Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

Discussion à Lhesper, 23 Flamerule 639 DR

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Discussion à Lhesper, 23 Flamerule 639 DR

Message  le moine noir le Ven 15 Juin - 19:25

Chaka/Enguerrand, 23 Flamerule 639 DR, Lhesper

Le 23 Flamerule au matin, Chaka rejoignit Enguerrand dans le bureau privé de ce dernier, situé au dernier étage du manoir des Shieldheart à Lhesper. Lorsqu'il entra, Klaus s'entretenait avec son maitre. Enguerrand lui fit un signe. Le mercenaire se retira tandis que le mage s'approchait, une sacoche de cuir boursouflée sous le bras. Les deux hommes se croisèrent mais s'ignorèrent superbement. Ils ne s'appréciaient guère.

Enguerrand avait l'air plus nerveux qu'à l'accoutumée. Sans doute était-il conscient de l'accélération des événements et de la pression accrue sur ses frêles épaules suite à la dépression de son père. Les limites intellectuelles de son frère aîné l'obligeaient à prendre le contrôle des opérations, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Plus que jemais il aura besoin de mes services, pensa le mage, tandis qu'un sourire se dessinait sur ses lèvres. Lui ne se laissait pas impressionner. Il poursuivait sa route, avec le flegme tranquille et l'implacable rationalité qui le caractérisaient. Lorsqu'il vaquait à ses recherches et à ses méditations, le mage portait une longue et épaisse houppelande faite d'un beau velours noir avec des manches amples, un large capuchon, et un col bordé de fourrure noire. Sous cette houppelande, une chemise de soie blanche et des pantalons de laine complètaient sa tenue. Enguerrand arborait une tunique de soie et des pantalons de coton. Il se vêtait en général simplement chaque fois qu'il se trouvait éloigné des pesanteurs de l'étiquette que son rang lui imposait.

Chaka : Vous m'avez fait mander, Messire ? J'ai pris la liberté de vous amener quelques documents, qui pourraient vous intéresser...

Il sortit de sa sacoche une impressionnante liasse de parchemins et de cartes, qu'il déplia sur le bureau. Enguerrand regarda les documents du Moine Noir. Au même moment, Klaus sortit et ferma la porte derrière lui.

Enguerrand sortit certaines pièces écrites du lot.

Enguerrand : J’ignorais que nous avions ce genre d’archives. C’est intéressant… Il y a aussi tout ce qui n’est pas écrit dont nous devons nous entretenir. Commençons par ces plans : je veux annexer à nos possessions le rocher où nous avons trouvé la liche. J’y vois plusieurs intérêts. La symbolique du Lion a du sens pour le peuple de Ténaris, cela pourra faire office de cadeau protocolaire dans le futur. Bien sur, cela n’est pas dénué d’une certaine ironie, car ce truc a dû leur appartenir un jour… Je pense aux nains dont j’abhorre le comportement du chef qui s’est montré particulièrement insultant. Sur ce sujet, ne revenons pas sur la graine de discorde que vous avez lancée. C’était une mauvaise idée de gravir les Wyrmbones en l'état : vous avez bien fait… Nous voyons que nos façons de procéder sont un peu différentes. Vous faites peu de cas de l’image que vous diffusez, faites levier sur votre prochain, même parfois en le contraignant en le prenant dans le mauvais sens du poil, alors que je consacre de l’énergie à ce que mon prochain fasse volontairement ce que j’attends. C’est devenu une seconde nature mais cet exercice quotidien est nécessaire. Dans le monde où j’évolue, il est préférable d’être communément apprécié d’autant que les rancoeurs conduisent souvent des retours de bâton. L’homme est ainsi fait : sa morale et ses faiblesses affectives dictent ses comportements... Vous savez pourquoi j’emploie Klaus ? Il est assez peu encombré par ces considérations. En cela, vous avez déjà quelques points communs. Vous et moi en avons encore plus. Notamment celui de se reconnaître en l’autre et d’y voir un allié pour nous hisser au dessus de la mêlée. »

Chaka se redressa, regardant Enguerrand, un peu étonné par cette déclaration. Il s'assit, faisant face au jeune homme.

