Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Partie 1 - Une nature sauvage

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Partie 1 - Une nature sauvage

Message  le moine noir le Dim 8 Juil - 15:56

Récit d’Arion Martell dit Larmegrise

A l'est, le soleil se lève. Enfin, il inonde mon visage, timidement d'abord, rose, orangé, perçant les ténèbres, faisant reculer l'ombre, éclatant de triomphe, de gloire. Lathender, mon seigneur béni soit le jour.
Ici, près de ce campement, isolé, je me plie à cette vielle tradition, emplir les archives familiales, de mots que sans doute, personne ne lira... Mais cette tradition familiale, centenaire, maintenant, je me dois de l'accomplir. Mes yeux se posent sur la forme ficelée de cet ami de Ténarys qui a faillit tuer hier, bien malgré lui à ce que j'ai compris, mais en ce jour, je ne m'attarderais pas sur cela, non, ce jour est spécial, le passé a hanté mes nuits, des fantômes sont revenus planer sur mes songes... Je pourrais dire que cela a commencé comme cela...

Un lieu, plus paisible, plus joyeux, dans la cité des troubadours, des artistes et des poètes fut ma demeure, j'y ai grandi, entouré de fontaines, de tours s'élançant à la conquête du ciel, avant, il n'y avait pas ce fracas. J'étais jeune alors, un enfant, déjà grand, formé, déformé à combattre, à défendre l'honneur des Martels, fils cadet de la famille, cherchant dans le regard de père, un soutien, un amour que jamais je ne trouverai. Je pourrai écrire, des jours durant, sur ces moments, où dès le point de l'aube, je rejoignait Arken, le maître d'arme, pour gouter à la souffrance du maniement des armes. De l'aube au soir, accumulant fractures, bosses, plaies, ecchymoses, devant le regard aterré de ma poétesse de mère, tendre, fine, fragile. Epées, haches, marteaux, boucliers, lances, harnois... Milles gestes répétés un million de fois chacun, des milliers de chutes, des milliers de remontrances, pour parfois éviter une remarque acerbe sur mon manque d'agilité.
Mais quel intérêt ? Il suffit de regarder une place d'arme pour deviner ce quotidien...
Je pourrais conter aussi mes dégoûts de la "justice" expéditive délivré en notre nom, les tortures, les cris des écartelés faisant un étrange écho à la douce mélodie des flutes et des chants flottant dans le palais.
Mais quel intérêt ? Il suffit de se joindre à la horde le jour d'une execution.

Non, ce jour lointain auquel je pense fut spécial, il reste entouré d'une horreur indicible en mon âme. Et pourtant, il n'avait pas si mal commencé: une belle avait attiré mon regard, mon titre, mes yeux, ma vaillance peut-être avait attiré son corps. Je m'éveillais dans le nid douillet de ses bras, lové au creux de cette paillasse qui en ce temps là me servait de couche. Ses cheveux, aussi brun que les miens sont blonds, couvrait ses épaules, dansaient sur mon torse, ses vallons et collines ravissaient mes mains naïves, sa respiration, douce, tintait comme une poésie dans mes oreilles, sa chaleur éveillait la mienne. Endormant mes sens, ma vigilance. Un instant, posé au milieu de l'éternité, un instant qui danse et s'étire en une durée incommensurable...

Pour finir fracassé par la fureur démesurée de père, et ce sang, rouge, tiède bouillonnant sur nos corps dénudés. Cette vie, douce, tendre, s'effaçant dans un cri qui s'étouffe en lui-même, dans ce torrent d'horreur, d'odeur... Répandu sur mon corps, dans mon esprit, souillant mon âme. Me laissant paralysé de terreur, tout mes reflexes oubliés, me laissant, glacé de larmes et d'une haine profonde... Oh Lathender, lumière de toute chose, fallait-il vraiment en passer par là? Je ne ressenti pas les coups, je sais qu'il criait, m'admonestait, mais je n'entendais rien. J'entendais ce cri presque silencieux, ce râle d'une vie, jeune, prometteuse, belle d'avenir, qui s'effaçait, et se répétait à l'infini, encore, et encore... La douleur physique n'était rien, je faisais face, pour la première fois au fait d'être adulte, c'est-à-dire, parfois, impuissant. Mon oeil ne voyait plus, couvert d'un brouillard rouge, sang. Ma main posée sur ces collines, les sentait refroidir, je ressenti soudain à la fois une douleur aigüe, déchirante, courir le long de ma joue, et l'acier glacé de l'épée qui avait tuée cette beauté.

