Chroniques de Féérune : la Quête des Origines

1 Mirtul 639 DR, Shaarwood, Shaar

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1 Mirtul 639 DR, Shaarwood, Shaar

Message  le moine noir le Sam 5 Nov - 11:20

(Récit écrit en netherese)

Premier jour du mois de Mirtul, 639 DR, Shaarwood, le Shaar méridional, Faerun, Deuxième Âge de ce monde.

Au matin, j'observai mes compagnons. Leurs mines étaient ternes. Notre nuit, trop agitée, n'avait pas été réparatrice. Nous étions tous écrasés par cette nouvelle épreuve. Voyvodin était en colère, et lorsque Voyvodin était en colère, il restait silencieux. Une colère sourde. Depuis des mois, il avait le sentiment de ne pas contrôler sa vie et cette situation le rendait irrascible et particulièrement imprévisible. Caius tentait de masquer ses tourments intérieurs par quelques saillies drolatiques qui n'avaient aucun effet sur nous mais qui amusaient notre sympathique hôtesse. Marty, Wyrven et moi comprenions mieux les enjeux. Nous ruminions nos options. Par où allions-nous commencer ?

Illana nous prépara un repas essentiellement à base de produits frais de la forêt. Alors que nous mangions et devisions de choses fort intéressantes, elle se redressa soudain, blême, comme en proie à une vision, et nous avertit "qu'ils arrivaient" et "qu'il nous fallait fuir". Elle nous demanda expressément de ne surtout point intervenir dans les événements qui suivraient, ce qui ne manqua pas d'éveiller ma curiosité. Interloqués, mais pressés par l'urgence de son ton, nous nous levâmes et nous dirigeâmes rapidement vers quelques affleurements rocheux en bordure de la clairière que Marty nous indiqua comme une possible cachette.

Quelques instants après, des gnolls, détestables humanoïdes à tête de hyène, débouchèrent en grand nombre, une vingtaine, parmi lesquels une bonne dizaine d'archers. Ils se déployèrent dans la clairière en réponse aux ordres aboyés par un gnoll albinos particulièrement impressionnant, sans aucun doute le chef, peut-être un shaman. Le gnoll albinos avança vers le site naturel consacré. Illana l'attendait, droite et digne. Ils eurent un court échange. Puis le gnoll empoigna la jeune femme et entra avec elle dans la hutte. Il en ressortit peu après, un rictus satisfait sur son faciès canin, réajustant la partie basse de son armure. Comprenant l'horreur de ce qui venait de se passer, Voyvodin, Wyrven et moi-même ne pûmes contenir notre courroux et nous décidâmes de passer à l'attaque.

Le combat fut bref et d'une violence inouie. Les gnolls se révélèrent beaucoup plus résistants, plus pugnaces, plus entrainés que nous ne l'avions imaginé. Caius fut immédiatement foudroyé par une pluie de flèches. Avec une expression sidérée sur le visage, il s'écroula, mort. Choqué par cette perte, je restai en retrait à couvert, mais je fus également frôlé par deux flèches. Voyvodin et Wyrven fondirent dans la mêlée en direction de l'albinos. Et les coups plurent des deux côtés. Je vis Wyrven saigner, lui qui d'habitude n'était jamais touché. Je vis Voyvodin, enragé, administrer des coups monstrueux avec sa lourde épée et je m'étonnai fort que cet albinos, la bave aux lèvres, les encaissât sans reculer. Je vis deux gnolls encadrer la druidesse, l'empêchant d'agir pour nous aider. Je me téléportai haut dans le ciel afin de me mettre hors de portée des archers et d'obtenir une vue d'ensemble du combat, j'entonnai une formule pour voler, puis j'invoquai une boule de feu sur une partie de nos adversaires. Incroyable ! Ma boule de feu eût, en temps normal, consumé tous ces gnolls. Mais cette fois le résultat ne fut pas à la hauteur et beaucoup d'entre eux, bien que sévèrement brûlés, survécurent. Je ne retrouvais pas mes sensations. Etait-ce la perte d'habitude de tisser la Toile selon l'ancienne manière ? Sans nul doute, mais pas uniquement. Mes pensées étaient confuses. Certaines formules offensives des cercles supérieurs, plus puissantes et plus destructrices, m'échappaient ; je ne m'en souvenais tout simplement plus ! Je réalisai assez vite que, dans ces conditions, le combat était perdu. Voyvodin et Wyrven firent le même constat et se replièrent en hurlant des consignes stratégiques. Pour troubler et diviser les gnolls, il me sembla judicieux d'emprunter par la voie des airs une toute autre direction que la leur. Mais les gnolls choisirent de rester groupés et de pourchasser les deux guerriers à pied : ils excellaient à ce petit jeu. Quant à Marty, il avait disparu depuis longtemps...