Chaka : Oui, effectivement. Nous devons prendre de la hauteur, nous poser les bonnes questions, et ne nous exposer que lorsque cela est absolument nécessaire. Vous me paraissez d'humeur à converser, Messire... Alors conversons. Tout d'abord, je voudrais vous dire que je suis... désolé de cet incident avec les nains. Et aussi... surpris que vous n'ayez pas compris immédiatement pourquoi je leur donnais sciemment des informations et faisais tout pour qu'ils se retirassent, compromettant par là même la poursuite de l'expédition dans les Wyrmbones. Le chef des nains était méfiant et perspicace : il sentait que nous lui cachions des choses. Sachant les nains loyaux, j'ai préféré jouer carte sur table, leur révélant une grande partie de la vérité. En retour, ils se sont sentis obligés de nous dévoiler une information capitale. Qui nous oblige à revoir toute notre stratégie. Sans eux, poursuivre l'expédition devenait non seulement suicidaire mais, à l'aune de cette nouvelle information, stratégiquement inopportun. Vous avez réfléchi depuis et vous êtes parvenu aux mêmes conclusions. Que nos styles diffèrent n'est guère important, au contraire, tant que nos intérêts convergent.

Chaka se tut quelques instants puis reprit d'une voix douce :

Chaka : Quoi que que nous fassions dans les prochains mois, ma venue change tout : le futur n'est pas écrit et le destin de l'Empire reste désormais ouvert. Je vous ai bien observé ces dernières semaines. Vous avez toutes les qualités d'un chef : force d'âme, capacité d'écoute, intelligence, sagesse, modération, courage, pour n'en citer que quelques unes. Si vous me faites confiance, je vous aiderai Enguerrand et, avec l'aide de la magie, je vous propulserai très haut. Mais le choix vous appartient de lier inexorablement votre destinée à la mienne ou de garder prudemment vos distances...

Le Moine Noir baissa la tête. Ses longs cheveux noirs cachaient en partie son visage et tombaient en cascade sur ses épaules. Il réfléchissait.

Enguerrand souriait calmement en regardant le mage. Il se servit à boire ainsi qu'à Chaka. Il allait tendre le verre mais se ravisa en le posant à proximité, sur la table basse. Le Moine Noir eut un léger rictus devant l'hésitation feinte de son hôte. Le sens de l'autre d'Enguerrand le confortait dans son choix d'investir sur cette homme habile, à la détermination insoupçonnée.

Enguerrand : Merci. Merci pour vos compliments. Des qualités que vous me prêtez, beaucoup sont justifiées, certaines un peu illusoires si on assimile sagesse avec attentisme et courage avec bêtise suicidaire... Mais laissons aux gens du commun ces idées fausses sur les vertus nécessaires. Je sais que nos définitions convergent sur le fond et cela m'est agréable. Sur la forme, je ne peux que me réjouir de votre proposition car du tumulte que le royaume connaîtra émergera l'occasion de créer un nouvel élan. Vous savez que j'ai d'autres ambitions que d'être le spectateur de l'avènement d'un autre, qu'il soit gnoll, démon... ou héritier d'une famille à la noblesse discutable...

Chaka opina du chef en appréciant la manifestation d'un esprit perspicace. Il se surprit à penser qu'il lui était agréable de pouvoir échanger et construire avec cet homme doté d'une réelle acuité : trop souvent, il avait dû composer avec des intellects limités, de fait souvent conjugués avec des attitudes versatiles et contre-productives. Enguerrand était de nature à émuler la formidable sagacité du mage. Enguerrand prit une gorgée de vin, saisit le verre que Chaka n'avait toujours pas touché et posa les deux verres sur la carte du Shaar puis reprit :

Enguerrand : Oui, j'escompte bien votre aide. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si je vous ai placé sous ma protection, je devais voir vos talents à l'oeuvre... Mais vous avez la peau dure et refusez visiblement de mourir depuis fort longtemps. Je sais depuis le début que ma protection ne vous est pas si nécessaire que cela et donc... quel est votre intérêt à favoriser mon intérêt ?