Néant... Vide... Rage...
Et les réflexes qui remontent en moi, n'était-ce point le but père ? Faire de moi le bras armé de la maison, pour la défendre ? Ces gestes répétés un million de fois explosèrent à la surface, j'étais loin de mon centre, loin de mon équilibre, et comme dans un rêve, je me souviens...
Ce coups de taille, paré en catastrophe en me levant, ce coups d'estoc que j'esquive d'un entrechat, et mes coups qui se mettent à pleuvoir, l'acier qui étincelle, qui s'entrechoque... Père, l'aviez-vous mérité ? Aviez-vous prévu cet estoc soudain ? Qu'avez-vous ressenti lorsque la lame vous transperçait, faisant gicler votre sang, autour de nous, sur moi... Sur moi! Votre regard, hébété, surpris, comme si je n'étais qu'un enfant. Mais l'enfant savait, avait appris. Il vous a tué cet enfant, comme vous avez tué mon innocence en ce jour funeste. J'ai pleuré. Une larme a glissé de long de ma joue gauche, là où mon visage, encore, était indemne. La larme a roulée, innocence envolée, tombant sur votre visage, père. Et là, elle s'est solidifiée, laissant une perle, grise, qui m'a valu l'un de mes surnoms: Larmegrise.

Le reste... Il n'y a rien à raconter, j'ai fuit, terrifié par ce qu'il venait de se passer, honteux, d'être un parricide, mais quelque part justice avait été faite. Elle avait juste partagé ma couche.
Ensuite, plus tard, beaucoup plus tard, j'ai été accueilli au temple, Lathender, était-ce vraiment nécessaire ? J'ai rejoint l'ordre des croisés, des porteurs de lumière pour que jamais, oh non, jamais, une femme sous mon toit ne meure de passions.
Pourtant, récemment, j'ai de nouveau échoué...

Récit d’Arion Martell dit Larmegrise

Pas un brin d'air, juste le crépitement des flammes et moi. Le feu découpe sur les murs des ombres fantomatiques, un feuillage délirant qui se projette sur le gris des pierres, un feuillage qui semble absorber la lumière, quel arbre étrange.
Cela fait quelques heures maintenant que j'ai laissé mes compagnons en proie à une discussion où mes arguments n'ont aucun poids, j'ai bien senti que la nécessité d'avoir des informations prenait le pas sur la justice. Ils disent que faire parler un mort ne dérange que le corps, que l'âme n'est pas rappelé... Je dois bien faire confiance à Aragnel je suppose. Et pourtant, quelque part au fond de mon coeur quelque chose me dit que ce n'est pas le chemin... Plutôt que de continuer dans un débat stérile où j'ai bien compris que ma morale ne serait ni écoutée à sa juste valeur ni respectée, j'ai préféré m'éloigner. Une fuite peut-être, le temps de réorganiser ma pensée aussi. Et de me plonger en moi-même, de faire le tri dans ce qu'il s'est passé ces derniers jours, une dizaine de jours seulement...
Je raconterai peut-être, plus tard, cette nuit funeste qui a vu la disparition de mon éphémère belle-soeur, mais la douleur est trop vive ce jour, je n'en ai pas envie. La chasse à l'homme qui a conduit à la mort de Raigner d'Abancourt n'a que peu d'intérêt, dans la mesure où j'ai suivi une piste morte. Mais quelqu'un devait être sûr qu'il ne s'enfuit pas. Bref, peu après ce peu glorieux épisode qui a vu la mort de ce faquin, nous sommes rentrés à Lhesper, puis après les quelques jours de veille, où j'ai tenté d'apporter autant de soutien que possible à celui qui devient mon ami, Enguerand, nous avons décidé de nous rendre au sud. Vers la forêt où un Hiérophante était censé nous accueillir et éventuellement nous mettre au contact de Dyd, druidesse de l'enclave d'émeraude.
La chevauchée fut courte et calme. Nous avons vu apparaitre pied à pied ce mur vert, cette immense forêt qui recouvre le sud du Shaar. Comment décrire cette splendeur? Ces arbres millénaires dont je suis incapable d'embrasser le tronc? Ces différentes teintes de verts qui luisent au soleil ? Ces milliers de fleurs multicolores couvrant le sol ? Tout cela m'a époustouflé...
La hutte dans laquelle nous avons trouvé le druide ne mérite pas qu'on s'y attarde. Là, Chaka a encore fait preuve de sa capacité d'écoute en racontant l'ensemble des évènements à celui-ci... Et c'est arrivé.
Le mur qui explose, le druide déchiqueté par cet... animal ? Une panthère, oui, mais de trois mètres cinquante. Des canines comme mon avant-bras, une robe noire comme la nuit, et d'étranges rayures rougeâtre suintant le mal.
A peine avons-nous le temps de sortir nos armes que Chaka est déjà à terre, ensanglanté, des bulles de sang au coin de la bouche, la respiration haché. Pas le choix, je me précipite vers lui et en appelle à Lathander, sa Lumière couvre mon compagnon, parant au plus pressé, les blessures les plus profondes se referment... Dans le même temps, malgré un coup d'épée bien placé, Tenarys se retrouve dans les crocs de la bète, qui joue avec lui comme un chat avec sa souris avant de le rejeter désarticulé comme un marionnette. Il se retrouve à terre, dans une marre de sang: il n'a rien pu faire. Je dois prendre une décision, soit je tente de lui porter secours, au risque de laisser Enguerand en mauvaise posture, soit nous tentons de nous débarrasser de ce monstre rapidement.
Je me jette sur la bète épée au clair et je porte un coups d'épée consacré par la Lumière qui semble toucher un point vital. Je me retrouve éclaboussé du sang de la créature des pied à la tête pendant qu'Enguerand profite d'une ouverture pour porter un coups vicieux. Le suppôt du mal s'en prend alors à moi, je sens sa machoire se fermer sur moi comme un étau, respiration coupé je lâche mon épée et tente de planter ma dague dans l'oeil de la panthère. Mais sa peau est trop dure, protégée par quelque maléfice. C'est Enguerand qui finalement en aura raison.
Je décide de couper la tête de la créature avant de porter secours à Tenarys qui agonise. Heureusement, les blessures de l'animal commençait déjà à se refermer.