Le sortilège de vol s'estompa bien plus vite que je ne l'aurais cru. Je me retrouvai au milieu d'une forêt dense, hostile, à courir comme un perdu en ligne droite, sans trop me poser de question. Courir, courir toujours plus, mettre le plus de distance entre les gnolls et moi. Les branches arrachaient mes habits, me griffaient le visage, je sentais mon sang couler et mes forces m'abandonner peu à peu. J'avais aussi une vilaine plaie à la jambe et une autre à l'épaule. Deux traits des gnolls qui m'avaient effleuré.

Je courus jusqu'à l'épuisement. De longues minutes, une heure, deux peut-être, je ne saurais dire, je ne m'en souviens plus. Je découchai finalement au milieu de ruines couvertes de mousses. Ereinté, essouflé, je décidai de me mettre à l'abri. J'entendis alors des bruits de combat et des voix humaines s'exprimer dans la langue du pays. Peut-être la dernière chance pour moi d'échapper à mes poursuivants ! Je me glissai le plus furtivement possible vers le lieu de l'action. Camouflé derrière un pan de mur, je vis un groupe de six personnes lutter courageusement contre des créatures qui ressemblaient à des goules et à des squelettes. Las, je ne me sentais plus la force de les aider. Mais heureusement, ils vinrent rapidement à bout des morts-vivants. Ne sachant comment me manifester, je poussai un soupir de soulagement lorsque l'un d'entre eux me pointa du doigt et se dirigea vers moi.

Au milieu des ruines d'un ancien château, je fis donc la connaissance de six personnes : un prêtre accompagné de deux adeptes, un aristocrate de la région, sa soeur et deux mercenaires. Ils se présentèrent à moi et moi à eux, alors que le prêtre soignait mes blessures après avoir soigné celles de ses amis.

Le prêtre se nommait Aragnel. Il vénérait le dieu Lathander, le Seigneur de l'Aube. On s'adressait à lui en disant simplement "frère Aragnel" selon sa volonté. C'était un homme de bonne taille, âgé d'une trentaine d'années, bien bâti, au visage souriant et avenant, à la voix douce et chaude, aux manières amicales et rassurantes, respecté de ses deux suivants. Il portait une armure de plates complète et maniait la masse.

L'aristocrate se nommait Enguerrand Shiedheart. La trentaine. Antithèse du prêtre, il se montra d'emblée suspicieux à mon égard. Mes explications lui semblèrent (et pour cause !) fort nébuleuses. Il me prenait à l'évidence pour un vagabond, un fuyard ou un illuminé, voire pire, le nécromant responsable de la présence de ces morts-vivants ! D'apparence plutôt frêle, il portait une chemise blanche bouffante, un pantalon moulant, un gilet lacé en soie, des chaussures à boucle d'argent (sic) et une rapière au côté dont je ne le vis guère se servir au moment du combat, plus occupé qu'il était à hurler des consignes à ses gardes du corps et à se protéger des mauvais coups.

Sa soeur, une très jolie jeune femme, singulièrement à l'aise dans sa cotte de maille rutilante complétée de plates métalliques, avait pour nom Agathe Shieldheart. Elle parlait peu, mais je notai qu'elle pouvait faire preuve d'une grande efficacité dans le maniement de l'épée et du bouclier. Certaines des réponses qu'elle fit à son frère au cours des discussions m'amenèrent à conclure qu'elle avait de l'esprit et de la sagacité. Une amulette gravée du symbole du dieu Torm pendait à son cou.

Nous eûmes l'occasion d'échanger un peu avant de prendre la route. J'évoquai des éléments de mon histoire en dissimulant bien évidemment les aspects essentiels. Mes explications qui ne me parurent pas toujours très convaincantes ne firent qu'accroitre leur curiosité. Le soir, autour d'un feu de camp, ils revinrent à la charge et me posèrent moult questions. J'éludai les plus ennuyeuses, répondai évasivement aux autres, mêlant demi-vérités et improvisation. Exercice honni ! Je n'aspirais en réalité qu'au silence, à la méditation et au repos afin de récupérer physiquement, d'organiser les idées qui se bousculaient dans ma tête, ce que le prêtre, fort perspicace, dut comprendre lorsqu'il me proposa de reexaminer mes blessures et de me préparer une concoction à base d'herbes médicinales qui atténuerait mes douleurs.

Je conclus mon récit de la journée en mentionnant un détail intéressant. Au cours de notre discussion avec Illana, cette dernière nous a laissé entendre qu'elle connaissait l'Enclave d'Emeraude (organisation druidique créée en 374 DR dans la région du Vilhon Reach), ainsi que la druidesse D.K. ; hélas, malgré mon insistance, elle n'a pas souhaité nous révéler où nous pouvions la trouver. Au moment où j'écris ces lignes, je ne sais ce qu'il est advenu d'Illana. Peut-être a-t-elle été emmenée par les gnolls, peut-être est-elle morte, peut-être pourrai-je à nouveau la rencontrer...
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