N'eût été sa discipline mentale hors du commun, Chaka eût répondu du tac-au-tac. Mais il se ravisa in extremis. Sans être magicien lui-même, Enguerrand était doté d'un don incroyable : celui de sonder l'âme de ses interlocuteurs et d'accoucher les esprits. Le Moine Noir comprit que le jeune noble ne s'engagerait dans une relation "gagnant-gagnant" que s'il partageait avec lui ses motivations. Dans ses équations, Chaka avait prévu l'éventualité d'une telle attitude, somme toute très compréhensible, avait déjà statué sur la confiance qu'il pouvait lui accorder, sur ce qu'il pouvait se permettre de lui révéler. Chaka se leva et s'approcha du bureau. Nonobstant sa faible corpulence, il en imposait physiquement à cause de sa haute taille, de la dureté des traits de son visage, de la froideur de son regard, de l'éclat dans ses yeux sombres. Il prit l'autre coupe de vin.

Chaka (souriant) : Je vais vous le dire.

Chaka (regardant la coupe) : Mmm. La dernière fois, c'était il y a environ deux mois... Nous nous connaissions à peine. Je n'avais pas bu je crois (sourire). Mais cette fois-ci, c'est bien volontiers que je bois avec vous. A notre alliance, Messire !

Il but puis reposa son verre, sélectionna avec soin deux documents dont la carte du Shaar et les tendit à Enguerrand.

Chaka : Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer cette discussion ici. Nous irons dans un endroit protégé. Vous connaissez le principe maintenant...

Chaka se dirigea vers la fenêtre, arracha la corde de soie qui retenait l'un des lourds rideaux de velours, puis revint vers le milieu de la pièce. Il prit sa respiration, prononça quelques paroles dans une langue gutturale qu'Enguerrand ne comprenait pas, exécuta simultanément quelques gestes précis avec sa main gauche, tandis qu'il tenait la corde de sa main droite. Cette dernière fut comme animée d'un soubresaut. Elle prit vie et se dressa toute seule, perpendiculaire au sol, allant jusqu'à toucher le lustre au plafond.

Chaka (d'une voix amusée) : Un sortilège mineur, pourtant si utile... Et maintenant Messire, si vous le voulez bien, un peu d'exercice...

Enguerrand avait observé la scène avec une grande attention. La magie le fascinait. Il s'approcha, saisit la corde, monta avec dextérité, et disparut dans l'espace extra-dimensionel créé par le mage. Ce dernier l'y rejoignit peu après. Bien à l'abri des oreilles indiscrètes, ils reprirent la conversation.

Chaka : Une fois de plus, difficile de savoir par où commencer. Prenons le problème par la fin. On m'a envoyé ici, non pas nécessairement pour empêcher que Lhesper ne soit détruite et que l'Empire ne s'écroule, mais pour qu'Arshadalon ne devienne jamais un démon et n'échappe à tout contrôle une fois dans les Plans Extérieurs... Pour cela, je dois empêcher le combat entre Dydd et le Dragon, combat au cours duquel Arshadalon est tellement affaibli qu'il devient une cible facile pour le Balor Ammet (au service du Prince Démon Démogorgon, Celui dont on dit qu'il est le plus puissant de tous les démons).

Pause.

Chaka : Or, j'ai toutes les raisons de penser que c'est la pression des gnolls à l'est qui fait sortir Arshadalon de sa réserve. Notez bien que ceci n'est qu'une hypothèse. J'ignore toujours, et ce sera l'une des clés de ma prise de position finale, pourquoi Dydd choisit de combattre le dragon, alors qu'il semble que l'Enclave et lui aient conclu une sorte de pacte autour de 550 DR. Je me base sur un extrait des Chroniques de Théophys, un Kobold au service d'Arshadalon, qui nous a laissé un témoignage direct. Je connais par coeur les fragments de ces Chroniques. Fragment G.3.7. daté du 23 Nightal 550 : "Nous sommes parvenus à un accord avec la femelle de l'Enclave d'Emeraude. Ils ne nous combattront pas tant que nous occuperons uniquement les montagnes. Cela tombe à pic car Tiamat se fait plus pressante et il est difficile de tenir toutes nos positions." Fragment F.3.1. (et G.3.9.), daté du 10 Mirtul 640 : "Cette maudite druidesse nous a bien eus. Je leur ferai payer à tous. Elle qui se vantait de défendre la justice et l'équilibre. Mensonges !!! Elle paiera pour cela, et tous ceux qui suivront seront maudits..." C'est ce qu'écrit le Kobold.

Pause.

