - 16:04

Récit d'Arion Martell dit Larmegrise

Au creux de ces ténèbres, dans ce silence que déchire ma plume, je ne peux m'empêcher de frissonner. Mon regard, un instant, se perd sur les cadavres affalés contre le mur. Percés de ces branches gourmandes, déformés par la mort, souillés par le mal. Comment un être peut en arriver là ? Comment peut-on détruire son intégrité à ce point, laissant ses bas instincts prendre le dessus, cette bestialité, calculée, assumée...
Et je me souviens, oui je me souviens.
Le passage à Kormul, et les nouvelles, Agathe... Corps corrompu, âme de paladin humiliée. Qui a été éveillé du sommeil sans fin. Oh ma soeur d'âme, comment ont-ils pu oser?
La rumeur, portée par quelques chasseurs nous a mis sur la piste de tes profanateurs. Un Béhir, une immonde créature, semble avoir élu domicile près d'ici, accompagnée de quelques Gnolls. A cette nouvelle, je sais, je ressens, Lathender parle à travers de moi lorsque j'enjoins à Enguerrand de partir à la chasse. Pour protéger les paysans, certes mais aussi car dans ma tête une voix sait...

Accompagné de "l'imbécile", comme l'a surnommé Enguerand, Théodore, de quelques soldats et de nos montures, nous sommes partis. Au travers de la forêt les talents de pisteurs de Ténarys font leur ouvrage, nous menant de pistes en pistes, de sentiers en ruisseaux, d'arbres en clairières. Les oiseaux, effrayés, se terrent à notre passage, pressentant notre juste courroux. La procession est silencieuse, chacun plongé en son centre, remâchant les terribles nouvelles. Non seulement ils l'ont tués, mais en plus ils l'ont troublée en sa mort même. Dans mon esprit, je prie Lathender de me protéger d'un tel destin, de couvrir mon dernier repos de sa protection.

Puis soudain, semblant crever le sol, langoureux comme seuls savent l'être les félins, taillé de pierre, surgit devant nous le lion. Figé pour l'éternité dans ce calme repos par les tailleurs de pierre nains. Comment ont-ils réussi à lui donner cette majesté ? Cette expression qui défie le temps, les vents, le givre et même la chaleur de mon dieu. Comme immuable.
C'est là que nous conduit la piste, et je sens monter en moi l'adrénaline que j'affectionne tant. Ici, maintenant, je vais pouvoir expier, risquer ma vie, et peut-être faire taire le fracas. Je ne me suis même pas aperçut que mon épée a rejoins mon poing. Plus prudemment, presque silencieusement, nous nous approchons de la gueule ouverte de ce monstre de pierre, haut de dizaine de mètre. Ses yeux font deux fois ma taille, les escaliers nous invitent. Les ténèbres règnent en son coeur.
Hardi, Ténarys propose d'escalader, désabusé je le regarde, contemple mon armure, et lui signifie mon désaccord. Commençant une argutie dont nous avons le secret, nous sommes interrompus...

Un grondement, sourd, le bruit d'écaille qui frottent la pierre, le déplacement d'une masse, colossale. Et les piaillements Gnolls, dans les yeux du lion, sortant leurs arcs. Le temps n'est plus à la discussion. Le temps est au combat.

Lathender, protège nous. D'un coups d'éperon sec, je lance mon cheval au galop, lui imposant de grimper les escaliers, tout en priant Lathender de bénir ma lame. Je dois être devant, le Béhir... est là.

Bleu, électrique. Long de dix mètres...
Bondissant, semblant surgir du fond de la terre, le monstre rugissant trouble l'air, la terre même répond à ce cri formidable en gémissant.
Je sens sous ma main les crins de mon destrier se hérisser, il prend peur. La gueule ouverte, et le monstre redoutable vomi un éclair un électrique. Qui terrasse mon cheval. Et me projette trois mètres en avant.
Ténarys, n'écoutant que son courage, bondit à ma suite et d'un coups d'épée puissant inflige à la créature quelques blessures majeures. Suivi de près par Théodore qui frappe le monstre d'un coup d'épée. Enguerrand qui a usé de quelques sortilèges est aussi petit qu'un gnome dans le dos d'Aragnel et le presse de se joindre à nous. Aragnel, quant à lui, plasmodie à une distance respectueuse, ses paroles nous emplissent de courages. Puis n'écoutant que son courage, il se lance sus à la bète.