Plus tard, Chaka nous apprendra qu'il s'agit d'un animal consacré par Mallar, un dieu maléfique de la nature. Nous découvrirons surtout que le druide était mort bien avant que nous arrivions, et qu'il avait été remplacé par un changeforme. Nous sommes passé à côté de la catastrophe...

Quelques heures après, nous rejoignons une ville où Tenarys a rendez-vous avec celui qu'il considère comme son frêre de sang Talbuyg. Qui sous le coups d'un enchantement nous donnera pas mal de fil à retordre... Mais c'est une autre histoire.

Récit de Ténaris Manteaulion

Le soleil pontait déjà fort vers l'ouest dardant une lumière aux couleurs chaudes sur les toits des dernières maisons et fermettes éparses encerclant Shanagate.

Rare étaient ceux, si proche des heures de la nuit, quittant l'ombre protectrice des hauts murs de la citée. Trop de dangers se trouvaient ici pouvant vous happer et vous faucher dans l'ignorance la plus totale.
Bandits et monstres n’attendaient que leur heure, celle de la nuit où Shar la sombre déesse règne, pour sortir de leurs antres et refuges pour se déverser tel un fléau à l’affût de nouvelles victimes.

Deux silhouettes montées se détachaient dans les dernières lueurs de la journée, leurs ombres tremblotantes jouant un drôle de théâtre sur la route rocailleuse quittant la citée.

En tête se trouvait Tatbuyug et chevauchant à une encoudée derrière lui, Ténaris. Aucun lien de subordination réel n'existait entre les deux hommes outre le respect mutuel qu'ils partageaient. Chacun laissant à l'autre le champ libre pour exercer ses compétences à bon escient.

Pourtant ils auraient pu.

Tatbuyug, le survivant, vainqueur de nombreuses batailles et escarmouches, guerrier reconnu des siens qui par sa maitrise des armes auraient pu faire plier plus d'un homme à sa volonté.
D'un autre, Ténaris, fils d'un chef de guerre craint des siens et de ses ennemis, promut à une grand avenir parmi les siens, élevé et éduqué pour diriger.
Pourtant l'un et l'autre n'essayèrent jamais de faire plier l'autre devant ses avantages.

Peut être au déplaisir de certains.

Bien souvent Ténaris s'était laissé à penser qu'il n'avait pas l'étoffe pour devenir le chef incontesté que ses pères voyaient en lui. Non par faiblesse ou couardise, mais Ténaris savait au fond de lui que les dieux lui avaient choisi un destin tout autre. Plus d'une fois il avait cru lire au fond des yeux de son aîné, Tatbuyug, un éclair de déception comme s'il attendait quelque chose de plus de lui.

Et Ténaris savait exactement quoi.