Chaka : Pas de combat entre Dydd et Arshadalon, donc, et le futur, tel que je le connais, n'existe plus ! Mais ceci nous amène à d'autres problématiques : Que devons-nous faire d'Arshadalon ? Faut-il le laissez vivre ? Faut-il le détruire compte tenu de sa puissance et de ses motivations ? Et d'ailleurs quelles sont-elles ? Quand je dis le détruire, c'est en choisissant le lieu, le moment, et les alliés, en ne lui laissant aucune chance de s'en tirer, et en détruisant complètement et définitivement son corps et son esprit. Autre problème : Que faut-il faire vis-à-vis de l'Empire ? Doit-on empêcher Lhesper de tomber et sauver ainsi des milliers de vies innocentes ? Doit-on rendre à Jergal et à Myrkul l'âme de Gulthias/Angarath ? Gulthias qui devrait être mort depuis déjà fort lonptemps et qui fera tout pour faire revenir le Dragon dans le futur si nous le laissons en vie. Or, détruire Angarath, c'est détruire l'Empire ou plus exactement substituer à l'empereur actuel un nouvel empereur... Et voilà où nos affaires commencent Enguerrand : dans la réécriture de l'histoire, vous pourriez être cet empereur... Comme je vous l'ai dit, vous en avez les capacités. Nous travaillerons à ce que vous en ayez la légitimité. Que demanderais-je en échange de mon aide ? Bien peu de choses en réalité : un généreux mécénat (dans les limites de vos possibilités financières évidemment) pour me permettre de conduire mes recherches arcaniques, l'accès aux bibliothèques de l'Empire pour parfaire mes connaissances historiques, et la protection de ma frêle personne pour me garantir quiétude et sénérité.

Pause.

Chaka : Prenez votre temps, réfléchissez un peu et dites-moi ce que toutes ces révélations vous inspirent. (puis sur un ton plus inquiétant) Mais prenez soin de garder à l'esprit cet avertissement : dans le jeu des trones, vous gagnez ou vous mourrez, il n'y a pas de terrain d'entente !

Pause.

Enguerrand : Tout cela m'inspire que vos connaissances du monde sont abyssales et que vous m'honorez du partage de ce savoir, riche d'enseignements avisés. Ce faisant, vous ne me dites toujours pas pour quelle raison vous souhaitez mon avènement. L'accès aux bibliothèques et de la quiétude ? C'est une bien modeste motivation pour quelqu'un ayant votre parcours. Vous pourriez sûrement durant le tumulte de l'assaut de Lhesper siphonner les bibliothèques et préserver les livres dans vos poches dimensionnelles et si vous vouliez de la quiétude, vous auriez déjà quitté le Shaar... Vous êtes beaucoup de choses mais pas un philanthrope. Que gagnerez-vous réellement a prendre à ce point parti pour moi ?

Chaka : Simple. Gulthias est un paranoiaque dangereux. Certes son action a été déterminante pour délivrer le Shaar du joug des Shoon. Mais... il y avait un interêt. Par la suite, il a fait de mauvais choix en s'entourant de sombres alliés, des nécromants sans scrupules. Son passé est douteux. Il a des ennemis puissants. Tôt ou tard, ses erreurs seront responsables de grandes catastrophes, de la ruine de ce peuple. Je ne mise pas sur lui pour le futur, il ne m'inspire aucune confiance. J'ai eu l'occasion de rencontrer et d'observer attentivement une grande partie de la noblesse de ce pays à l'occasion des cérémonies de mariage de votre défunte soeur. En outre, tout au long de mes innombrables recherches livresques et de mes aventures pour le moins extraordinaires, je pense avoir acquis une connaissance intime des rouages du pouvoir et des causes profondes du succès et de la déconfiture des dirigeants des grandes nations. Croyez-moi : vous feriez un bien meilleur empereur avec un peu de préparation et l'aide de conseillers loyaux et talentueux. Il en existe dans ce pays.