Les griffes en avant l'énorme créature se jette sur Ténarys, le blessant à plusieurs reprises, de ma place, je vois son oeil malsain se darder sur lui, mon cri s'étouffe dans ma gorge lorsque le Béhir le saisit à pleine gueule. La bète de droite à gauche balance la tête, n'arrachant rien de plus que quelques gémissements à Ténarys. Je me relève et fonce sur le reptile. Je n'arriverai que pour voir le reptile gober notre ami.

Plus tard viendront les pleurs Ténarys. Pour l'instant il est temps de te venger.

Enguerrand, leste, tente d'une acrobatie de se placer à la droite du monstre qui en profite pour lui assener un coup de griffe. Puis, encore un fois, il gronde et couvre Aragnel d'un flot d'électricité. Celui-ci réplique de deux coups de masses bien ajustés. Qui semblent sans effet.

Enfin, je suis au corps à corps, j'implore Lathender de me prêter sa force, et de châtier cet apôtre du mal. Et il me répond, mon coup de taille entaille la peau épaisse de la créature, le sang gicle à gros bouillons. Un coup d'estoc ensuite, et Enguerrand place encore un de ses coups vicieux dont il a le secret. Là, la créature, hurlant de rage et de douleur attrape Enguerrand à pleine gueule et l'avale.

Soudain, une lame semble transpercer le monstre de l'intérieur, et Ténarys se fraie un chemin à l'extérieur. Sous mon heaume, un sourire éclaire mon visage. Vite effacé par la force de la gueule du monstre qui me soulève à quatre mètres de haut. Je sens sa machoire se fermer sur mon armure, je la sens plier sous sa force. Et je sens le mal. A l'état pur, vicieux, sournois, puissant, parcourir mon corps, il tente d'arracher mon âme.

Aragnel frappe, et frappe encore. Théodore s'acharne. Puis Thénarys enfonce sa majestueuse épée dans le corps du monstre. Mon coeur est plus léger, mon bras, lui est lourd, lourd de la force de mes compagnons. Et j'abat le monstre d'un coups d'épée entre les yeux. Un coup dans lequel est réuni tout mon courroux, celui de mon dieu et leur amitié. Comme un tronc d'arbre, il s'abat dans un fracas assourdissant. De quelques coups d'épée nous libérons Enguerrand, mourrant. Avec Aragnel noud prions Lathender de le maintenir en vie.

Le monstre est terrassé. Les Gnolls décimés par les soldats. Et nous sommes tous vivants.

Mais le mal est ici, je le sens, un mal puissant, séculaire... Dont je n'imagine même pas la puissance.

Récit de Klaus

Tant que ça paie bien...

Ça chauffe quand j'arrive à Kormul. Au château, sire Enguerrand donne des ordres à droite, à gauche. Y'a une servante qui pleure dans un coin car il l'a menacé de la renvoyer. Joli petit lot, ce serait dommage.

Le temps qu'il se décide à me voir en privé, j'interroges les gars pour savoir ce qui s'est passé. C'est pas joli-joli : la frangine crevée qui se relève pour sauter à la figure de son pater venu prier à la crypte pour le salut de son âme... Mais le vieux à de beaux restes, il lui a coupé la tête en un coup. Le travail bien fait, y'a que ça de vrai.
Par contre, les scrupules, ça encombre le crâne d'un homme... Baratheon s'enferme pour chialer, Théodore qui rentre dare-dare de Lhesper n'a pas plus fière allure quand il apprend ce qui s'est passé. Pendant ce temps, Enguerrand perd pas le nord et en profites pour prendre l'ascendant et faire comme si c'était le patron dans le château.

C'est qu'il fait ça bien, en plus. On dirait que je me suis pas trompé de cheval.

