Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

10 Kythorn 639 DR, Lhesper, Shaar

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10 Kythorn 639 DR, Lhesper, Shaar

Message  le moine noir le Lun 13 Fév - 11:20

(Récit écrit en netherese)

Dixième jour du mois de Kythorn, 639 DR, Lhesper, le Shaar méridional, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

Nous arrivâmes à Lhesper le 9 Kythorn dans l'après-midi. Le frère Aragnel nous offrit l'hospitalité de son temple. Les nouvelles de la veille furent confirmées : les épousailles d'Oberyn Martell et d'Agathe Shiedheart seraient célébrées à la fin du mois à Lhesper. Elles donneraient lieu à une semaine de liesse, de fêtes, de tournois, animée par l'Empereur en personne ! Ce mariage, qui avait toutes les caractéristiques d'un mariage de raison et d'une alliance stratégique entre familles de second rang, précéderait celui de Théodore Shieldheart avec la fille Maerildarraine. Shieldheart casait ses rejetons avec une intelligence et une habileté difficilement soupçonnables chez un homme aussi inculte : il jouait bien !

Le lendemain, à l'aube, un étranger se présenta au temple. Il avait demandé à voir le prêtre Aragnel pour se confesser. Après l'avoir entendu en privé pendant quelques minutes, Aragnel nous convia, Ténaris et moi-même, à le recevoir ensemble, ce que nous fîmes. Il s'agissait d'un homme de forte carrure et de haute taille, la trentaine, en armure de plaques. Il portait une cape au dos de laquelle on pouvait voir un soleil rouge avec une larme, sans doute une variation du symbole religieux de Lathander. Son équipement de guerrier comportait essentiellement un lourd de marteau de guerre et un pavois. L'homme avait effectué un long voyage ; certaines pièces de la partie inférieure de son armure (genouillères, grèves et solerets) étaient crottées et/ou poussiéreuses, ainsi que l'extrêmité de sa cape. Il était mal rasé. Il s'appelait Aryon Martell, fils d'Erfan, de la maison Martell. Il était le frère cadet du futur époux d'Agathe et paladin de son état, dans un ordre affilié à l'Eglise de Lathander. Une excellente recrue potentielle pour compléter nos rangs, pensai-je.

Aryon était porteur d'une vision qu'il attribuait à Lathander et dont il souhaitait soumettre le contenu à un prêtre réputé de l'Empire, en l'occurence Aragnel, dans l'espoir que ce dernier l'aidât à en comprendre la signification. Voici le récit qu'il nous tint :

"Je me réveille en sueur. Dehors, la fureur et les cris. C'est la nuit. Je reconnais à ses hautes murailles et à ses monuments Lhesper, la capitale. Y règne le chaos et la mort. Les murs d'enceintes ont été percés, une partie des fortifications est tombée, de nombreux bâtiments sont détruits ou en flammes. Des hordes de hyènes se répandent partout dans les artères de la cité, massacrant tout sur leur passage, hommes, femmes mais aussi enfants. Dans les cieux, des créatures monstrueuses, semblables à de gigantesques vautours, projettent des boules de feu. L'odeur du sang et des corps tailladés, mutilés ou brulés me donne la nausée. Je contemple ce spectacle cauchemardesque sans pouvoir rien faire, je suis impuissant. Soudain, au milieu du tumulte, j'aperçois une enfant, innocente, fragile - elle est la graine de vie et d'espoir dans cet océan de souffrance. Je me précipite pour lui porter secours. Trop tard ! Des gnolls surgissent derrière elle, l'un d'eux décoche une flèche, avec un rictus cruel. L'enfant, touchée en plein coeur, s'écroule lentement en me lançant un étrange regard."

La vision du paladin confirmait dans une certaine mesure mes précédents propos. Mes compagnons commençaient à réaliser que j'avais dit vrai. Nous nous regardâmes consternés. Puis vint le moment où je révélai à Aragnel, Ténaris et à Aryon qui j'étais et le sens de ma mission. Je parlai pendant toute la matinée. Ils posèrent beaucoup de questions. J'allai plus loin que ce que j'avais dit à Enguerrand la veille. Je fournis notamment des informations sur Dydd, sur l'Enclave d'Emeraude et son Ministère des Vents, sur Illana la druidesse ; des détails sur le combat entre Dydd et Arshadalon (poème de Felevel la Verte), sur la chronologie telle qu'annoncée par la Prophétie ; également de précieux renseignements sur Angarath X, sur sa véritable identité (Gulthias Ashwands), sur le secret de sa longévité, sur la Légion Rouge, sur Syllion Ashwands son frère, le ministre des armées, sur Cassandre de Ménalk, le ministre des cultes, etc.