Enguerrand : Je comprends mieux désormais. Vous m'avez convaincu. Soyez assuré que j'oeuvrerai dans le respect de vos objectifs, avec mes moyens présents... Et futurs. Pour réussir mon ascension, je vais devoir TOUT partager avec vous et, ce faisant, mettre ma vie entre vos mains. Nous parlons d'un degré de confiance que je n'ai jamais accordé à personne. Nous parlons de traverser des épreuves et d'échanger d'égal à égal. Nous n'omettrons aucun détail. Vous savez combien les détails font l'histoire... Une dernière chose que vous savez sûrement déjà à mon égard. Je prends bien soin de n'avoir que des alliés et n'attente pas aisément à la vie d'autrui... sauf si c'est une perte collatérale sans réelle importance, ou un obstacle à mes desseins. Nos compagnons vous voient parfois comme un oiseau de mauvaise augure. Je vous vois comme un allié précieux et formidable. Je vous veux bien vivant, en sécurité et à l'apogée de votre art. Mon succès sera le vôtre...

Pause.

Enguerrand : Je vous ai dit un jour que "ce que je vous ai donné, je peux vous le reprendre". La réciproque est vraie. Ce que vous me donnerez, je sais que vous pourriez m'en défaire. C'est pourquoi nous resterons des alliés, dans notre intérêt commun et indéfectible.

Les deux hommes échangèrent un regard de connivence (fait de considération réciproque). Une alliance durable était en train de naitre...

Enguerrand : Mettons nous au travail dès à présent. J'ai remonté la piste d'un responsable concernant le meurtre d'Agathe. Nous savons vous et moi qu'il ne s'agit pas d'un accident ou d'un crime passionnel. Ce douloureux événement cache un fondement qui nous échappe encore. Comprendre est notre art. Le savoir est une arme. Des riverains auraient pu être témoins de la scène or ceux-là ont été habilement écartés du décor. Et pour cause : ils étaient les invités d'une croisière nocturne sur un des bateaux de la Compagnie du Lac. Oui, Dame Caliste est derrière cela. Nous la débusquerons, ainsi que la strate suivante car on ne doit pas écarter des relations connexes. À Lhesper, je vais lui rendre visite, histoire de contracter une exclusivité de fournisseur en vins. Je vais en profiter pour étudier ses quartiers et ses effectifs, tout en étant un charmant convive, désireux de lui plaire. Mon garde du corps observera les allées et venues du service de sécurité en m'attendant patiemment. Il est bon à cet exercice et possède une intelligence rare pour les missions délicates. Vous et moi savons que nous pouvons compter sur nos "aimables" compagnons, dont les pesants principes moraux nous gêneraient immanquablement pour atteindre cette dangereuse mante religieuse et la faire parler. Votre magie pourra faire la différence.

Chaka : Il est impératif que ce meurtre ne demeure point impuni. Ceux qui l'ont commis doivent apprendre ce qui l'en coûte de toucher aux Shieldheart. Et votre vengeance, froide et sanglante, doit servir d'exemple pour tous et à jamais. Ma magie est vôtre pour mettre au point votre plan d'attaque. Je vous expliquerai en temps voulu ce que je peux vous permettre de réaliser. Etudier Dame Caliste et négocier avec elle est une excellente idée, mais ne perdez pas de vue qu'au moment même où vous vous présenterez devant elle, il est possible qu'elle ait déjà déviné que vous savez. Concernant la prise de contrôle des communications maritimes sur le Lac Lhespen, nous y reviendrons, car c'est un point effectivement capital.

Pause.

Chaka : Pour la suite, j'aimerais aborder avec vous les thèmes suivants. Premièrement, le péril à l'est. Deuxièmement, l'épée forgée par Al-Djazari. Troisièmement, l'expansion du pouvoir commercial de la province de Kormul. Et quatrièmement, l'alliance avec les Maerildarraine. Je commence par le péril à l'est, dont vous avez compris à quel point il déterminerait tout le reste.

Pause.