Qu'il s'affirme face à lui, lui imposant ses idées et sa vision du monde dans une diatribe enflammée se libérant des fers de son enfance pour rentrer dans le monde des hommes. Indubitablement il s'en serait déroulé un combat entre les deux guerriers, au premier comme au dernier sang, car ce genre de leçon ne s'apprend que de cette façon. Tatbuyug se serait lancé dans la bataille avec toute la fureur du lion, cherchant la victoire mais espérant la défaite. Car sa défaite aurait été sa plus grande victoire celle de la naissance d'un nouveau chef d'une envergure supérieur au précédent, le jeune lion chassant le vieux mâle affaiblit, lui indiquant que l'avenir de la tribu serait sauvegardé pour une génération de plus.
Au combien Ténaris avait vu cette lueur dans le regard de Tatbuyug. Mais il ne s'étaient jamais résolu à cela. Il savait leur compétence martiale quasi égale, bien que le vieux guerrier le dépassait encore un peu, l'expérience de l'âge assurément mais seule son ingéniosité aurait pu le sauver dans un combat à mort contre Ténaris. Car lui avait reçu non seulement l'enseignement des chamans de la tribu, lui offrant le pouvoir du monde des esprits mais qui plus est Nobanion, le Seigneur Rugissant, lui avait fait la grâce de lui apporter son soutien. Mais comme à son habitude, Ténaris n'auraient pu se résoudre à faire appel à cette force cachée pour venir à bout du vieux guerrier. Les armes seules devraient parler.
Honneur de gagner par les armes ou folie de combattre amputer d'une part de soi. Car une des premières leçon que nous apprend le Shaar est qu'il ne nous fera jamais de cadeau, lui n'hésitera jamais à lancer toute sa sauvagerie contre vous. Alors pourquoi retenir ses coups ?

Il ne pourrait jamais contenter tout le monde. Là était son point faible. Il aimait les hommes, il voulait les voir libre et heureux. Il savait que la liberté s'arrache par les armes, mais il voulait continuer à croire à la bonté de chacun. Il savait pourtant d'ors et déjà qu'il serait déçu.

Le monde autour de lui avait changé. Son monde. Mais depuis quand ? Depuis son arrivée dans les citées de l'empire, depuis sa rencontre avec ses nouveaux compagnons et les révélations de ce mage farfelu.

Il comprenait la vision du mage, tant soit peu que son histoire de voyage dans le temps soit vrai, mais il ne pouvait se résoudre à penser comme lui. Des évènements terribles se profilaient dans un avenir proche, des hommes de bien seraient amenés à proférer des actes cruels et immoraux pour sauvegarder leur futur.

Ténaris devra lui aussi s'y plier. Lutter contre le feu par le feu. Utiliser les armes de nos ennemis contre eux. Par le passé de nombreuses guerres contre le Mal ont été gagné ainsi, des guerriers saints faisant plier leur ennemis mais y perdant assurément une partie de leur âme.

Sortant de sa rêverie passagère, Ténaris réaffirma sa prise sur ses rênes.

« Tu penses trop, mon bon Ténaris. Tes rêves ne sauveront personne. Il est temps d'agir et de devenir un homme. »

Ténaris stoppa sa monture quelques instants à peine après leur sortie de Shanagate. Guidant de ses genoux sa monture jusqu'au prêt de Tatbuyug surpris et énervé, lui aussi ayant marqué l'arrêt.

« Ne pas le tuer... ne pas le tuer...

Je te souhaite d'avoir raison mage car ta vie en dépend.

Nobanion guide mon poing »

Sautant de sa monture, Ténaris se jeta sur Tatbuyug...

Discussion entre personnages

Juste après le combat contre Tatbuyug, possédé, dans les plaines et une fois le redoutable guerrier mis hors d'état de nuire.

Chaka (prenant les autres à part) : bon, ne lâchons rien d'important devant Tatbuyug, celui qui le contrôle en serait immédiatement averti via ses sens. Assommons-le à intervalles réguliers pour avoir la paix. Aragnel le soignera une fois que nous l'auront rejoint à Kormul. Je retenterai de dissiper le charme dès que j'en aurai l'occasion, en espérant qu'il ne s'agit pas d'un charme plus puissant... (pensif) D'un autre coté... nous pourrions aussi laisser Tatbuyug conscient de temps à autre afin qu'il entende des informations erronées, prononcées sur un ton grave, histoire de tromper l'ennemi...

Bien plus tard, à l'abri des oreilles indiscrètes, répondant à Enguerrand sur les options :

Chaka : Je dirais qu'il est primordial de continuer à étudier les visions d'Aryon et la garde de l'épée : le sens des fameuses inscriptions gravées, les propriétés magiques, le rôle de la relique si, comme je le pense, il s'agit bien d'une relique dotée d'un alignement, d'une conscience, d'une mission... Il semble qu'elle ait envie qu'on comprenne à quoi elle sert. Mais pourquoi diable s'adresse-t-elle à Aryon uniquement par énigmes ?

Chaka : Bien entendu, il ne faudrait pas oublier Monroe, de l'ordre de l'Ibis. C'est l'une des rares personnes à s'être spontanément présentée à nous. Fait qui mérite d'être souligné. Monroe ne nous a pas tout révélé sur ce qu'il savait, sur ses propres conclusions. Interroger son cadavre me semble une priorité, malgré les risques. Cela signifie trouver un moyen ingénieux de tromper la vigilance des prêtres de Jergal le temps de déterrer le corps et d'accomplir le rituel. Un défi à la hauteur des talents d'Enguerrand...

