Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

22-29 Kythorn 639 DR, Lhesper, Shaar

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22-29 Kythorn 639 DR, Lhesper, Shaar

Message  le moine noir le Sam 17 Mar - 13:08

(Récit écrit en netherese)

Semaine du 22 au 29, mois de Kythorn, 639 DR, Lhesper, le Shaar méridional, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

La semaine des festivités précédant le mariage d'Agathe et du fils Martell et frère aîné d'Aryon, se déroula de la manière suivante : chaque jour, une manifestation était organisée et chaque soir une des grandes familles de l'Empire recevait la cour, ainsi que les ambassadeurs de nations étrangères. Un ou plusieurs de mes compagnons participèrent aux différentes épreuves : concours de tir à l'arc, concours de dressage, concours d'art lyrique et de poésie, tournoi de chevalerie, etc. Ils s'y illustrèrent et, pour certains (Aryon, Ténaris), acquirent une certaine notoriété auprès des dames de la cour. Mal à l'aise dans ses ambiances fastueuses et très affectées, je cherchai tout au contraire à passer inaperçu, me contentant de prendre des notes pour mes chroniques. Mais Enguerrand ne l'entendait de cette oreille : de toute évidence résolu à me faire sortir de mon isolement et de mon humeur contemplative, il ne perdit jamais une occasion de me présenter à (ou de me faire interagir avec) des personnages influents, ministres ou autres.

Dans l'ombre du jeune et lumineux Shieldheart, je scrutai et analysai le comportement de mes adversaires futurs : Gulthias, son frère, Syllion et leur ami, Cassandre de Ménalk. La cour s'honorait de la présence de l'Empereur, qui, fidèle à sa réputation, ne se montrait jamais sans un masque cachant la totalité de son visage. Vêtu d'atours somptueux, aux élégantes broderies incrustées de pierres précieuses, l'Empereur se tenait le plus souvent éloigné de sa cour, immobile, solennel. Cette distance et cette économie de gestes étaient évidemment calculées. Comment ne pas se remémorer les sages paroles du Philosophe [Machiavel, Le Prince, XVI] :

Le Prince ne doit pas croire ni agir à la légère, mais procéder d'une manière modérée, avec sagesse et humanité, de peur que trop de confiance ne le fasse imprudent et trop de défiance ne le rende insupportable. Là-dessus naît une dispute, s'il est meilleur d'être aimé que craint, ou l'inverse. Je réponds qu'il faut être et l'un et l'autre ; mais comme il est bien difficile de les marier ensemble, il est beaucoup plus sûr de se faire craindre qu'aimer, s'il faut qu'il y ait seulement l'un des deux. Car on peut dire généralement une chose de tous les hommes : qu'ils sont ingrats, changeants, dissimulés, ennemis du danger, avides de gagner ; tant que tu leur fais du bien, ils sont tous à toi, ils t'offrent leur sang, leurs biens, leur vie et leurs enfants, quand le besoin est futur ; mais quand il se rapproche, ils se dérobent. Et le prince qui s'est fondé sur leurs paroles, se trouve tout nu d'autres préparatifs, il est perdu ; car les amitiés qui s'acquièrent avec argent et non par coeur noble et hautain, on mérite bien d'en éprouver l'effet, mais on ne les a pas, et dans le besoin, on ne peut les employer ; les hommes hésitent moins à nuire à un homme qui se fait aimer qu'à un autre qui se fait redouter ; car l'amour les maintient par un lien d'obligation lequel parce que les hommes sont méchants, là où l'occasion s'offrira de profit particulier, il est rompu ; mais la crainte se maintient par une peur du châtiment qui ne te quitte jamais. Néanmoins le prince se doit faire craindre en sorte que, s'il n'acquiert point l'amitié, pour le moins, il fuit l'inimitié ; car il peut très bien avoir tous les deux ensemble, d'être craint et de n'être point haï ; ce qui adviendra toujours s'il s'abstient de prendre les biens et les richesses de ses citoyens et sujets et leurs femmes ; et quand même il serait forcé de procéder contre le sang de quelqu'un, il doit ne le faire point sans justification convenable ni cause manifeste ; mais sur toutes choses, s'abstenir du bien d'autrui car les hommes oublient plus tôt la mort de leur père que la perte de leur patrimoine.

Avec une habileté et une intelligence manifestes, Gulthias était parvenu à s'entourer d'une aura de mystère qui inquiétait ses sujets et leur inspirait de la crainte et du respect. Mais il savait aussi (il le prouva tous les jours de cette semaine) leur prodiguer attention et richesses, les conforter dans leur oppulence, et les valoriser en les associant aux plus hautes responsabilités dans la gestion des affaires de l'Empire, pour peu qu'il fût assuré de leur allégeance, voire de leur dévouement. sincère. J'observai qu'il ne semblait jamais à court de mots aimables et de compliments à destination des membres les plus influents des familles impériales, mots qu'il distribuait néanmoins avec parcimonie, tant il était conscient que leur rareté faisait leur valeur. Et je notai au passage avec amusement que mon jeune maître Enguerrand avait appris à bonne école...

Le septième jour : le jour du mariage, à midi, au temple d'Arshadalon. Les nobles étaient placés au premier rang, autour de l'Empereur, tandis que le petit peuple s'entassait dans le fond de la nef. Vibrant de fanatisme, Ménalk fit d'abord l'éloge de la toute puissance d'Arshadalon et de la splendeur de l'Empire. [Apocalypse, XII, 3-4 et XIII, 3]

Et voici, c'était un grand dragon rouge, ayant sept têtes et dix cornes, et sur ses têtes sept diadèmes.
Sa queue entraînait le tiers des étoiles du ciel et les jetait sur la terre. (...)
Le dragon lui donna sa puissance, et son trône, et une grande autorité. (...)
Et toute la terre était en admiration devant la bête.