Des thèmes compliqués furent abordés : la question du Mal, le hasard, la nécessité, le libre arbitre... Je pris alors conscience d'un phénomène étrange : l'emprise sur les esprits de telles révélations était réelle, de nature à entrainer l'exaspération et la révolte - je le sentis notamment chez Ténaris ou Aryon - ou le sentiment de l'impuissance et la résignation : "puisque tout est écrit, que peut-on faire ?" C'était là une des difficultés majeures de ma mission en ce lieu et en ce temps : inciter les acteurs de l'époque à agir sans trop biaiser leurs décisions, se cantonner pour l'essentiel à un rôle de spectateur tout en influençant subtilement le cours des choses dans la direction qui me semblait la plus souhaitable : la destruction irrémédiable d'Arshadalon afin d'éviter que le dragon ne soit instrumentalisé (à son insu) par des puissances supérieures.

En fin de matinée, le temple reçut une autre visite, celle d'un érudit du nom de Monroe. Il se présenta comme un sympathisant des frères d'Oghma, mais ces derniers ne le connaissaient pas ; nous découvrîmes ultérieurement qu'il était plutôt affilié à l'Ordre de l'Ibis - une confrérie très discrète d'intellectuels et de savants au sein de l'Eglise du Scribe des Morts (Jergal), recensant (s'intéressant à) des faits historiques peu connus ou volontairement passés sous silence, et spécialisée dans la rectification d'"erreurs historiques". Il avait par je ne savais quel moyen eu vent de mes recherches sur Angarath X au temple d'Oghma de Kormul. Il souhaitait me rencontrer urgemment et laissa une adresse. On nous rapporta qu'il avait l'air tourmenté. Nous nous rendîmes à l'adresse dans l'après-midi : une petite maison sans prétention à l'écart des beaux quartiers. Le dénommé Monroe nous reçut dans une pièce sobrement meublée, poussiéreuse, et, sans attendre, se livra à de bien inquiétantes révélations : il enquêtait lui aussi sur la dynastie des Angarath depuis des années, avait été troublé, tout comme moi, par le peu de documents relatifs à ce sujet dans l'Empire et par les caractéristiques pour le moins étonnantes de l'arbre généalogique des empereurs depuis 451 DR. Il nous apprit qu'une organisation de sorciers maléfiques avait vu le jour sous Angarath III (ou IV), que cette organisation, appelée Cabale d'Ebène, avait pris un soin méticuleux à cacher un objet puissant dans les parties les plus souterraines de la capitale. La Cabale d'Ebène avait longtemps servi l'Empereur, était peut-être toujours en activité, et possédait des sanctuaires un peu partout dans le Shaar, dont un dans les profondeurs de la cité, au delà même des fondations élaborées jadis par les nains dorés du Grand Rift. Il nous montra quelques documents pour étayer ses propos, notamment une carte où il avait indiqué l'emplacement approximatif où se trouvait l'objet. Il projetait de monter une expédition en ce lieu pour le récupérer et cherchait des alliés. Alors qu'il parlait, d'une voix feutrée, visiblement mal à l'aise, le silence se fit. Nous n'entendîmes plus rien autour de nous. Une ombre furtive se glissa dans le dos de l'érudit et le poignarda avec une violence inouie. Monroe s'écroula tandis qu'Aragnel se précipitait pour lui porter secours et que nous tentions en vain de visualiser l'assassin. Quelques instants plus tard, les sons revinrent. Aryon nous cria qu'il venait de voir par la fenêtre une ombre fuir dans la rue et soulever une grille donnant sur les égouts. Il se rua vers la fenêtre, défonça une partie du mur, courut dans la rue, souleva à son tour la grille, et sauta dans les égouts, suivi de près par Ténaris. Pendant ce temps, Aragnel tentait de sauver Monroe qui finalement succomba non pas à ses blessures, mais victime de l'effet d'un poison virulent, non sans avoir murmuré quelques mots à l'oreille du prêtre : "Ordre de l'Ibis." Malgré leurs efforts, Ténaris et Aryon ne réussirent pas à retrouver la trace de l'assassin. Fouillant dans la sacoche de l'érudit, nous identifiâmes deux autres adresses et un nom : Morzul. L'une des adresses était un petit bureau d'études. Lorsqu'Aragnel s'y rendit, ce fut pour constater qu'il avait été précédé. Tout avait été retourné. L'autre adresse était située dans le quartier nain. Elle correspondait à l'atelier d'un artisan nain. Morzul était un nain assez âgé, marié, qui jadis organisa une ou deux expéditions dans les anciennes ruines naines sous la capitale, près de l'emplacement qu'avait indiqué sur sa carte Monroe. Sur l'insistance d'Aryon, homme par nature plein de fougue, nous décidâmes de monter une expédition vers les profondeurs dès le lendemain. Soucieux d'honorer la mémoire de l'érudit assassiné, Morzul accepta de nous accompagner et de nous servir de guide.
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