Chaka (ton grave) : Je sais pourquoi les hordes de gnolls (et/ou de démons) déferleront sur Lhesper sans que l'Empire n'ait vu venir le danger. Nous avions évoqué l'idée qu'ils pussent avoir emprunté l'Underdark. En réalité, ils vont faire autrement. Ils sont en train de construire un gigantesque portail dimensionnel ! J'ai un témoin qui a vu la scène et qui l'a même dessinée. Voyez le document que je vous ai donné. Je dois encore l'étudier un peu. Ce n'est pas une chose simple que de constuire un portail : cela prend des mois, voire des années, et cela exige de maitriser un rituel arcanique du cercle le plus élevé. Qui pourrait accomplir un tel prodige ? La liche ? Un démon ? Tôt ou tard, nous devrons nous rendre à la Porte des Crocs de Métal, détruire ce portail, et anéantir cette engeance. Mais il nous faut encore un peu d'entrainement. Et le préparation de l'expédition avec le concours de Sénoj doit être impeccable. Parallèlement, il faut convaincre nos deux têtes brûlées Théodore et Oberyn de monter une expédition militaire pour faire diversion. S'ils mourraient au cours des combats, nous ne pourrions nous en trouver que très douleureusement affectés, n'est-ce pas ?... (regard entendu)

Pause.

Chaka : L'épée d'Al-Djazari est notre second problème. Nous devons mettre les deux premières parties (la poignée et la garde) en lieu sûr. Il nous absolument convaincre Aryon de se déposséder de l'objet et je compte sur vous pour cela et sur vos formidables de persuasion. J'entrevois plusieurs arguments : (i) un artefact de ce genre, qui possède une intelligence et une volonté propre est dangereux. L'épée pourrait prendre le contrôle de son possesseur et le transformer en un simple pantin si ce dernier dévie de la mission pour laquelle elle a été conçue ; (ii) il s'agit d'un artefact que les sorciers de l'empereur ont pris un soin méticuleux à neutraliser et à cacher. Quiconque le possède est un traitre à l'Empire. Si on découvrait qu'Aryon possède une partie de l'épée, je ne donne pas cher de sa vie et de la nôtre ; (iii) l'épée influence subtilement l'esprit d'Aryon et modifie à son avantage les visions qu'il reçoit de son Dieu. Utilisés avec soin, ces trois arguments devraient suffir à vaincre les résistances de notre jeune et fougueux paladin. L'épée me sera confiée, je le placerai dans mon sac sans fond. C'est le seul endroit où nous sommes assurés que les sbires de l'empereur ne la trouveront pas.

Pause.

Chaka : Concernant le troisième point, regardez la carte.

Enguerrand déplia la carte et se concentra. Chaka montrait du doigt les sites tout en devisant.