Sept... un chiffre hautement symbolique. Sept comme les sept cités de l'Empire... Mais les dix cornes ? A quoi ce nombre pouvait-il faire référence ? La réponse s'imposa à mon esprit : les dix cornes représentaient les dix empereurs de la dynastie Angarath qui s'étaient élevés dans ce royaume. Lorsqu'il conclut enfin son prêche enflammé, ce fut pour reprendre le cours plus apaisé d'une cérémonie de mariage et rappeler les paroles de l'Apôtre :

Que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.
Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit et que la femme agisse de même envers son mari.
La femme n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est le mari ;
Et pareillement, le mari n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est la femme.
Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière ;
Puis retournez ensemble, de peur que l'Esprit du Mal ne vous tente par votre incontinence.


Marquant une pause, Ménalk toisa l'assistance, son regard s'attarda un court instant sur le ministre de la justice que je vis détourner les yeux. Puis il reprit.

A ceux qui sont mariés, j'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare pas de son mari (si elle est séparée, qu'elle demeure sans se marier ou qu'elle se réconcilie avec son mari) et que le mari ne répudie pas sa femme.

Fixant Agathe, menaçant [Proverbes, XII, 4]

Une femme vertueuse est la couronne de son mari.
Mais celle qui fait honte est comme la carie dans ses os.


Fixant Martell, sur un ton plus doux [Proverbes, XXXI, 10-12]

Qui peut trouver une femme vertueuse ?
Elle a bien plus de valeur que les perles.
Le coeur de son mari a confiance en elle.
Et les produits ne lui feront pas défaut.
Elle lui fait du bien et non du mal, tous les jours de sa vie.


Le huitième jour (30 Kythorn), peu avant l'aube, je fus réveillé en sursaut par Enguerrand. Avare de paroles, mais visiblement profondément chagriné, il me fit signe de le suivre. Je m'habillai à la hâte et retrouvai Ténaris. Enguerrand nous apprit la terrible nouvelle. Au matin, on venait de retrouver Agathe sans vie. Elle était tombée du haut du balcon de la chambre nuptiale dans la résidence des Martell. Le corps avait été emporté. La version d'Oberyn Martell était la suivante : Raigner d'Abencourt avait fait irruption dans la chambre tel un fou, un combat avait suivi entre les deux hommes les emmenant sur le balcon, l'accident était survenu alors qu'Agathe avait tenté de s'interposer, Raigner avait alors assommé Oberyn et avait fui.

J'entendis Ténaris, tout près de moi, égréner dans un murmure les strophes affligées du Poète [Baudelaire, les Fleurs du Mal, Une Martyre (extrait)] :

Elle est bien jeune encore ! son âme exaspérée
Et ses sens par l'ennui mordus
s'étaient-ils entr'ouverts à la meute altérée
Des désirs errants et perdus ?


Les larmes, roulant sur les joues du jeune guerrier bouleversé, se perdaient dans sa barbe hirsute. Maudissant mes yeux d'être aussi secs, je dus me rendre à l'évidence : après toutes les épreuves que j'avais subies, la mort ne m'émouvait plus.

Je conclus ce chapitre par quelques remarques importantes. Au cours de cette semaine auront été très largement confirmées l'habileté et la sensibilité de Ténaris, l'adresse et la force d'âme d'Aryon, ainsi que la finesse et les aptitudes diplomatiques d'Enguerrand. De tels alliés, aux talents si complémentaires, vont s'avérer fort précieux pour la suite de ma mission. La constante réserve et la sobriété de Syllion, quelque puissant et martial qu'il soit, ne laissent pas de me surprendre et de m'inquiéter. Difficile de déchiffrer les pensées de cet homme, que je crois bien plus dangereux que Ménalk. Tout au contraire en effet, le style emphatique et le fanatisme affiché du ministre des cultes et premier des prêtres de l'Eglise d'Arshadalon contribuent à le rendre prévisible. Point décevant et ennuyeux : pas d'aide à espérer du côté du clergé de Savras, un triste constat qu'il convient d'intégrer dans mes cogitations futures.

Les prochaines tâches à accomplir au cours du mois de Flammerige seront aussi nombreuses que diverses. J'en liste quelques unes.
¤ En bibliothèque : se renseigner sur la légende du Chateau d'Al-Anhar, continuer à étudier l'épée (avec l'aide des prêtres oghmites ou de Sénoj).
¤ Hors les murs : se rendre dans les prochains jours auprès du Hiérophante officiant dans la forêt qui borde Rethmar, commencer à préparer l'expédition au Val brumeux dans l'espoir de rencontrer Dydd. Gagner la confiance des nains dorés du Grand Rift, s'en faire des alliés pour la suite.
¤ A Lhesper : approfondir l'enquête sur Monroe auprès du clergé de Jergal. Acheter les services de Sénoj (qu'il prépare les trois expéditions : Val brumeux, Cité des Crocs de Métal et Halruaa). Et bien entendu... enquêter sur la mort soudaine d'Agathe.
¤ Etudier avec soin l'offre de la matriarche Maerildarraine, se rapprocher le cas échéant de cette famille, envisager une visite à la Cité de Safran...
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