Enguerrand, hilare : "M'envoyer en prison, c'est devenu une obsession?" avant de reprendre "D'accord, je vais étudier ça. J'ai deja eu l'occasion de converser avec le croque-mort... Il n'y a pas a redire, je sais m'entourer."

Enguerrand, qui avait manqué de périr et trouvait la force de plaisanter, regardait avec attention Tenaris qui semblait en proie a des démons intérieurs avant d'être rappelé à la douloureuse réalité des blessures subies. Grimaçant, son état ne permettait plus de cacher a ses compagnons la cotte de mailles a l'etonnante finesse sous son gilet soyeux.

Récit d’Enguerrand Shieldheart

Le cas de Tatbuyug est préoccupant. Aragnel nous a rejoint et il faudra plusieurs efforts conjoints des jeteurs de sorts pour dissiper provisoirement, à ce que j'ai compris, le contrôle que subis le vétéran des steppes. Plus troublant encore, sa nature profonde aurait changé... Les convictions -désuètes- des gens des plaines, à savoir le libre arbitre, le partage communautaire et autres inepties égalitaires avaient cédés la place dans son esprit à une vision sombre et un dédain manifeste de son prochain. Rien à voir avec le détachement édifiant du mage noir, dont la maladresse peut être imputable a des périples inconcevables le plaçant à la limite de la folie... Non, quelque chose de vraiment malsain. Le genre qui suffirait à le designer ennemi du bras armé de Lathander, mon cousin par alliance, Aryon Martell.
Notre maigre assemblée soudée par le poids de nos responsabilités vis à vis du royaume et du peuple ne peut souffrir le départ de Tenaris, qui brûle d'élucider ce qui se trame chez les siens. Aragnel parviendra à convaincre le grand prêtre local de Chauntéa d'entendre nos requêtes et notre besoin d'aide pour âme de Tatbuyug. A l'écart de Channathgate, dans une clairière paisible, les efforts conjugués des fervents adorateurs de Chauntea, Lathander et via représenté par Tenaris, finissent après des psaumes interminables par ramener le guerrier des plaines a ses prédispositions morales précédentes. Dommage qu'ils n'aient rien fait pour son caractère de vieux teigneux...

"...car il n'est pas vrai que les années produisent des sages, elles ne produisent que des vieillards." (Henry Fonda dans la lettre faussement posthume / Mon nom est Personne)

La tribu du Lion n'échappe pas aux malversations. Tatbuyug, désormais maitre de lui-même, nous décrit un Stilicon méconnaissable. Bien qu'étant un personnage influent, le père de Tenaris exige un rassemblement massif des clans sous ses ordres, ce qui est contraire aux usages de ce peuple...

Sûrs de l'intégrité du prêtre de Chauntea dont nous voyons les bonnes œuvres et qui nous a cédé à un prix dérisoire une baguette magique de soin, nous partageons avec lui le décès du hiérophante, ce qui le choque réellement. Ce prêtre ayant quelques connexions avec l'Enclave d'Emeraude, nous décidons de lui révéler une partie de ce que nous savons.
Une chance pour lui que Chaka soit déjà parti, sinon je suis certain que le moine noir l'aurait passé sur le grill sans relâche. Il semble que nous tenons là notre premier allié de marque. Il rapportera à l'Enclave notre souhait de les entretenir et nous tiendra informé via les moyens magiques de communication distante. Tenaris l'informe a regret du risque qu'il encoure désormais d'être dans la confidence, ce qui entraine quelques échanges en privé avec Aryon qui déplore que le prêtre soit déjà devant le fait accompli quand on l'informe du péril. Au risque de le décevoir, j'objecte sans tact au chevalier qu'en tant que prêtre investi de responsabilités, c'eu été perte de temps que de lui demander s'il était près à risquer sa propre vie pour protéger ses ouailles. Même si je suis convaincu qu'être obligeant n'est jamais inutile pour mettre ses interlocuteurs en avance, mon intervention est dans le but qu'Aryon n'est pas d'accrochage déontologique avec le fils de Stilicon. Le moment est peu opportun car celui-ci, même déboussolé par les troubles que traverse sa tribu, n'en est pas moins d'un idéalisme parfois inflexible. Ces deux là sont plus semblables qu'ils le pensent : l'un met juste plus de forme que l'autre mais ils ne sont pas moins intimement convaincu de leur perception de ce qui est juste.
Pendant qu'Aragnel prend le relais pour promouvoir la concorde universelle -sic-, j'enjoins le prêtre de Chauntea à ne pas rapporter ce qu'il vient d'apprendre au ministre des cultes ou autres notables influents. Mes compagnons relaient cette nécessité d'être extrêmement prudent. Nos arguments, que ce soit la présence de change-formes et la conviction d'une ou plusieurs éminences grises tapies dans l'ombre portent leurs fruits. Heureusement, un prêtre de son rang semble capable de discerner le vrai du faux...