Chaka : Quelques rappels historiques et... mes connaissances propres de ce qu'il adviendra... peut-être... contribueront à vous faire comprendre pourquoi l'avenir du Shaar se joue à l'ouest, pas au centre. En réalité, l'histoire de cette région est riche et complexe. Il y a environ 2000 ans, la migration des humains dirigée par les couatls (longs serpents mythiques, ornés d'ailes aux plumes mutlicolores, vénérés pour leur bonté et leur intelligence) vers les Jungles de Chult incitèrent les tribus d'esclaves humains de la partie est de la jungle, connue sous le nom de Lapal, à se rebeller contre leurs cruels maitres "reptiliens". En -1732 DR, après des siècles d'interminables conflits contre les Yuan-Ti, les tribus du Lapal fuirent à l'est et au nord de leurs villages, le long des rives du lac intérieur qui porte aujourd'hui le nom de Mer de Lapal (Lapal Sea). En -569 DR, des navires marchands calimshites, chargés de riches et insolites denrées, mouillèrent à proximité des côtes de Lapal. Cet événement marqua le début d'une période d'intense activité commerciale et de relative prospérité. Calimsham influença grandement le mode de vie et la culture des barbares et contribua à transformer les villages en cités dignes de ce nom. Tashluta bâtie en -553 DR en porte le témoignage. Mais l'âge d'or de Lapaliiya prit fin brutalement -375 DR lorsque ces mêmes navires calimshites, qui avaient apporté la prospérité deux siècles plus tôt, amenèrent la mort dans leurs cales : une effroyable peste décima près du tiers de la population en un mois seulement et Lapal s'effondra. Lorsque l'avatar de Merrshaulk, Sseth, fonda l'Empire de Serpentes en -304 DR, la résistance humaine était bien pâle et bien dispersée. En -189 DR, les armées de Serpentes avaient conquis l'ensemble de la zone à l'exception notable d'Ormpur, qui résista grâce à l'alliance avec le clergé de Tiamat. Les reptiles réduisirent en esclavage les peuples nomades du Shaar. La nation de Lapaliiya resta sous le contrôle de Serpentes jusqu'en 34 DR, date à laquelle elle devint une partie de Tashtan. Elle le resta jusqu'en 235 DR. De 235 DR à 450 DR environ, Lapaliiya fut une province de l'Empire de Shoon, bien que les cités fussent en réalité assez largement indépendantes durant le règne de Qysara Shaani (de 367 à 427 DR). En 435 DR, les villes situées autour du Lac Lhespen et du fleuve Shaar se soulevèrent contre leurs dirigeants, vus comme des pantins des Shoon, et attaquèrent les garnisons de l'Empire. Ces rebelles, à la tête desquels Angarath, étaient les premiers à défier l'autorité distance du Shoonach et pendant un court laps de temps (de 436 à 437 DR), aucune troupe impériale ne fit la loi dans le centre du Shaar ou sur les côtes de la cité portuaire d Sheirtalar. Mais en réponse à cette offense, Qysar Amahl Shoon VII envoya 17 navires de guerre pour mater l'insurrection. Ce fut une épouvantable guerre de représaille, connue sous le nom des Sept Brûlures. Les troupes impériales saccagèrent les sept cités de Sheirtalar, Sheirlantar, Kormul, Lhesper, Sebben, Rethmar et Channathgate. L'assassinat du Qysar par des rebelles tethyriens en 450 DR amorça la chute définitive de Shoon. Les armées impériales furent finalement bannies du Shaar et de la Péninsule de Chult en 451 DR. Les satrapes des cités-états de Lapal (des gouverneurs placés là par les Shoon) restèrent malgré tout en position après le départ des légions. Les Ashanti et les Maerildarraine en sont des descendants. Dans les deux siècles qui suivirent, les marchands de Lapal commercèrent activement avec divers ports de la mer scintillante et s'enrichirent, au détriment de Calimsham qui lentement se reconstituait. Vous connaissez déjà la possible destinée tragique de Lhesper, mais aussi de Kormul et des autres bourgs situés sur les rives du Lac Lhespen. Epargnées mais bien conscientes du péril gnoll, les cités-états de Lapal se ligueront une nouvelle fois en 656 DR, fondant La Ligue de Lapal, dont le centre sera Sheirtalar.

Enguerrand écouta poliment, dissimulant avec peine son ennui. Il bailla à plusieurs reprises.

Chaka (voyant cela) : Mmm. Trop d'informations d'un seul coup je présume... J'abrège et j'en viens finalement à ma conclusion : deux villes portuaires, Ormpur et Sheirtalar, ouvrent encore aujourd'hui et pour longtemps la voie vers le riche royaume de Calimsham, terre des épices et des plaisirs raffinés. Au centre du Shaar, Kormul, Rethmar et Channathgate, étapes incontournables de la route commerciale menant vers le Lhuiren et le Dambrath. Lhesper est isolée, Derlusk encore davantage. Pour peu bien sûr que nous éliminions la menace gnoll, Kormul demeure la plaque tournante du commerce ! Si vous faites alliance avec Sheirtalar, l'avenir de Kormul est assuré. Mais les Ashanti n'ont pas de fille à marier et on peut craindre qu'ils ne se soient déjà trop liés avec Angarath. Si, au contraire, vous vous entendez avec Ormpur et isolez Sheirtalar, vous pouvez faire trembler les Ashanti et leurs alliés, les prêtres de Waukeen, et devenir le maitre incontesté de toute l'activité commerciale du territoire !

Pause.

Chaka : Nous voici rendus au quatrième point, possiblement relié au troisième : l'alliance avec la famille Maerildarraine. C'est vous, et non votre frère ainé, qui devez vous marier avec la jeune Hamat. Son tempérament vous conviendrait à merveille. Il faut trouver le moyen de convaincre la vieille bique de revoir ses plans. Cela ne sera pas difficile. Nous lui exposerons précisément tous ces éléments. Et si l'apât du gain et l'ambition politique ne suffisent pas, nous activerons notre dernier atout : l'épée. La famille Maerilarraine soutient toujours le clergé de Tiamat, j'en jurerais. Comment pensez-vous que ce clergé nous récompenserait si nous leur donnions l'épée, moyen par lequel ils pourront tenter de détruire leur ennemi Arshadalon ? Je vous laisse méditer là-dessus...
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