Ah....Je me rappelle comment j'ai été recruté :

C'etait y'a deux ans... Je traversais par nécessité le Shaar pour me faire oublier... De passage à Lhesper, je me suis retrouvé dans une des rares tavernes mal famée de la capitale. C'est comme ça, on a les fréquentations à la hauteur de ses moyens et à l'époque, ma bourse était maigre... Je ne sais plus comment je me suis retrouvé dans une arrière salle discrète à jouer aux cartes pour faire le cinquième. Ouais... Je me débrouille pas mal, d'habitude.
C'est là que j'ai rencontré le fils Shieldheart, il sentait le vin et y'avait de l'argent à prendre. Je me suis rendu compte un peu tard que c'est les tâches de sa chemise qui sentait le vin, pas lui. Pendant qu'ils nous plumait, fallait en plus qu'il m'interroge en long et en large sur d'où je viens et tout ça. Moi, j'aime pas qu'on me cuisine. Et quand j'aime pas, en général, j'ai pas besoin de le répéter.
À un moment, je lui ai fait redistribuer car je trouvais son mélange de cartes un peu louche.
Ha, j'ai rien vu venir : la chance à tourné, j'avais des cartes d'enfer et accumulé un bon pécule ! Le nobliaux m'a soudainement accusé de triche et d'avoir des cartes dans mes manches.
Que dalle! J'ai levé mes manches... et des cartes sont vraiment tombés! L'enculé...
Pas eu le temps de m'expliquer qu'il avait déjà convaincu les autres de me bastonner. Mais ça aussi, je me débrouille. Après avoir sonné les autres abrutis, ça allait être son tour et avec un peu de chance, j'allais bien trouver un bidet pour lui foutre la tête dedans. Je me rappelle qu'il a pas essayé d'éviter ma droite et a mangé un premier bourre-pif. Mieux, il en redemandait ?!
Dégoûté, j'allais me barrer en prenant mon argent quand il m'a arrêté. Il s'était rassis et m'a proposé de bosser pour lui. Il cherchait un gars sans scrupules, sans attaches, qu'a le coup d'oeil et qui tape fort. Bien payé en plus.
La garde est arrivé trop vite, pas eu le temps de me barrer. Le truc bizarre, c'est qu'il a dit que les autres l'avaient entrainé là pour l'agresser et que je l'avais secouru.
Une fois seuls, je lui ai demandé le sens de ses bobards. Je me rappelle de sa réponse comme si c'était hier : "Vous auriez préféré être condamné pour coups et blessures contre un membre des hautes noblesses de l'Empire?" Pas faux.

Il m'a amené chez lui à Kormul. Pas degueu, le château. J'ai vu son grand-frère se foutre de lui et son adorable sœur aller chercher un jeune prêtre pour lui soigner la figure. "Pas maintenant...", a-t'il dit, "Mon père a le droit de savoir".
Le reste est passé comme papa dans la bonne. Il m'a présenté à son vieux, à insister pour que je sois engagé comme comme garde du corps en disant qu'il était sur qu'on porterait plus jamais la main sur lui. Sur le coup, j'ai pas su si je devais le prendre pour moi. Le père m'a regardé bizarre, comme si il voulait lire en moi et puis a finalement accepté.

Moi, garde du corps... Officiellement.

Parce que dans les faits, c'est pas toujours joli-joli. Je ne compte plus les types que j'ai secoué, les doigts que j'ai retourné et les besognes que j'ai accompli sans poser de questions.

Tant que ça paye bien...

Et puis, y'a des bons à-côtés. Je fais signe au petit lot de venir par là. Je lui dit que faut pas pleurer, qui y'a toujours une solution, que je prendrais sa défense pour qu'elle reste au château - tiens, mouches-toi - et que tout ce qu'elle a à faire... c'est être gentille.

Il ne le montre pas mais je vois bien qu’Enguerrand est tendu. Tu m’étonnes. Ceci dit, une fois le résultat de mes recherches partagées, il redevient celui que je connais, réfléchissant au plan qu'il mettrait en place. Mais la mauvaise ombre qui passe sur son visage n’est pas forcement bon signe. Ca pue.

Je sais pas combien de temps ça prendra mais j’en connais une qui va prendre cher. Depuis la mort de sa sœur, je vois bien qu’il a des envies de meurtre. Fais chier, il avait buté personne depuis des mois.
La dame en question est belle femme, distinguée et tout. Comme celles de son genre, ça doit être une bonne affaire au plumard, du genre qui demande pas la permission pour t’insulter. Le problème, c’est l’entretien. C’est que ça revient cher, les comtesses qui se mettent de la poudre sur la figure. Enfin… Avant de rêvasser, faudra déjà voir dans quel état il la laissera.