Tatbuyug va retourner dans les steppes pour s'opposer, à sa façon, aux manœuvres de Stilicon, si tant est que celui-ci est toujours lui-même. C'est un déchirement pour Tenaris de ne pas accompagner le guerrier mais nous devons continuer nos actions, creuser chaque piste. De son coté, un homme de la trempe de Tatbuyug ne semble pas du genre à se faire piéger deux fois. Son aura parmi ce peuple devrait lui permettre d'être entendu, de trouver des appuis. Nous assurons Tenaris de l'accompagner des que possible parmi les siens.
Moins prompt à faire des promesses que mes camarades, j'espère que Tatbuyug saura rétablir l'ordre dans les tribus sans notre concours... Si ça devait dégénérer, je ne donne pas cher de ma peau, loin de la civilisation.

Notre objectif prochain est celui de nous rapprocher des nains, en s’en faisant d’abord apprécié en leur rendant un fier service. Mais cela devra attendre. Nous arrivons à Kormul, où sans le savoir, un évènement innommable a eu lieu. La population me reconnaît et semble effaré en me regardant. Pourtant habitué à décrypter les expressions de mes contemporains, lire autant de doutes, de mélange d’effroi et de peine dans ces regards me laisse sans voix.
Alors j’envisage le pire. Je dis à mes compagnons que voilà le moment où je tombe dans le piège, imaginant une omerta pseudo légale contre moi pour meurtre. La justice n’est pas de ce monde et des personnes hauts placés peuvent très bien fabriquer de bonnes raisons de faire tomber quelqu’un.
Nous voilà dans l’enceinte de notre château. Aucun représentant du ministre de la justice… Ce n’est donc pas de moi dont il s’agit.
Alors, que s’est-il passé ?

J’intercepte un garde mais cet idiot bégaie. Les regards confus de nos gens convergent vers les appartements. Je presse le pas et découvre dans la grande salle mon père assis dans son large fauteuil, au bout de la table. Il se tient la tête entre les mains. Devant lui, un drap recouvre ce qui est vraisemblablement un corps de petite taille. Par terre, son épée, celle qu’il n’a pourtant pas tiré du fourreau depuis bien longtemps, taché d’un rouge carmin et de lambeaux de chair putride.
Je m’approche, soulève le drap et découvre l’impensable : le corps d’Agathe figé dans une posture crispée et à coté, sa tête, dans une expression effrayante et grimaçante, lèvres retroussées et yeux révulsés.
Derrière moi, Chaka ne dit mot mais les traits de son visage hermétique révèle sa complète surprise, à l’instar des mes autres compagnons. Aryon pose sa main sur mon épaule. Un voile sombre passe sur le visage de Ténaris qui rejoint la porte après avoir fait un signe de tête à mes autres compagnons. Aragnel sort le dernier après avoir dit « Nous sommes à vos cotés ».