A sa demande, je vais à la taverne du Puy du Fou voir si un message est arrivé en provenance du chef du campement Swagdar. Que dalle. Bon, au moins, je peux boire une bonne mousse.

Quand je reviens, je vois qu’y s’organisent pour aller chopper des gnolls apercus à une journée d’ici. Cette fois, ils y vont avec des soldats menés par le grand frère, la bave aux lèvres, décider à faire payer quelqu’un. A part l’historien qui fait mal à la tête, ils y vont tous.

Aryon Martell parle de justice. C’est marrant, il est toujours à fond, mets-y une lance sous le bras, il part au galop, comme s’il était perpétuellement en lice !

Aragnel prodigue quelques bénédictions au personnel qui se remet doucement des émotions de la veille. Ouais… Je peux pas être partout.

Enguerrand et l’homme des steppes me causent du grand chêne. Bizarre ce qu’on me demande, mais bon, chuis pas payé pour poser des questions. Il y fais gaffe, au Ténaris, alors moi, je suis raccord, je hoche la tête même si je me vois pas trop causer avec un arbre.

Plus d’une journée passe. Bon, j’en réconforte qu’une et c’est suffisant pour apaiser ma conscience. J’ai jamais été trop gourmand. En vouloir trop, ça finit par jouer des tours. L’Enguerrand, il baigne dans une belle merde, y’a que des crapules chez tout les beaux seigneurs et types importants du royaume. Un jour, il peut tomber sur pire que lui et je devrais traîner mes guêtres ailleurs.

Consciencieux, je vais au chêne toutes les heures. Pas envie de me faire pourrir, Enguerrand est moyen coté tolérance en ce moment. Coup d’œil à gauche, coup d’œil à droite, terrain dégagé, je vais pouvoir me soulager. Un zoziaux me regarde… Hein ? Putain, y me cause ! Aah merde, j’ai salopé mes bottes.

Bon, je fais ce qu’on me demande. J’envois par un zoziaux –normal, hein- un message à Bendtner, le représentant des Nains de la Faille pour qu’il les rejoignent. Ensuite, je vais chercher Chaka pour l’emmener sur place.

Dur de le faire bouger au milieu de toute la paperasse qu’il a accumulé autour de lui dans la bibliothèque où il s’est installé. Mmh… Que ferais Enguerrand ? Oui… Je lui dit qu’ils ont découvert des trucs… des trucs… euh…mystérieux ! Ca y’est, y mord. Quoi, qu’est-ce qui me veut encore ? « Mystérieux comment », « C’est pas précis »… Fais chier, putain, je vais t’en filer de la précision !

Une fois à l’extérieur de la ville, on s’arrête à sa demande, par ce que ça va pas assez vite. Il descend de selle, me dit de ramener les chevaux au guet et se lance dans une incantation, agitant ses bras maigrelets et vociférant dans une langue curieuse. Quand j’aime pas, j’insiste pas alors je me barre avec les canassons. Mais je vais devoir revenir. Les ordres sont clairs : amener Chaka à destination. Fais chier… Bah…

Tant que c’est bien payé.

Quand je reviens, il a pas encore fini. Il est en sueur mais a l’air de jubiler. A la fin apparaissent deux putains de chevaux démoniaques, tout noirs et avec des sabots vaporeux. Je me fais un peu prier pour monter dessus. Le sorcier se couvre le visage et on part au galop. Bon sang, quel pied, je ne crois pas qu’il existe une autre bête qui aille aussi vite ! Pour un peu, je l’apprécierais, ce sorcier…

Après une chevauchée furieuse à m’accrocher et m’essuyer les mouches que je mange plein la gueule, on retrouve Ténaris à la lisière d’une forêt. Sans attendre, le mage lui balance une chiée de questions. L’autre, blasé, lui dit de le suivre et qu’ils verront tout ça avec le reste du groupe. Le gars s'y connait pour trouver son chemin.