Secouant Barathéon, j’apprend ce qui c’est passé : descendu à la crypte se recueillir devant le corps d’Agathe, celle-ci s’est levée et l’a attaquée. Obligé de défendre sa vie face à une créature qui n’était plus sa fille et qui refusait de lâcher prise, il fut contraint de lui couper la tête.
Je regarde à nouveau le corps. Non, ce n’est plus ma sœur. Agathe a les doigts délicats, les mains douces et les poignets fins. Ces mains-là sont figées dans une position rappelant des serres si ce n’est des doigts recroquevillés dans le mauvais sens et ces ongles blancs sont désormais bruns et cassés pour certains.
Le mal est fait.
Mon père est livide comme si il avait « vraiment » tué Agathe. Quelle ironie, moi qui avais imaginé que tôt ou tard, j’aurais l’occasion de le placer face à ses responsabilités pour avoir jeté ma sœur dans les bras d’Obéryn, sinistrement surnommé la Vipère. Pas que j’envisageais tirer quelconque satisfaction à le malmener… bien que soit somme toute le mode d’éducation qu’il m’a transmis. En l’état, ce ne sera plus nécessaire.
Je sors, laissant mon père seul avec ses doutes et retrouve dehors mes compagnons. J’envois Aragnel vers Barathéon qui le trouvera sûrement plus digne d’épancher sa détresse. Aryon dont les yeux sont rouges de peine mais aussi de colère contre cette ignominie du malin me regarde avec empathie. Ténaris me dit que je devrais passer du temps avec mon père et que nos devoirs divers attendrons le temps qu’il faut. Chaka interroge le personnel.
J’affiche une expression hermétique. Un tour d’horizon me rappelle le désordre ambiant. Moi présent, cela n’est pas acceptable. Je somme les servantes de se remettre aux travails, les palefreniers d’emmener nos montures et d’en prendre soin et fais venir le maitre d’armes et le vieil intendant. Je les juge responsable de la trainée de poudre qui se répand dans la ville et les somme de dédire les ragots qui enflent. La vérité…
« Notez ! La vérité est que les soldats se seront trompés. Ce n’est pas Agathe qui s’est relevé d’entre les morts. C’est… C’est une créature impie qui était venue voler la dépouille de la jeune sainte, dont la bonté d’âme et la compassion sont une bénédiction pour Kormul, même par delà la mort. Ce monstre était tapi dans l’ombre et n’avait jamais digéré d’avoir été mis en fuite par notre auguste ancêtre, Bron Shieldheart dit Le Purificateur. Notre bon sire a défait en combat singulier la créature et sépara la tête de son corps. Est-ce bien clair ?»
Sans perdre davantage de temps, cette version sort rapidement de l’enceinte de notre château pour être relayé dans les tavernes et les lavandières. Plus fantasque est un récit, plus les hommes veulent le tenir pour vrai, comme si cela amenait de la féérie dans leurs vies étriquées.

Je fais envoyer un message à Théodore pour qu’il rentre d’urgence de Lhesper où il était retourné représenter les Shieldheart quelques jours car demeurer présent à la Cour est nécessaire, son union programmée avec Hamat Maerildarraine ne doit pas faire l’objet de doutes et de commérages.

Nos investigations n’apportent pas grand chose. Celui ou ceux qui sont derrière ce maléfice ont des moyens conséquents pour s’être glissé dans la crypte pour atteindre Agathe, à moins que cela ait été « programmé » au moment de sa mort. Je souhaite que cette seconde hypothèse ne soit pas avérée car cela signifierait que nous avons affaire à bien plus intelligent que nous. Nous devons redoubler de prudence, péché d’orgueil pourrait nous être fatal.

Un peu plus tard, le château a retrouvé son rythme même si il aura fallu menacer de licenciement quelques servantes pleurnicheuses. Il n’y a guère que de mes compagnons que j’accepte des élans de compassion. Peut-être pensent-ils que je me drape d’illusion dans mon rang et mes fonctions au lieu de réfouler l’émotion suscitée par cet outrage. Oui, j’ai peur mais personne n’en saura rien. Comme le disait Aryon à Ténaris lors de leur échange houleux d’il y’a quelques jours, les nobles prennent les décisions car le peuple en est incapable. Le devoir d’un dirigeant, qu’il soit chef de guerre devant ses soldats, prêtre devant ses ouailles ou berger conduisant ses moutons est de demeurer debout qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve.

Je ne pourrais pas m’attarder au château car nous devons continuer de nous mobiliser et tout faire pour empêcher la catastrophe annoncée pour Lhesper et ses funestes conséquences pour le royaume. Je rejoins donc mon père pour le remettre dans son rôle de chef au plus vite. Aragnel me voyant arrivé me cède la place et en me croisant s’abstient de me servir quelques mots. Que pourrais-t’il me dire, d’ailleurs ? De « voir la Lumière par delà les Ténèbres » ? Regardant mon père, pathétique en cet instant, le seul précepte religieux qui me vient en tête et dont je ne sais plus s’il revient à Lathander ou Chauntéa est que « l’on récolte ce qu’on a semé ». Ces mots me viennent mais je ne les prononce pas.

Une fois la porte close, à l’abri des regards, je m’assois près de lui posant ma main sur la sienne sans vraiment savoir pourquoi. Un peu plus tard, je sens la chaleur de son étreinte.
« Chhhhh… Je suis là. », dis-je à voix basse.
Là. Pour quelle obscure raison d’ailleurs sommes nous toujours là? Hélène et Agathe devraient être vivantes et lui et moi devrions être morts. Ignorant sa barbe humide contre ma joue, je regarde les fauteuils vides.
Je revois ma mère, calme et douce. Je revois ma sœur, innocente et réveuse.

Me tenant ensuite près de lui, je lui dit que je découvrirais notre ennemi qu’aucune lois ni aucune force ne saurait protéger. Il parle de guerre mais je le contredis.

« Ce n’est pas une guerre, nous ne sommes pas sur un champ de bataille, nos adversaires n’ont hissé aucune bannière. Les trouver coûtera des vies et il me faudra de l’or pour délier les langues et mener à bien…
- Oui ! Venges-nous !
- Se venger n’est pas une réponse. Ils seront punis. »

La surprise se lit sur ses yeux. Ces mots ne devraient pas te surprendre après tout. Père…

« Oui... Prends tout l’argent dont tu auras besoin. Fais ce qu’il faut.
-Bien. Mais ce n’est pas tout. Il faut arrêter les secrets et me dire le pourquoi de cette alliance avec Oberyn Martell à moins que je doive l’apprendre de Théodore ?
-Théodore… Oui, tu dois savoir. C’est à Théodore de t’en parler, je vais lui dire de le faire.
- D’accord. Plus de secrets ? »

Il acquiesce du chef tandis je rejoins la porte et m’arrête juste avant de sortir. Une dernière chose…

« Veux-tu qu’Aragnel revienne ?
- Non. Je veux mes fils. »

Je retrouve Klaus en privé dans mon bureau pour me faire son rapport sur le voisinage de l’ambassade Martell de Lhesper. Personne n’a rien vu. Cela pourrait suffire mais non. Le plus important est pourquoi ceux qui auraient pu voir étaient absents. Cela nous amène à un nom.

Nous avons confirmation, via pigeon voyageur, que Thédore revient à Kormul à brides abattues. Kormul a retrouvé son calme et l’horrible rumeur a cédé la place au récit du courage de Barathéon Shieldheart.

Plus tard, je confie à Ténaris toute l’ironie qu’il y’a dans le fait que la mort de ma sœur me fasse me rapprocher de mon père. A sa stupéfaction, je l’interroge sur l’arbre qu’il m’avait mystérieusement indiqué à sa première venue dans nos murs. En fait, ses liens avec les mystères de la Nature lui permettent de délivrer un message, pour peu que l’on vienne le recueillir à l’endroit désigné, en l’occurrence ce chêne, par exemple.

Dans la soirée, je suis rejoins par Aryon à la crypte où le corps d’Agathe a été replacé avec précaution et discrétion. L’intégrité et la droiture de cet homme me fait parfois douter de son appartenance à la famille Martell. Je ne suis donc pas le seul à dénoter dans sa famille. Curieux endroit pour se confier, mais nous le faisons naturellement comme si nous savions déjà que nous pouvons le faire. Nous parlons d’Hélène de Maupertuis et d’Agathe. Je lui narre comment adolescente, elle s’était mis en tête d’apprendre la voix des armes pour, disait-elle en riant, « me protéger ». C’était à moi de la protéger, elle était ma cadette. Aryon me répond qu’il est sur que le faisais et me rappelle que je viens de le refaire, même après sa mort, en protégeant son honneur.
Il me revient en mémoire l’anneau d’apparence anodine de Tatbuyug qui contenait le puissant maléfice qui avait perverti son âme, avant que les prières à l’unisson en aient eu raison. Je demande au paladin si il sent le mal sur Agathe, plus particulièrement sur le pendentif que lui avait donné notre mère, pendentif qui devait la protéger. Des reliques de notre famille Maupertuis qu’Hélène avait soustrait aux ventes de Barathéon pour renflouer les caisses, j’avais eu l’armure invisible, Ma soeur le collier.
Aryon me confirme que les objets sont bien exempts de perversion. L’idée m’avait effleuré l’esprit un moment mais elle m’apparaît maintenant comme une évidence. Je prends le collier, le passe à mon cou, en embrasse le pendentif et le glisse sous ma tunique. Les preuves que je suis aussi un Maupertuis sont maigres et mes actes n’y contribuent guère. D’une certaine façon, c’est comme si j’avais envie de croire Aragnel. Croire qu’Hélène et Agathe demeurent vivantes à travers moi.

Plus tard, nous apprenons que des gnolls et une créature rappelant celle décrite comme occupant une grotte près du camp Swagdarien auraient été aperçus dans les environs de Kormul, causant des désordres. Cela est risqué mais nous décidons de nous occuper. Les connaissances de Chaka sur les aberrations monstrueuses ne sont pas rassurantes et semblent d’ailleurs avoir raison de son courage.

Quand Théodore arrive enfin, je lui explique ce qui s’est passé durant son absence. Il réagit assez mal, rien d’étonnant chez mon frère, il est de la race de ceux qui ne savent que parler très fort pour avoir raison. Je l’envois voir notre père et lui propose aussi de se joindre à nous ensuite car le responsable pourrait être parmi les fauteurs de trouble.

Nous partons une heure plus tard, accompagné d’une escouade de soldats que dirigera Théodore. Je désigne le chêne à Klaus et lui ordonne d’interdire au versatile mage de quitter le château. Qui sait ce que nous découvrirons…
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le moine noir

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