Au bout d’un moment, on arrive à un édifice dont on ignorait l’existence dans la région. Taillé dans la roche depuis des siècles, une entrée à la forme d’une tête de lion géante.

Y’a des cadavres de gnolls mais surtout une effroyable bête, de la taille d’une galère avec douze pattes à la place des rames, une gueule à avaler net une vache, des écailles bleus sur tout le dos et de mauvaises cornes sur la tête. En fait, ce truc avait vraiment avalé Ténaris et Enguerrand. A voir le ventre ouvert de la chose, on voit qu’il les a pas recraché. S'ils passent la quarantaine, ça leur fera toujours un beau souvenir.

Avec les soldats, on reste à distance respectable. Ca sent pas bon là-dedans. Apparemment, ils se sont aussi accroché avec un cadavre teigneux aussi vieux que l’endroit. Ce qui est dur à croire, c'est que c'est Aragnel qui l'aurait battu comme plâtre. Remarque, les prêtres, ils aiment pas bien ça, les cadavres qui refusent de crever pour rejoindre l'herbe verte -ou noiratre, c'est selon- des paradis des Dieux qui se foutent bien de notre gueule.

Pendant qu’ils causent entre eux, on fait ce que demande Enguerrand, on vide le trésor planqué là-dedans. Un trésor, rien de tel pour donner du courage aux flipouilles. Il a déjà inventorié le contenu ainsi que la part des hommes moyennant qu’ils retiennent à qui ils doivent ce bonus. Ouais, c’est ça, il est sympa « Sire » Enguerrand. C’est pas ce qui me viendrait à l’esprit en premier. On bâche le butin dans les brouettes qu’on trouve et on charge les chevaux.

Y’a des corps de nain aussi, qui sont pas de toute première fraîcheur. Aryon et Enguerrand les enterrent. Enfin… y’a deux catégories : celui qui creuse et celui qui cause.

J’ai pour consigne de veiller à bien enfermer tout le pécule une fois rentré. Enguerrand en parle à l’écart avec son frère et lui dit que cet argent servira à obtenir réparation et vengeance. C’est à se demander qui est le grand frère… En fait, on dirait que Théodore se fout de comment il s’y prendra du moment que le sang est versé.

Nous sommes près quand les éclaireurs disent que les nains sont en train d’arriver. Enfin! Je commençais à ne plus m’amuser à désosser la bestiole pour emmener de beaux morceaux d’écailles et à lui évider les cornes. Faut bien s’occuper pendant qu’Enguerrand et les autres causent du mort-vivant et de son fil à terre, ou son fils acteur, j’ai pas tout capté. De toute façon, leur histoire me regarde pas.

Allez, les nains vont pas tarder. Je crois que tout ceux que j’ai connus n’avaient d’odorat que pour l’or et les métaux précieux. Ouais, vaut mieux se barrer maintenant vu ce qu’on a dans les sacoches. Enguerrand me fais signe de rester. Je rejoindrais Théodore et les soldats sur la route.

Messire se pose en hôte face au chef des nains. L'autre s'en fout un peu, on dirait, et pose plein de questions. Là-dessus, Chaka commence à lâcher des trucs qui devrait pas. Enguerrand me fais un petit signe discret et essaies de noyer le poisson pour récuperer l'attention du nain dont le front va bientôt toucher terre. Faire sentir au mage ma main gantée sur son épaule ne change rien et il en remet une louche. Les autres sont désabusés et messire est vert de rage. En fait, je crois qu'y va le buter lui-même.

On dirait que le nain a vu que j'essaie de faire taire l'autre malade, alors Enguerrand me fais signe de partir. Ca me va. D'autant je vais rentrer sur un cheval normal.

J’aime autant... j’ai cru perdre la vue tellement mes yeux ont pleuré à l’aller.

Je pensais que messire et les autres reviendrait du nord. Faux, ils reviennent des monts Wyrmbones au début de la nuit. En fait, ils se sont arrêtés avant d’y monter. Je comprends à ce qu’ils se disent que ça a tourné vinaigre avec les nains qui faisaient un bout de chemin avec eux dans le but de venger les leurs. Enguerrand est furax, Aryon a un regard amer vers le magicien, Aragnel raconte aux jeunes qu’il a sympathisé avec des nains tandis que Ténaris le regarde en hallucinant. Ensuite, on me demande si je sais où est Senoj. Bah non. Certains se mettent en tête de le trouver.

Enguerrand me dit de réveiller le régisseur. Le vieux se fait pas prier, il a compris que le vent a changé de sens au château. Messire lui désigne sur une carte l’emplacement de la grotte a tête de lion, lui demande de vérifier si ce truc appartient à quelqu’un ou si ça rentre dans la juridiction de Kormul. Je fais signe au régisseur de sortir avant qu’il lui réponde deux fois « non ». C’est pas trop le moment, je crois. Va savoir pourquoi il veut ce gros bout de caillou mal fréquenté. J’ai ma réponse un peu après. Il me dit de voir si les nains se sont arretés à Kormul et que si c’est le cas, que je fasse en sorte qu’on leur serve de la pisse.

« Vraiment ?
- Vraiment. Mélangé avec du poison, même. Non, du venin de serpent, ce serait plus indiqué » dit-il avec un mauvais sourire.

Enguerrand souffle avant de reprendre.

« …Mais non, laisses tomber. Ce n’est pas très sérieux, d’ailleurs. D’autant qu’on a encore besoin d’eux. Je dois juste revoir ma copie : la diplomatie conventionnelle ne convient pas avec des enclumes…»

Messire a retrouvé son calme, mais ça ne l’empêche de gueuler dans le couloir pour qu’on lui apporte à boire. Merde, c’est la petite blonde qui apporte vin et verres sur un plateau. Il la regarde un moment, lui dit de poser tout et l’observe pendant qu’elle ressort en regardant par terre.

"Vous pensez quoi de Chaka ?" me demande-t’il pour la première fois depuis qu’on a ramassé ce type en haillon dans un forêt pleine de morts-vivants.
- "Bah… Je le trouve louche. Pas le genre de type à qui je ferais confiance.
- Vous avez raison… On va faire ça : ne changeons rien.
- Euh… J’ai pas compris.
- C’est pas grave, dit-il en se servant un verre. Notez que la confiance, c’est souvent une question d’apparence. Regardez-vous, bien vêtu, propre sur vous, à peu près coiffé, une épée à la ceinture dans un fourreau ouvragé, vous inspirez confiance. Rien à voir avec l’homme que j’ai rencontré, vous comprenez ? »

Je hoche la tête. C’est vrai que j’en jette.

"Vous pouvez continuer à ne pas faire confiance à Chaka. Par contre, ne le bousculez plus. Au contraire, mettez-vous à son service si nécessaire sans omettre de m’en parler..."

Il sirote en me regardant.

« Pas besoin que je vous serve un verre. Il me semble que vous avez pris vos aises pendant mon absence. »

Merde, grillé… Je fais quoi là ? En fait, il me sourit avant de conclure :

« Passez une bonne soirée. »

Je rejoins les gars dehors, on parle d’aller boire un verre. Enguerrand passe devant nous en nous regardant aimablement. Un des gars se sent obligé de le remercier pour sa générosité, rapport à la petite part redistribuée du trésor du mort-vivant. Messire lui répond qu’ « il est juste d’obtenir ce que l’on mérite ».
Tu parles, il en a rien à foutre de ta gueule. Te faire croire que t’est important c’est surtout pour que le moment venu, tu fasses sans discuter ce qu’il attend de toi.

Messire rejoins son frère dans la grande salle et fermes la porte. Ah, les secrets de famille, ca finit toujours par sortir…

Quand je reviens de la tournée des tavernes avec un jeune troufion sur le dos, je vois Aryon, Aragnel et Ténaris discuter ensemble de Chaka qui aurait vu un frère à lui, un mec de l’ombre -tu m’étonnes-. Y causent du Grand Dragon, d’une épée en morceaux et de tas d’autres trucs compliqués.

Au petit matin, messire est dans son bureau avec le sorcier. Y’a plein de parchemins sur la table.

Dans la journée, nous partons vers Lhesper. Dans les bagages, une caisse de vin du domaine et des documents notariaux.

En chemin Enguerrand me demandes :

« Klaus. Vous vous rappelez le tournoi dans notre ambassade… Avez-vous eu l’impression que Théodore ait laissé gagner Oberyn Martell en finale?
- Hum… C’est vrai que je l’ai trouvé un peu mou du bide. Maintenant, l’autre est vraiment bon, pas sur qu’il ait eu besoin que vot’ frère y aille mollo. C’est important ?
- Pas tant que ça. Ce qui est important, c’est qu’en tant qu’argentier des Shielheart, il me revient de régler les dettes de ma famille. »

Lhesper. Ses palais, ses temples, sa foule… sa population placée sous la protection de l’Empereur et du Culte d’Ashardalon.
A force qu’ils causent sans faire attention à moi, j’ai fini par comprendre que la capitale était menacée par une armée de gnolls et d’autres saloperies. Chacun sa merde. Ce genre de truc provoquera de profonds changements, certains vont tout perdre, les plus malins se rempliront les poches mais ce sera facile pour personne. Mon petit doigt me dit qu’on sera dans les parages.

Les jactances de messire et ses compagnons débouchent sur deux-trois pistes à vérifier.

J’escorte Enguerrand et le prêtre au cimetière. Ils causent avec le grand fossoyeur de Jergal qui leur apprend que le corps du gars Monroe a été pris dans son cercueil, mutilé et mangé par un taré, lequel a déjà été tué dans un procès vite expédié. Sympa. Fais pas bon finir en cadavre quand on rencontre mon employeur et ses amis…

Ensuite, c’est l’heure des courses. Je vais voir le vieil alchimiste qui bricole en secret dans son coin. Aussi règlementé que soit une ville, y’a toujours des gars qui se débrouillent de vivre par l’illicite.

Le vieux me reconnaît, il dit qu’il vient de terminer la commande spéciale, qu’il a fallu du temps pour regrouper des ingrédients rares qu’il fait venir de loin mélangé avec du crin de pur sang, des herbes introuvables,... Hé, je m’en fous, moi, de la précision !
Son paiement -une bourse bien pleine- est sur le comptoir. Il la tire vers lui mais je la lâche pas. J’y demande des preuves qu’il me refile pas de la merde, sinon je serais obligé de sévir. Le vieux déglutit, se ressaisit et me balances un regard de triomphe. Il se relève en me disant qu’il en a bu y’a plus d’une demi-heure. Bordel, ses fringues de vieux schnok ne cache pas qu’il bande comme un taureau !

Je lui rappelle que messire veut le monopole des prochaines fabrications et qu’il a intérêt à fermer sa gueule sur sa création.

Je rejoins Enguerrand peu après, lui rapportes les bons résultats et lui montre le contenu de ma sacoche. Il prend une des fioles et la glisse dans une poche intérieure de son gilet.

« Quoi ?
- Non, rien, messire.
- Ca va, c’est pour un... ami.
- Bien sur…
- Evidement. Attendez-moi là. »

Une pochette de documents à la main, le fils Shieldheart rentre en souriant dans le bâtiment près de nous. La plaque à droite de l’entrée indique « Ministère de la Justice ».

Quand il sort une demi-heure après, il lâche qu’il y’a plus qu’à attendre. Il me dit de faire fructifier le temps que je passe dans les tavernes, histoire de voir ce qu’on dit d'un certain inspecteur Morse, qui s’est occupé de l’enquête du profanateur de tombes. Est-il corruptible, tout ça…

Arrivé à l’ambassade Shieldheart, j’enferme les autres fioles.

De son coté, Aryon Martell a retrouvé la petite fille de sa vision. Malheureusement, il a pas l’air plus avancé. La journée n’est pas finie : ce soir, j’escorte à nouveau messire et le frère Aragnel au cimetière.

Ils ont un rendez-vous secret avec l’Ordre d’Ibis, des mecs qu’on rien d’autre à foutre que de chopper ceux qui sont pas mourus quand y z’aurait du. Et si j’ai bien compris, aussi ceux qui ont en fait mourir d’autres trop tôt. Putain, je dois être bien placé dans leur liste…

Je me pèle dehors, je fais des bons à chaque fois que j’entends un bruit. J’ai l’impression que les statues, corbeaux et chats noirs se foutent de ma gueule.

C’est bien payé mais quand même…

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